[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | Centres d'intérêt ]
SIMPLES ENTRETIENS SUR LES ÉVANGILES
Samuel Prod’hom
Ces Simples Entretiens sur les Évangiles sont une étude biblique ayant parue dans un périodique pour enfants intitulé « la Bonne Nouvelle annoncée aux Enfants ».
Table des matières :
1.2 Apparition d’un ange à Zacharie
1.3 Apparition d’un ange à Marie
1.4 Visite de Marie à Élisabeth
1.5 Naissance de Jean le Baptiseur
3.1 Prédication de Jean le Baptiseur
4.4 Chez Simon et dans le désert
5.5 Ce qui est vieux et ce qui est nouveau
6.1 Le Fils de l’homme est Seigneur du sabbat
6.2 Une guérison un jour de sabbat
6.4 Les bienheureux et leur conduite
7.1 Guérison de l’esclave d’un centurion
7.2 Résurrection du fils de la veuve de Naïn
7.3 Épreuve de Jean le Baptiseur
7.4 Témoignage de Jésus à Jean
8.3 La mère et les frères de Jésus
8.4 Jésus dormant pendant l’orage
9.5 Un démon que les disciples ne peuvent chasser
9.7 Quelqu’un qui chassait les démons
10.2 Les noms écrits dans les cieux
10.3 Un Samaritain allant son chemin
11.2 À propos de la guérison d’un démoniaque muet
11.5 Jugement des formes religieuses
12.4 Les serviteurs dans l’attente de leur Maître
12.5 Le service et ses conséquences
12.6 Effets de la présence de Jésus ici-bas
12.7 Avertissements aux foules
13.1 Tous sont passibles du jugement
13.5 Comment on entre dans le royaume
13.6 Le Seigneur abandonne la maison d’Israël
14.1 Guérison d’un homme hydropique
14.3 La pareille rendue à la résurrection
14.4 L’invitation au grand souper
14.5 Ce qu’il faut pour être disciple de Christ
16.2 Les pharisiens se moquent de Jésus
17.2 Faire ce qui est commandé
18.1 Exhortation à toujours prier
18.2 Le pharisien et le publicain
18.3 « Laissez venir à moi les petits enfants »
18.4 Un homme extrêmement riche
18.5 Jésus annonce ses souffrances et sa mort
19.3 Témoignage rendu à Jésus comme roi
19.4 Jésus pleure sur Jérusalem
20.1 Réponse de Jésus aux chefs du peuple
20.2 Parabole des cultivateurs de la vigne
20.3 Rendre les choses de César à César et celles de Dieu à Dieu
20.4 Les sadducéens interrogent Jésus
20.5 Question touchant le fils de David
21.2 Prédictions touchant Jérusalem
22.1 Judas s’engage à livrer son Maître
22.4 Les disciples occupés de leur grandeur
22.5 Pierre averti de son reniement
22.6 Dernières instructions aux disciples
22.10 Jésus devant le Sanhédrin
23.3 Jésus renvoyé devant Pilate
23.4 Jésus conduit au supplice
24.3 Jésus explique les Écritures
24.5 Jésus apparaît aux disciples rassemblés
Dans ce troisième évangile, l’Esprit de Dieu nous présente Jésus sous son caractère de Fils de l’homme, apportant aux hommes, de la part de Dieu, la grâce dont tous ont besoin. Par conséquent, sur tout ce qui concerne l’humanité de Christ, nous trouvons plus de détails que dans les autres évangiles ; en même temps, sa parfaite divinité brille dans chaque page. Tout le long du récit inspiré, nous voyons Jésus comme l’homme que nous aurions pu rencontrer, si nous avions vécu à cette époque, mais, pour la foi, il était « plus beau que les fils des hommes », car la grâce était répandue sur ses lèvres (Psaume 45:2).
Déjà présenté comme Messie et Prophète, Jésus devait l’être aussi comme Fils de l’homme. À la chute du premier homme, il fut annoncé comme tel, lorsque Dieu dit au serpent, en parlant de la semence de la femme : « Elle te brisera la tête, et toi tu lui briseras le talon » (Genèse 3:15) Les prophètes l’annoncèrent ensuite comme Fils de l’homme (voir Psaumes 8:4 ; 80:17 ; Daniel 7:13), celui que Dieu avait en vue dans ses conseils éternels ; car Adam n’était que « la figure de celui qui devait venir » (Romains 5:14) ; il n’était pas fils de l’homme, ni semence de la femme, puisque Dieu l’avait créé homme fait, tandis que Jésus, pour être un homme, dut naître d’une femme. Quoique placé dans ce monde comme chef de la création, Adam perdit tout par son péché ; Dieu ne pouvait compter sur lui pour l’accomplissement de ses conseils. C’est pourquoi il avait ses regards dirigés sur son Fils, second homme, dernier Adam. « Quand il décrétait les fondements de la terre », est-il dit, « j’étais alors à côté de lui son nourrisson (ou son artisan), j’étais ses délices tous les jours, toujours en joie devant lui, me réjouissant en la partie habitable de sa terre, et mes délices étaient dans les fils des hommes » (Proverbes 8:29-31).
En venant dans ce monde, comme un homme, Jésus remplace donc le premier Adam ; il porte les conséquences de la chute, ôte le péché de devant Dieu, et, en vertu de la rédemption, il devient chef et héritier de tout ce que Dieu destinait à l’homme selon ses conseils. Le temps venu, il régnera comme tel sur l’univers entier, qu’il aura délivré du pouvoir de l’ennemi, jusqu’à ce qu’il remette le royaume à Dieu le Père pour l’état éternel (Daniel 7:13-14 ; 1 Corinthiens 15:24).
Cet évangile présente la grâce de Dieu d’une manière touchante ; elle s’étend à tous les hommes. C’est sans doute à cause de ce caractère universel de la grâce que l’auteur a été choisi, par l’Esprit de Dieu, en dehors des apôtres. Luc, très probablement un Gentil, l’adresse à un Grec nommé Théophile. Nous savons qu’au-dessus des intentions de Luc en écrivant au « très excellent Théophile », il y avait la pensée de Dieu qui l’a inspiré, afin que cet évangile nous parvienne comme expression de la vérité quant à Jésus, Fils de l’homme.
Luc était médecin (Colossiens 4:14). On sait peu de chose sur son compte ; mais, d’après les Actes des Apôtres, dont il est l’auteur et qui font suite à notre évangile, nous voyons qu’il a suivi fidèlement l’apôtre Paul jusqu’à la fin de son ministère (2 Timothée 4:10). À partir de la Troade (Actes 16:8-10), il se met au nombre de ceux qui étaient avec l’apôtre, disant : « nous » en parlant de Paul et de ceux qui l’accompagnaient et non plus « ils » comme il l’avait fait jusque-là. Paul place Luc, de même que Marc, au nombre de ses compagnons d’œuvre (Philémon 24).
Plusieurs personnes, outre les évangélistes inspirés, avaient rédigé un récit de la vie du Seigneur. Du reste, selon les historiens, parmi eux tous, Matthieu était le seul qui ait composé son livre lorsque Luc écrivit le sien (*). Mais ces autres récits ne nous sont pas parvenus, parce que, sans être faux, ils n’étaient pas inspirés de Dieu.
Luc s’intéressait à Théophile (ce nom signifie : ami de Dieu) et voulut qu’il acquière une pleine certitude des choses dans lesquelles il avait été instruit. Luc ayant suivi exactement tout ce qui concernait Jésus depuis le commencement l’écrivit par ordre (v. 1-4). L’Esprit de Dieu se servit de lui, par inspiration, afin de nous faire connaître la personne de Jésus sous ce caractère si précieux pour tous, de l’Homme divin apportant aux hommes la grâce merveilleuse offerte à tous. Le titre de « très excellent » donné a Théophile (v. 3) indique qu’il occupait probablement une place parmi les fonctionnaires du gouvernement romain. Félix et Festus portent le même titre en Actes 23:26 ; 24:3 et 26:25.
(*) On a lieu de croire que Matthieu écrivit en 38 et Luc en 63.
(v. 5-25). — Luc commence son récit au milieu du peuple d’Israël, organisé et jouissant d’une paix relative après les troubles et les persécutions qu’il avait endurés sous les rois syriens, depuis le retour de la captivité de Babylone. Hérode régnait en Judée ; il n’était cependant pas Juif, mais Iduméen, peuple descendant d’Ésaü. Comme nous le savons, ce roi, un cruel tyran, voulut se concilier la faveur des Juifs en reconstruisant et en embellissant leur temple. La sacrificature s’exerçait selon l’organisation établie par David en 1 Chroniques 24. Tout était en ordre extérieurement ; la maison était balayée de l’idolâtrie et ornée par les formes du culte de l’Éternel (Luc 11:25) ; mais, malgré cela, les Juifs et leurs chefs avaient leur cœur fort éloigné de Dieu. Cependant, au milieu de cet état de choses, quelques gens pieux étaient en relation avec Dieu et attendaient le libérateur promis. Parmi ceux-là se trouvaient un sacrificateur nommé Zacharie, de la classe d’Abia, ou Abija (1 Chroniques 24:10), et sa femme Élisabeth, d’entre les filles d’Aaron. « Ils étaient tous deux justes devant Dieu, marchant dans tous les commandements et dans toutes les ordonnances du Seigneur, sans reproche » (v. 6). Ils n’avaient pas d’enfants, sujet de grande humiliation pour une femme juive pieuse, car elle attendait la naissance du Messie selon la prophétie d’Ésaïe 7:14. Zacharie en avait fait un sujet de prières ; mais ils avançaient en âge tous deux, et n’avaient pas reçu d’exaucement. Un des jours où le sacrificateur accomplissait son service selon l’ordre de sa classe, « le sort lui échut d’offrir le parfum ». Pendant qu’il était dans le temple « un ange du Seigneur lui apparut, se tenant au côté droit de l’autel du parfum. Et Zacharie, le voyant, fut troublé, et la crainte le saisit. Et l’ange lui dit : Ne crains pas, Zacharie, parce que tes supplications ont été exaucées, et ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu appelleras son nom Jean » (*) (v. 12-13). Dieu aurait pu exaucer Zacharie sans envoyer un ange pour le lui faire savoir ; mais l’enfant qui devait naître avait une telle importance pour Dieu, qu’il fallait ce messager extraordinaire pour annoncer son arrivée. Nous apprenons par les paroles de l’ange que les prières de Zacharie avaient été exaucées, quoiqu’il n’ait reçu aucune réponse. Nous lisons en 1 Jean 5:14-15 : « Si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute ; et si nous savons qu’il nous écoute, ... nous savons que nous avons les choses que nous lui avons demandées ». Nous les avons ; Dieu ne dit pas quand il les donnera ; il a ses raisons pour faire attendre, même longtemps, car il fait tout avec sagesse ; il exerce la foi pour produire une pleine confiance en lui.
(*) Jean signifie : La faveur de Jéhovah.
Dans le cas de Zacharie, comme dans celui d’Abraham, lors de la naissance d’Isaac, Dieu montre qu’il est puissant pour accomplir ce qu’il veut. Il emploie des instruments pour l’accomplissement de ses desseins ; mais il faut que ces instruments soient nuls en eux-mêmes, afin que Dieu soit tout. La foi compte sur Dieu seul, et c’est ce qui l’honore, il est celui qui « appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient ». Il veut que l’on espère contre toute espérance, ainsi qu’Abraham l’a fait (Romains 4:17, 18).
L’ange continue en disant à Zacharie : « Et il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance ; car il sera grand devant le Seigneur, et il ne boira ni vin ni cervoise ; et il sera rempli de l’Esprit Saint déjà dès le ventre de sa mère » (v. 14-15) Telles sont les qualités de cet enfant : un sujet de joie et d’allégresse pour son père ; un sujet de réjouissance pour plusieurs ; il sera grand devant le Seigneur (voir chap. 7:28) ; il sera nazaréen, c’est-à-dire mis à part pour Dieu, en dehors de toute l’excitation des joies naturelles que produisent en figure le vin et les boissons fortes ; il sera rempli de l’Esprit Saint avant sa naissance. C’est dans une entière séparation de tout ce qui est charnel que le Saint Esprit peut opérer avec puissance pour amener l’accomplissement d’un vrai service pour le Seigneur, quel qu’il soit. Les versets 16:17 nous parlent de ce que Jean fera : « Il fera retourner plusieurs des fils d’Israël au Seigneur leur Dieu ». Sa prédication amènera au Seigneur, par la repentance, ceux qui l’écouteront. « Il ira devant lui — le Seigneur — dans l’esprit et la puissance d’Élie, pour faire retourner les cœurs des pères vers les enfants, et les désobéissants à la pensée des justes, pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé ». La puissance et l’esprit d’Élie caractérisent le zèle que mettait ce prophète à ramener à son Dieu le peuple plongé dans l’idolâtrie des Baals. C’est ce qui caractériserait le ministère de Jean qui irait devant le Seigneur, afin de préparer, par la repentance, un peuple disposé à le recevoir.
Après avoir longtemps supplié le Seigneur de lui accorder un fils, Zacharie a de la peine à croire au message d’exaucement que l’ange lui apporte. Il demande comment la chose pourra se faire, puisque lui et sa femme sont fort âgés. Il oubliait que celui qu’il avait invoqué était Dieu, et que lui seul pouvait accomplir ce qu’il voulait, peu importaient les moyens qu’il trouvait bon d’employer. Étonné qu’un homme raisonne sur la parole de Dieu, l’ange lui dit : « Moi, je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé pour te parler et t’annoncer ces bonnes nouvelles » (v. 19). Toujours dans la présence de Dieu et pénétré de sa grandeur et de sa puissance, l’ange ne peut comprendre cette incrédulité ; aussi, dit-il : « Tu seras muet et tu ne pourras point parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru mes paroles qui s’accompliront en leur temps » (v. 20). Les anges trouvent de même étrange que l’homme ne se conforme pas à l’ordre établi de Dieu à la création, ainsi que le dit Paul à l’égard de la femme en 1 Corinthiens 11:10.
Zacharie fut retenu dans le temple plus que de coutume par l’apparition de l’ange, et le peuple qui était dehors et priait, à l’heure du parfum, s’étonnait de ce que le sacrificateur ne reparaisse pas. Lorsqu’il sortit, il ne put leur parler que par des signes. Néanmoins il termina les jours de son service avant de rentrer chez lui.
L’espoir d’avoir un fils réjouit fort Élisabeth, heureuse de ce que Dieu avait ôté l’opprobre de dessus elle.
(v. 26-38). — Six mois environ après l’apparition de l’ange Gabriel à Zacharie, il apparut aussi à une vierge, nommée Marie, qui habitait à Nazareth en Galilée. Plus de cinq cents ans auparavant, nous trouvons ce même ange envoyé par Dieu à Daniel, le prophète, pour lui annoncer deux grands événements ; le premier (chap. 8) touchant un puissant ennemi du peuple Juif, qui apparaîtra encore à la fin, le roi du nord ; et le second (chap. 9), concernant l’époque de l’avènement de Christ et son rejet (v. 21-27).
L’ange dit à Marie en entrant auprès d’elle : « Je te salue, toi que Dieu fait jouir de sa faveur ! Le Seigneur est avec toi ; tu es bénie entre les femmes ». (v. 28). Troublée à l’ouïe de cette salutation, Marie se demanda ce que cela pouvait être. L’ange ajouta : « Ne crains pas, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu ». Ces dernières paroles rassurèrent la jeune femme ; elle n’avait rien à craindre, puisqu’elle était l’objet de la grâce de Dieu, tandis que les premières paroles de l’ange lui apprenaient quelle immense faveur Dieu lui accordait en la faisant devenir la mère du Sauveur, privilège désiré avec ardeur par toute femme pieuse en Israël. On trouve encore aujourd’hui des femmes juives qui espèrent devenir la mère du Messie, car elles ne croient pas qu’il est déjà venu.
Après cela l’ange annonça à Marie qu’elle enfanterait un fils, qui s’appellerait Jésus, nom qui signifie : Jéhovah-Sauveur, et il ajouta : « Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume » (v. 32-33). De telles gloires appartenaient à celui qui deviendrait fils de Marie, mais qui, en même temps, était Fils du Très-haut. Fils de Dieu de toute éternité, il devient le Fils de l’homme. Il naît ici-bas fils de David, par Marie qui appartenait à la famille de ce roi, afin de régner à toujours sur la maison de Jacob. La royauté ne passerait plus de mains en mains, comme celle des rois de la terre (voir Daniel 2:44 ; 7:14 et 27). Comme Messie ou Christ, fils de David, il régnera sur Israël, et, comme Fils de l’homme, sur l’univers entier, jusqu’à ce qu’il ait remis le royaume à Dieu le Père pour l’état éternel, alors que le ciel et la terre passeront. Toutes ces gloires appartenaient à l’enfant qui devait naître. Mais bien qu’il devrait être parfaitement homme, l’ange a soin de dire à Marie : « La sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu ». Car si le Fils de Dieu devenait homme, mystère insondable, cela ne pouvait avoir lieu que par l’intervention de la puissance du Saint Esprit, et non par la volonté humaine. Ce petit enfant, en naissant, serait absolument saint, séparé de toute la souillure de l’humanité déchue, car ce qui vient de Dieu ne peut être souillé, même en revêtant l’humanité.
Il importe de maintenir la vérité à l’égard de l’humanité du Seigneur Jésus, en présence de l’incrédulité actuelle, et même d’une certaine foi que l’on rencontre aujourd’hui, mélangée au raisonnement humain, et qui, de fait, n’est plus la foi. La foi croit Dieu et ne cherche pas à comprendre afin de croire. Il suffit de savoir que Jésus, le Fils de Dieu, est né ici-bas, comme la Parole nous l’apprend dans ce chapitre. Que nous le considérions dans une crèche, comme nous allons le voir ; qu’il fasse taire les vents et la mer, qu’il ressuscite les morts, qu’il soit cloué sur une croix ou vu dans la gloire à la droite de la Majesté dans les hauts cieux, il est toujours le même, un homme qui est Dieu, aussi bien homme que Dieu, et l’un et l’autre en même temps. Seule la forme sous laquelle il est vu change, la personne ne change pas (Ps. 102:27 ; Philippiens 2:6-8 ; Colossiens 2:9). Pour expliquer comment cela peut se faire, en dehors de ce que la Parole nous en dit, il faudrait que nous soyons Dieu, et si nous étions Dieu, il ne serait pas nécessaire de nous l’expliquer, car Dieu connaît tout. Il y a un seul Dieu et nous sommes des hommes, c’est-à-dire des êtres dépendants de lui, faibles, souillés, pécheurs, perdus, intelligents, il est vrai, mais d’une intelligence qui ne peut dépasser les limites de la création matérielle et qui erre dès qu’elle veut les dépasser. L’intelligence est loin, du reste, de pouvoir explorer bien profondément le domaine infini qui lui appartient. Mais, par le péché, l’homme demeure sans intelligence quant à Dieu et aux choses de Dieu (Romains 3:11). C’est pourquoi il doit croire Dieu. S’il croit, il reçoit une nouvelle nature qui, par le Saint Esprit, le rend intelligent pour connaître les choses de Dieu, car il est dit : « Or l’homme animal, — c’est-à-dire l’homme qui n’est animé que par son âme et non par la vie de l’Esprit — ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie » (1 Cor. 2:14).
Nous devons nous estimer trop heureux de savoir que le Fils de Dieu a voulu devenir un homme pour nous sauver, sans que nous ayons à discuter sur le fait de l’union de l’humanité et de la divinité, vérité qui demeure, même pour le croyant, un mystère impénétrable qu’il contemple en adorant. Jésus dit en Matthieu 11:27 : « Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ». Mais revenons à notre sujet tel que ce chapitre nous le présente.
Avant de se retirer, l’ange annonça à Marie qu’Élisabeth, femme de Zacharie, sa parente, aurait aussi un fils malgré sa vieillesse, car, dit-il : « Rien ne sera impossible à Dieu ». Tout ce qui concerne la rédemption, le règne de Christ, des cieux nouveaux et une nouvelle terre, sans parler de la première création, sont choses impossibles aux hommes ; mais, grâce à Dieu, rien ne lui est impossible, et son activité si puissante s’est déployée en faveur de pauvres pécheurs perdus, tels que nous. Malgré la ruine de la première création, Dieu accomplira ses conseils, envers son peuple terrestre et tous les hommes.
(v. 39-56). — En ces jours-là, Marie alla voir sa parente qui habitait une ville des montagnes de Juda. Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, remplie de l’Esprit Saint, elle s’écria : « Tu es bénie entre les femmes, et béni est le fruit de ton ventre ! Et d’où me vient ceci, que la mère de mon Seigneur vienne vers moi ? Car voici, dès que la voix de ta salutation est parvenue à mes oreilles, le petit enfant a tressailli de joie dans mon ventre. Et bienheureuse est celle qui a cru ; car il y aura un accomplissement des choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur » (v. 42-45).
Quelle scène merveilleuse se passait dans l’humble habitation de Zacharie entre ces deux femmes choisies de Dieu pour l’accomplissement de ses conseils éternels ! Le ciel seul en était témoin et pouvait l’apprécier ; mais ces humbles femmes, retirées du monde, sous la puissance de l’Esprit de Dieu, entraient par la foi dans les choses merveilleuses qui occupaient leur cœur et celui de Dieu. Jamais dans l’histoire de l’humanité il n’y eut en perspective, dans des milieux si humbles, la naissance de personnages si glorieux : le Roi des rois et le plus grand des prophètes. La vraie grandeur ici-bas ne se trouve pas dans ce qui a de l’apparence selon les hommes, mais dans ce qui est de Dieu. Maintenant, par la foi, nous pouvons non seulement admirer ce qui se passait dans la demeure de Zacharie, mais pénétrer dans les conséquences glorieuses et éternelles résultant de la venue de Jésus dans ce monde. Élisabeth dit de Marie : « Bienheureuse est celle qui a cru ; car il y aura un accomplissement des choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur ». À celui qui croit appartiennent les choses que Dieu dit. Si Dieu adresse un message au pécheur, les choses qui lui sont dites s’accompliront certainement. Si Dieu dit : « Quiconque croit en lui reçoit la rémission des péchés » (Actes 10:43), celui qui croit a ses péchés remis, c’est-à-dire pardonnés. Il en va de même pour toutes les promesses de Dieu pour la vie pratique. « Aura-t-il dit, et ne fera-t-il pas ? Aura-t-il parlé, et ne l’accomplira-t-il pas ? » (Nombres 23:19).
À l’ouïe des paroles d’Élisabeth, Marie célébra l’Éternel en ces termes : « Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit s’est réjoui en Dieu mon Sauveur, car il a regardé l’humble état de son esclave ; car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse ; car le Puissant m’a fait de grandes choses, et son nom est saint ; et sa miséricorde est de générations en générations sur ceux qui le craignent. Il a agi puissamment par son bras ; il a dispersé les orgueilleux dans la pensée de leur cœur ; il a fait descendre les puissants de leurs trônes, et il a élevé les petits ; il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et il a renvoyé les riches à vide ; il a pris la cause d’Israël, son serviteur, pour se souvenir de sa miséricorde (selon qu’il avait parlé à nos pères) envers Abraham et envers sa semence, à jamais ».
(v. 46-55). Dans ce cantique Marie célèbre le Seigneur (*) en rapport avec la bénédiction d’Israël qu’il a visité pour accomplir les promesses faites à Abraham, promesses qui ne pouvaient avoir lieu que par Christ, puisque, sur le pied de la loi, les Juifs avaient tout perdu par leur désobéissance. Marie, dans son humilité, manifeste l’état du peuple ou résidu, dans sa faiblesse, objet de la miséricorde de Dieu qui l’élèvera à la bénédiction promise. Ce cantique ressemble beaucoup à celui d’Anne (1 Samuel 2) qui célèbre l’élévation des humbles, la délivrance de ceux qui s’attendent à l’Éternel et le jugement des méchants. La foi parle comme si tout était accompli, soit chez Anne, soit chez Marie. Il en va toujours de même lorsque Dieu parle ou qu’il entre en scène, alors que rien ne se voit encore.
(*) Dans ces premiers chapitres, le mot Seigneur correspond à l’Éternel, Jéhovah, et le désigne.
Après un séjour de trois mois chez Élisabeth, Marie retourna chez elle.
(v. 57-80). — Le fils promis à Zacharie naquit. Ses voisins et ses parents, apprenant que le Seigneur avait « magnifié sa miséricorde » envers Élisabeth, se réjouirent avec elle. On voit qu’elle avait vécu dans la retraite, jouissant seule — sinon avec Marie — de la faveur dont elle fut l’objet dans son âge avancé. La conscience d’être un objet particulier de la grâce de Dieu rend humble et empêche la vanterie qui est toujours charnelle ; mais, le moment venu, le Seigneur enseigne à parler pour lui rendre témoignage ; il délie la langue pour le glorifier lui seul. Huit jours après sa naissance, l’enfant devait être circoncis, selon la loi, et recevoir un nom. D’après la coutume israélite, les parents de Zacharie voulaient que son fils portât le nom de son père. Zacharie étant muet, Élisabeth leur dit : « Non, mais il sera appelé Jean ». Ils lui répondirent : « Il n’y a personne dans ta parenté qui soit appelé de ce nom ». Interrogé, Zacharie demanda des tablettes (*) et y écrivit : « Jean est son nom ». Cette déclaration étonna fort les assistants et à l’instant la bouche de Zacharie fut ouverte, pour déclarer publiquement ce qui, jusqu’alors, avait appartenu à la foi seulement. Tous les voisins de Zacharie et d’Élisabeth étaient dans la crainte ; ce qui a lieu lorsque la présence ou l’action de Dieu se manifestent dans ce monde, car Dieu reste étranger à l’homme à la suite du péché. Dans tout le pays des montagnes de Judée, on s’entretenait de ces choses ; ceux qui les entendaient les retenaient dans leur cœur et disaient : « Que sera donc cet enfant ? Et la main du Seigneur était avec lui ».
(*) Faute de papier, on employait, pour y noter les choses courantes, des planchettes de bois enduites de cire sur lesquelles on gravait les mots au moyen d’une tige de métal pointue. L’autre extrémité, aplatie, permettait d’effacer ce qu’on avait écrit.
La langue de Zacharie étant déliée, il s’écria, rempli de l’Esprit Saint : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, car il a visité et sauvé son peuple, et nous a suscité une corne de délivrance dans la maison de David son serviteur, selon ce qu’il avait dit par la bouche de ses saints prophètes, qui ont été de tout temps, une délivrance de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent ; pour accomplir la miséricorde envers nos pères et pour se souvenir de sa sainte alliance, du serment qu’il a juré à Abraham notre père, de nous accorder, étant libérés de la main de nos ennemis, de le servir sans crainte, en sainteté et en justice devant lui, tous nos jours » (v. 67-75). Chose remarquable, ces paroles de Zacharie ont pour sujet non la naissance de son fils, mais l’accomplissement des promesses par la venue de Christ dans ce monde. Christ fait toujours le sujet de la louange et de l’adoration, comme il en est et en sera éternellement l’objet. Jésus n’est pas encore là ; il ne s’agit encore que de la naissance de son précurseur, qui motive cette louange, mais tout se voit comme accompli : « Il a visité et sauvé son peuple ». Il « a suscité une corne de délivrance dans la maison de David son serviteur » (Une corne est l’emblème d’une puissance royale). Les prophéties allaient s’accomplir. Le peuple serait délivré de ses ennemis pour servir Dieu sans crainte, car il ne l’avait fait qu’au prix de terribles persécutions au cours des siècles précédents. En fait, rien n’a pu avoir lieu à cause du rejet du Messie, mais tout est garanti pour le millénium ; la foi de Zacharie en jouissait, comme Abraham lorsque, grâce à la même foi, il avait vu le jour du Seigneur, jour de l’accomplissement des promesses (Jean 8:56). Nous jouissons de la pensée que ce règne de paix va arriver, quand nous voyons le monde bouleversé à la suite d’une guerre jusqu’ici sans pareille.
Zacharie continue sa prophétie quant à son fils, mais en rapport avec Christ, quand il dit : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut : car tu iras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies, pour donner la connaissance du salut à son peuple, dans la rémission de leurs péchés, par les entrailles de miséricorde de notre Dieu, selon lesquelles l’Orient d’en haut nous a visités, afin de luire à ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, pour conduire nos pieds dans le chemin de la paix » (v. 76-79). Vu l’état de péché où se trouvaient les Juifs, Dieu ne pouvait accomplir ses promesses qu’en les délivrant de leurs péchés ; il était disposé à les leur remettre, moyennant la repentance. C’est pourquoi Jean devait précéder le Seigneur et préparer les cœurs à le recevoir, en les invitant à se repentir. Alors le roi pourrait établir son règne. Nous savons que le peuple comme tel n’écouta ni le précurseur, ni le Messie ; mais l’établissement du règne n’est que différé ; il est assuré par le sang de la nouvelle alliance versé à la croix, alors que le Roi des Juifs servait de victime pour leurs péchés et non seulement pour les leurs, mais pour le monde entier.
Ce grand et merveilleux chapitre se termine ainsi : « Et l’enfant croissait et se fortifiait en esprit ; et il fut dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation à Israël ». Trente ans s’écoulèrent durant lesquels nous ne savons rien de sa vie qui se passa en dehors d’un peuple qui était pour Dieu comme un désert, sauf quelques personnes qui nous sont présentées au commencement de cet Évangile. Matthieu nous dit seulement que Jean était vêtu d’un vêtement de poil de chameau et d’une ceinture de cuir autour de ses reins, et que sa nourriture était du miel sauvage. Il vivait séparé de tout, même des siens, dans un nazaréat complet, avec l’austérité d’un prophète qui portait le caractère d’Élie, pour ramener à Dieu son peuple qui s’était éloigné de lui. Nous verrons que le Sauveur, en venant apporter la grâce aux pécheurs repentants, avait un caractère plus populaire, tout en étant le Nazaréen parfait.
(v. 1-7). — Michée avait annoncé que la naissance de Jésus aurait lieu à Bethléem (chap. 5:2) : « Et toi, Bethléhem Éphrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Israël, et duquel les origines ont été d’ancienneté, dès les jours d’éternité ». Nous avons vu, au chapitre précédent, que Marie habitait Nazareth et non Bethléhem. Pour que l’Écriture s’accomplit, Dieu se servit d’un édit de César Auguste, le premier empereur romain et l’un des plus puissants, qui prescrivait le recensement de toute la population de l’empire. Chacun devait se rendre dans sa propre ville pour y être inscrit. Obéissant à l’ordre d’Auguste, Joseph et Marie qui appartenaient à la famille de David, se rendirent à Bethléhem, la ville de leur ancêtre royal. Le recensement n’eut lieu que plus tard, lorsque Cyrénius eut le gouvernement de la Syrie. Dieu ne se préoccupe pas du dénombrement qui se fait dans les empires du monde ; ce qui lui importait, c’était l’accomplissement des Écritures. Et Auguste ne se doutait guère qu’il devait ordonner, à une date trop hâtive, le recensement de ses peuples, afin que Celui qui, un jour, gouvernera le monde entier naquît au lieu indiqué par les prophètes. Dieu dispose de tout pour accomplir sa volonté, que ce soit un empereur, un grand poisson, une ânesse, un lion.
Quoique Bethléhem ait été la ville de David et que le couple venu de Nazareth ait appartenu à la famille royale, la naissance de Jésus, le Messie, Roi des rois et Seigneur des seigneurs, n’eut pas lieu dans l’opulence. Dieu venant sur la terre pour sauver sa créature et affranchir la création de la servitude de la corruption, ne pouvait entrer dans ce monde au sein du luxe que l’homme y a introduit pour chercher à oublier les conséquences du péché. Le Sauveur du monde apparut ici-bas dans les conditions qui se rapprochent le plus de celles où se trouvait Adam après son péché, lorsque Dieu, en prononçant le jugement du serpent, annonça que la semence de la femme briserait la puissance du Diable, qui, sous la forme du serpent, venait de placer l’homme sous les conséquences du péché.
En Orient, maintenant encore, beaucoup de maisons se composent d’une cour intérieure et d’un rez-de-chaussée assez vaste où gens et bêtes trouvent un abri pendant la nuit ou le mauvais temps. Tel est le lieu où Marie mit au monde l’enfant Jésus, qu’elle emmaillotta et coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. Il y en aurait eu, sans doute, pour quelque grand personnage, mais non pour ce pauvre couple venu de Galilée, pour un charpentier. Cependant le petit enfant qui venait de naître « serait grand », avait dit l’ange à Marie ; il serait appelé « Fils du Très-haut ». Dans le langage prophétique, Ésaïe avait parlé de lui en ces termes : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et le gouvernement sera sur son épaule ; et on appellera son nom : Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix. À l’accroissement de son empire, et à la paix, il n’y aura pas de fin, sur le trône de David et dans son royaume, pour l’établir et le soutenir en jugement et en justice, dès maintenant et à toujours » (Ésaïe 9:6-7). Pour le moment, cette grandeur était cachée au monde. Jésus, le Fils de l’homme, faisait son entrée parmi les hommes dans l’humilité la plus profonde, sous l’empire Gentil qu’il détruira un jour. Dans la condition la plus obscure, il continuera son chemin, s’abaissant toujours, afin d’être accessible à tous et de mettre à la portée de chacun la grâce qu’il offrait. Et cette vie, commencée ici-bas dans une étable, se terminera à la croix, car Jésus, s’étant anéanti comme Dieu, trouvé en figure comme un homme, est devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix (Philippiens 2:6-8), afin de sauver le pécheur.
(v. 8-14). — Si, quant au monde, la naissance de Jésus a lieu dans une obscurité complète, il n’en est pas de même pour le ciel. Dieu ne peut laisser passer un événement d’une si grande importance pour Lui sans le faire connaître. Mais qui choisira-t-il pour révéler ce fait merveilleux et pour dire ce que le ciel en pense ? Ce ne sera ni la cour de Rome, ni celle d’Hérode, ni même les souverains sacrificateurs. Toute cette scène merveilleuse doit se dérouler dans le même cadre, dans un humble milieu où les cœurs, n’ayant rien ici-bas, peuvent s’unir au ciel pour donner gloire à Dieu. « Il y avait dans la même contrée des bergers demeurant aux champs, et gardant leur troupeau durant les veilles de la nuit. Et voici, un ange du Seigneur se trouva avec eux, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux ; et ils furent saisis d’une fort grande peur ». À ces humbles personnages, mais connus de Dieu, un ange est envoyé du ciel ; la gloire du Seigneur les environne pendant que leur Sauveur et Seigneur repose dans une crèche ; cette gloire les effraie, mais ils seront rassurés lorsqu’ils verront celui qui a quitté cette gloire et s’est anéanti comme Dieu pour venir les sauver. L’ange dit aux bergers : « N’ayez point de peur, car voici, je vous annonce un grand sujet de joie qui sera pour tout le peuple ; car aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et ceci en est le signe pour vous, c’est que vous trouverez un petit enfant emmaillotté et couché dans une crèche » (v. 10-12). Ce n’était, en effet, pas un sujet de peur, mais de joie pour ces bergers, comme pour tout le peuple, que l’apparition d’un ange avec la gloire du Seigneur, venant annoncer la naissance du Christ, le Sauveur du peuple et du monde. Cette scène ne présentait rien pour la gloire de l’homme. La cité de David était une pauvre bourgade ; ce qui causait cette grande joie, c’était un petit enfant couché dans une crèche. Mais ce qui est grand et glorieux, ce qui a de l’importance, aujourd’hui comme alors, c’est ce qui revêt ce caractère pour Dieu. Dieu ne se préoccupe pas des appréciations des hommes, car à l’égard des pensées de Dieu, « il n’y a personne qui ait de l’intelligence » (Romains 3:11). « Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1:27-28). Quand le Seigneur sera manifesté en gloire, il en ira tout autrement : la gloire des hommes disparaîtra pour faire place à celle de Dieu, alors que « la terre sera pleine de la connaissance de la gloire de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (Habakuk 2:14). En ce jour-là : « l’Éternel seul sera haut élevé » (Ésaïe 2:11).
« Et soudain il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu, et disant : Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir dans les hommes ! » (v. 13, 14). En attendant que Dieu fût glorifié dans l’univers entier, il l’était à ce moment-là par le chœur céleste. Un ange annonce le message aux bergers, mais une multitude d’anges proclame et célèbre les conséquences, pour Dieu et les hommes, de l’apparition dans ce monde du petit enfant couché dans la crèche. Trois choses merveilleuses sont annoncées :
« Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ! » La venue de Christ établit la gloire de Dieu dans les lieux très-hauts par la victoire du bien sur le mal, car Satan avait voulu ôter à Dieu sa gloire en amenant l’homme et toute la création sous le jugement. Au contraire, Dieu serait glorifié au milieu de la scène de mal où se trouve l’homme sous les conséquences du péché, en faisant triompher la grâce et obtenant ainsi une gloire qu’il n’aurait pas eue s’il avait exécuté sur les hommes le jugement que tous avaient mérité.
« Sur la terre, paix ». Nous ne voyons pas la paix établie dans ce monde depuis la venue de Jésus jusqu’à nos jours, malgré tous les efforts des nations en vue de cela. Mais nous savons qu’il y a un règne de paix pour cette création, tourmentée depuis si longtemps par les conséquences du péché ; elle sera « affranchie de la servitude de la corruption », dit Paul, en Romains 8:21, et cela, par l’Homme qui venait de naître à Bethléhem. Sans sa naissance et sa vie d’obéissance jusqu’à la mort, la terre fût demeurée sous la puissance de Satan, dans l’agitation et le trouble jusqu’à sa destruction. Bientôt le Fils de l’homme apparaîtra dans toute sa gloire, pour établir son règne de paix sur la terre ; en ce jour-là personne ne pourra s’opposer à lui : Satan sera lié et les méchants seront comme le chaume dans l’ardeur du feu (Malachie 4:1).
Enfin la multitude de l’armée céleste proclame le « bon plaisir » de Dieu dans les hommes, dans les termes mêmes que Dieu emploie pour exprimer son bon plaisir en la personne de Jésus au baptême de Jean (chap. 3:22), manifesté par le fait que Jésus entrait dans ce monde dans la forme d’un homme. Dieu n’a pas pris son plaisir dans les anges ; il n’a pas pris leur cause pour sauver ceux qui sont tombés, mais celle des hommes qu’il veut amener dans la même relation avec lui-même que son propre Fils qui sera au milieu des rachetés, « premier-né entre plusieurs frères » (Romains 8:29).
Que la grâce de Dieu est merveilleuse dans le don de son propre Fils, pour accomplir ses desseins ! Il a trouvé sa gloire à sortir cette création de dessous les conséquences du péché et à placer dans sa faveur les hommes coupables de tous les maux dont souffre la création. Nous comprenons que Dieu ait voulu faire célébrer par les multitudes de l’armée céleste la naissance de Celui par lequel s’accompliront ces choses magnifiques ; car les hommes demeuraient étrangers à ce qui se passait à Béthléhem cette nuit-là. La naissance de Jésus et sa mort sur la croix sont les faits les plus glorieux des annales de l’éternité ; le ciel ne pouvait garder le silence.
(v. 15-20). — Lorsque les anges se furent retirés, les bergers dirent entre eux : « Allons donc jusqu’à Bethléhem, et voyons cette chose qui est arrivée que le Seigneur nous a fait connaître. Et ils allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche » (v. 15-16). Les nouvelles qu’ils avaient entendues touchant ce petit enfant produisirent chez les bergers le désir de le voir. Il doit en être de même pour nous aujourd’hui ; plus nous apprenons ce qu’est Jésus pour Dieu et pour nous, plus le désir de le voir grandit dans nos cœurs, et plus il nous pousse à en apprendre davantage. Bientôt, avec les bergers et les rachetés, nous contemplerons, dans toutes ses gloires, Celui qui était couché dans la crèche de Bethléhem. Nous voyons dans ces hommes ce qui caractérise la foi : elle ne s’occupe que de ce que Dieu dit ; elle n’élève aucun raisonnement sur ses paroles, ni sur les moyens par lesquels elles s’accomplissent. Le signe qui fit reconnaître aux bergers le Christ, le Seigneur, était un petit enfant emmaillotté et couché dans une crèche. Le message de Dieu leur en révélait la valeur. Leur foi le discernait aussi bien sous cette forme, que celle du brigand le voyait en l’homme crucifié à ses côtés, là où le centurion romain a reconnu le Fils de Dieu. À son apparition, le « signe » sera aussi lui-même, le Fils de l’homme venant en gloire (Matthieu 24:30).
« L’ayant vu, ils divulguèrent la parole qui leur avait été dite touchant ce petit enfant » (v. 17). Quel affermissement la foi de Marie ne reçut-elle pas par les paroles que rapportèrent les bergers ! Il est dit que tous ceux qui les apprirent s’en étonnèrent ; mais Marie « gardait toutes ces choses par devers elle, les repassant dans son cœur » (v. 19). Puissions-nous tous, après avoir entendu parler du Seigneur, ne pas être seulement impressionnés, étonnés, mais garder et repasser dans nos cœurs les paroles qui nous ont entretenus d’une telle personne ! C’est là le moyen d’en profiter et d’apprendre à connaître toujours mieux notre Sauveur, notre Seigneur, notre vie, notre modèle, et le but que nous avons à poursuivre ici-bas. Occupés d’un tel objet, nous serons gardés des convoitises de ce monde ; nous ressemblerons à Jésus dans toute notre vie, ce qui fera de nous ses véritables témoins. Pour ceux qui ne trouvent en Jésus aucun attrait, aucune beauté, dans le cœur desquels son nom n’éveille aucun besoin de le voir, ni d’entendre quelque chose de lui, que Dieu veuille ouvrir leur cœur afin qu’ils le reçoivent comme Sauveur, car dans cet état-là ils sont perdus, et peuvent, d’un instant à l’autre, être appelés à comparaître devant Dieu.
Après avoir vu le petit enfant et avoir rapporté les paroles de l’ange, « les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de toutes les choses qu’ils avaient entendues et vues, selon qu’il leur en avait été parlé » (v. 20). Bienheureux ceux qui sont en communion de pensées avec Dieu au sujet de son Fils, aujourd’hui comme alors !
Nous sommes très près, chers lecteurs, d’un événement glorieux, conséquence de celui qui nous occupe dans ce chapitre, et qui se passera d’une manière plus inaperçue des hommes que la naissance de Jésus, puisqu’il aura lieu en un clin d’œil. Vous savez tous quel il est. Vous réjouit-il ?
(v. 21-35). — Les parents de Jésus, — c’est ainsi que Marie et Joseph sont appelés au v. 27, — accomplirent à son égard tout ce que la loi exigeait. Au temps voulu, ils le portèrent au temple à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, car l’Éternel avait un droit spécial sur tous les premiers-nés d’Israël (Exode 13:2), parce qu’ils avaient été épargnés en Égypte lors de la destruction des premiers-nés des Égyptiens. Puis un sacrifice de purification devait être offert au bout de trente-trois jours, selon Lévitique 12. Le sacrifice de Joseph et de Marie montre qu’ils étaient pauvres, tout en appartenant à la famille de David. La loi prévoyait le cas où des parents ne pourraient pas offrir un agneau : ils le remplaçaient par deux tourterelles ou deux jeunes colombes. Joseph et Marie présentèrent deux colombes. Toutes les circonstances font ressortir dans quel abaissement est venu celui qui « vécut dans la pauvreté pour nous enrichir ».
Pendant que Marie et Joseph se trouvaient dans le temple, un vieillard nommé Siméon y arriva, conduit par l’Esprit de Dieu. « Il était juste et pieux, et il attendait la consolation d’Israël ». Sa justice pratique et sa piété ne lui permettaient pas de s’accommoder de l’état de choses qui caractérisait le peuple ; il connaissait la promesse d’un libérateur ; il l’attendait. Dieu, répondant à sa fidélité, l’avait averti « par l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort, que premièrement il n’eût vu le Christ du Seigneur ». C’est le même Esprit qui le conduisit au temple afin d’y rencontrer le libérateur promis. « Comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour faire à son égard selon l’usage de la loi, il le prit entre ses bras et bénit Dieu et dit : Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton esclave en paix selon ta parole ; car mes yeux ont vu ton salut, lequel tu as préparé devant la face de tous les peuples : une lumière pour la révélation des nations, et la gloire de ton peuple Israël » (v. 27-32). De même que Marie et Zacharie, Siméon voit dans l’avènement de l’enfant Jésus l’accomplissement des promesses faites aux pères, savoir, la bénédiction d’Israël et des nations. Il a tenu dans ses bras le petit enfant, cela lui suffit ; il peut s’en aller en paix. La parole de Dieu l’avait encouragé dans sa foi en l’assurant de la délivrance ; maintenant il a vu le salut de Dieu, le moyen par lequel Dieu sauvera son peuple et accomplira toutes ses promesses.
Joseph et Marie s’étonnaient des choses dites de Jésus. On voit qu’ils n’avaient pas compris les gloires de cet enfant merveilleux, ni toutes les conséquences glorieuses de sa venue ici-bas. Siméon les bénit et dit à Marie : « Voici, celui-ci est mis pour la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et pour un signe que l’on contredira (et même une épée transpercera ta propre âme), en sorte que les pensées de plusieurs cœurs soient révélées » (v. 34-35). Enseigné de Dieu, Siméon comprend l’effet que produirait au milieu du peuple plongé dans le péché la présence du bien suprême. Jésus serait une occasion de chute pour ceux qui le rejetteraient et de relèvement pour ceux qui le recevraient. Il devrait endurer la contradiction « des pécheurs contre lui-même » (Hébreux 12:3), et Marie aurait l’âme transpercée en voyant rejeter et mourir celui qu’elle pouvait appeler son fils. On se représente aisément la souffrance de cette mère, témoin de tout ce que Jésus endura de la part des Juifs durant son ministère d’amour qui se termina par sa mort à la croix.
(v. 36-38). — En même temps que Siméon, une femme pieuse, fort avancée en âge, Anne, une prophétesse, se trouvait dans le temple qu’elle ne quittait pas. Elle servait Dieu en jeûnes et en prières, nuit et jour. Survenant à ce moment, elle louait le Seigneur et parlait de lui à tous ceux qui, à Jérusalem, attendaient la délivrance apportée par le Messie. Malachie en avait parlé : « Alors ceux qui craignent l’Éternel ont parlé l’un à l’autre, et l’Éternel a été attentif et a entendu, et un livre de souvenir a été écrit devant lui pour ceux qui craignent l’Éternel, et pour ceux qui pensent à son nom » (chap. 3:16). Malachie décrit l’état moral dans lequel se trouvait le peuple depuis le retour de la captivité jusqu’à la naissance du Seigneur. Le peuple lui-même était satisfait de son état qui, extérieurement, paraissait en ordre, mais n’avait que la forme de la piété, comme la chrétienté actuellement. Une personne pieuse comme Anne ne pouvait que jeûner et prier dans un milieu semblable. Le jeûne indiquait qu’elle ne prenait aucune part à la satisfaction et aux jouissances du peuple. Par la prière elle s’attendait à Dieu qui seul était sa part et pouvait seul amener le changement nécessaire pour jouir de la bénédiction promise. Le service de cette pieuse femme, en attendant la naissance du Christ, est le même pour ceux qui aujourd’hui attendent la venue du Seigneur. Elle ne quittait pas le temple, lieu de bonheur et de paix pour l’Israélite pieux. Au Psaume 84:1-2, 4, 10, David exprime en ces termes ses sentiments et ceux du résidu d’Israël chassé de son pays aux derniers jours : « Combien sont aimables tes demeures, ô Éternel des armées ! Mon âme désire, et même elle languit après les parvis de l’Éternel... Bienheureux ceux qui habitent dans ta maison ; ils te loueront incessamment... Car, un jour dans tes parvis vaut mieux que mille ». Actuellement, le croyant peut réaliser individuellement la présence de Dieu, en vivant à part du mal, et collectivement là où deux ou trois sont réunis au nom du Seigneur. Nous avons donc le privilège de vivre, comme Anne, séparés du monde, dans la présence de Dieu en jeûnes et en prières, et aussi en parlant du Seigneur à tous ceux qui l’attendent. Ainsi, nous serons bien placés pour avertir ceux qui ne connaissent pas le Seigneur, qui s’étourdissent dans un monde mûr pour le jugement.
Peu nombreux étaient ceux qui craignaient l’Éternel et qui pensaient à son nom en attendant la délivrance. Malachie dit qu’ils « parlaient l’un à l’autre » ; mais l’Éternel prêtait attention à ces entretiens. Un livre de souvenir était écrit devant lui pour ceux qui le craignaient et pensaient à son nom. Les rois inscrivaient dans un livre les exploits que leurs sujets accomplissaient pour eux (voir Esther 2:23 et 6:1-2). Ainsi Dieu enregistre encore maintenant les grandes actions de ceux qui le craignent et agissent en conséquence, en attendant la délivrance par la venue du Seigneur. Comme le résidu d’alors, ils sont le trésor particulier du Seigneur. Quelle grande chose, en effet, que de pouvoir, comme Anne et ses semblables, nous comporter dans ces temps de la fin de manière à donner satisfaction au cœur du Seigneur, alors petit enfant, maintenant personne glorifiée que nous attendons. Qu’il s’agisse de la venue du Seigneur à sa naissance, ou pour enlever les saints, ou encore pour régner, il apparaît toujours « à ceux qui l’attendent » (Hébreux 9:28).
Anne avait vécu sept ans avec un mari et l’avait perdu depuis quatre-vingt-quatre ans environ. Elle était donc très âgée. Avec les chiffres donnés, cette femme peut représenter le peuple d’Israël : les sept ans passés avec son mari seraient une figure du temps pendant lequel Israël réalisait sa relation avec Dieu au commencement de son histoire, sept exprimant un temps parfait ; et quatre-vingt-quatre ans — 7 fois 12 — représenteraient le temps pendant lequel ce malheureux peuple était comme une veuve sans son mari, parce qu’il avait rejeté son Dieu.
(v. 39-52). — Dieu n’a pas trouvé à propos de nous donner l’histoire de la vie de Jésus dès sa naissance jusqu’à son entrée dans son ministère. Mais l’Esprit de Dieu, en choisissant Luc pour nous présenter tout particulièrement l’humanité de Christ, nous parle suffisamment de ce temps dans le reste de notre chapitre, pour préserver notre esprit de toute pensée imaginaire et erronnée à l’égard de la divinité et de l’humanité de ce précieux Sauveur, en nous montrant que, de la crèche à la croix, Jésus avait toujours conscience de sa divinité, en même temps qu’il réalisait tout ce qui appartient à une humanité parfaite, de sa naissance jusqu’à l’âge mûr.
Se laissant aller à leur imagination, certaines personnes ont prétendu que Jésus, avant le commencement de son ministère, accomplissait des miracles en travaillant avec Joseph à son métier de charpentier, et ont allégué d’autres faits encore que la Parole ne mentionne pas. Il faut rejeter tout ce que l’on a raconté de Jésus pendant les trente premières années de sa vie, sauf ce que nous en disent les deux premiers chapitres de Luc.
Lorsque Marie et Joseph eurent accompli tout ce que la loi exigeait, « ils s’en retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville ». C’est dans cette cité et dans cette contrée méprisées que devait s’écouler, humblement, la vie de Jésus avant sa présentation au peuple. Ce séjour lui valut le nom dédaigneux de Nazarénien. Rien dans sa vie, durant ce temps-là, n’avait attiré l’attention des hommes ; Jean le Baptiseur ne le connaissait pas, les habitants de Galilée encore moins ; il était connu d’eux comme « le fils du charpentier », et même comme « le charpentier » (Marc 6:3).
Au v. 40, nous lisons : « Et l’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur lui ». Son évolution intellectuelle et physique suivait un cours absolument naturel et normal, toujours en rapport avec son âge. Il était rempli de sagesse. Sa vie humaine avait une origine divine. Sa sagesse était aussi parfaite que son développement physique ; aucune trace de péché n’entravait sa croissance. La faveur de Dieu ne pouvait que reposer sur un tel enfant.
Comme tout Israélite devait le faire selon la loi, les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem, « à la fête de Pâque ». Lorsque Jésus eut douze ans, il y monta aussi avec eux. La fête terminée, Joseph et Marie reprirent le chemin de la Galilée avec leurs compatriotes. Croyant Jésus dans la troupe des voyageurs, ils firent une journée de marche avant de s’apercevoir qu’il ne les suivait pas. Aussitôt ils revinrent à Jérusalem à sa recherche. Après trois jours, « ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous ceux qui l’entendaient s’étonnaient de son intelligence et de ses réponses » (v. 46-47). Remarquez comment tout est parfait dans l’attitude de cet enfant de douze ans, au milieu des docteurs juifs : « Il les écoutait et les interrogeait ». Il aurait pu les enseigner, mais il aurait abandonné la perfection de son humanité correspondant à son âge ; car il ne sied pas à un enfant de douze ans d’enseigner des docteurs, parmi lesquels pouvaient se trouver des vieillards ; sa sagesse et son intelligence extraordinaires se manifestaient par ses réponses et ses questions qui étonnaient son entourage. Interroger et répondre à ce qu’on lui demande, c’est ce qui convient à un enfant. Plus tard, c’est l’enseignement de Jésus qui surprendra les Juifs. En Marc 1:22, il est dit : « Et ils s’étonnaient de sa doctrine ; car il les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes ». Les huissiers envoyés pour le prendre reviennent en disant : « Jamais homme ne parla comme cet homme » (Jean 7:46). En attendant, Jésus suit le développement humain en tout ce qui convient à son âge. Il se soumet, en venant dans ce monde, aux lois naturelles que lui-même, comme Dieu, avait créées. Combien l’humanité de Christ est merveilleuse, qu’on la considère dans son enfance, aussi bien que dans son ministère ! Cela fait aussi admirer et comprendre cet amour merveilleux, source et cause de l’abaissement volontaire de celui qui a consenti à devenir homme au milieu des hommes pour leur manifester l’amour de Dieu et prendre sur lui les conséquences de leur désobéissance sous le jugement de Dieu.
Lorsque les parents de Jésus le trouvèrent au milieu des docteurs, « ils furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait ainsi ? Voici, ton père et moi nous te cherchions, étant en grande peine. Et il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père » (v. 48-49). Marie et Joseph ne comprenaient pas que, pour un enfant doué d’un pareil développement spirituel, il y avait quelque chose qui l’attirait plus à Jérusalem que le retour immédiat, après la fête, aux affaires de la vie ordinaire. « Les affaires de son Père » occupaient son cœur. À Jérusalem, dans la maison de Dieu, il se sentait naturellement attiré de ce côté-là. C’était en parfait accord avec le développement qu’il avait atteint et dont ses parents ne pouvaient se rendre compte : ils ne comprenaient pas suffisamment sa relation avec Dieu, dont lui-même avait toujours conscience, lui, le Fils de Dieu. « Et ils ne comprirent pas la parole qu’il leur disait » (v. 50). Quelle merveille qu’un tel enfant dans ce monde ! mais quel sujet d’adoration et de reconnaissance pour ceux qui, éclairés par l’Esprit de Dieu, peuvent contempler sa personne et dire : « C’est pour moi que le Fils de Dieu a été trouvé tel ici-bas ! »
« Et il descendit avec eux, et vint à Nazareth, et leur était soumis. Et sa mère conservait toutes ces paroles dans son cœur » (v. 51). Lors même que Marie ne pouvait entrer intelligemment dans tout ce qu’était Jésus, son cœur éprouvait une jouissance profonde à conserver ses paroles qui, sans doute, lui devinrent plus intelligibles plus tard. Jésus « leur était soumis » : paroles que doivent méditer tous les enfants aujourd’hui où l’on travaille si activement à développer l’intelligence de la jeunesse en la meublant de beaucoup de choses, autrefois réservées à un âge plus avancé. Il n’est pas rare de voir des enfants se prévaloir de leur prétendue supériorité intellectuelle pour ne pas se soumettre à leurs parents qu’ils considèrent comme des arriérés dans la voie du progrès. Que pensent-ils de Jésus qui était Dieu, qui possédait la toute-science et la toute-puissance, et qui pourtant était soumis à des parents humains incapables de s’élever à la hauteur de ses propres pensées ? Nous aimons à répéter que la plénitude de la déité, qui habitait en lui corporellement, ne l’a jamais empêché de réaliser la perfection de l’humanité ; celle-ci ne consiste ni dans la grandeur, ni dans la puissance selon les hommes, mais dans la dépendance et l’obéissance absolues. Modèle de l’homme fait, Jésus est aussi le modèle de l’enfant. Que Dieu nous accorde à tous de l’imiter !
« Et Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes » (v. 52). Ce verset, comme le v. 40, nous fait voir que le développement humain de Jésus était progressif en sagesse et en stature, comme le serait celui de tout homme dans son état normal, mais sans péché. Il importe de distinguer entre « nature humaine » et « nature pécheresse ». Jésus a participé à la première, mais pas à la seconde. Il a participé « au sang et à la chair » (Hébreux 2:14), mais non à notre nature déchue qui est péché. L’humanité est la création de Dieu, tandis que notre mauvaise nature résulte de la chute. Jésus devint homme afin de pouvoir mourir, et aussi souffrir, être tenté en toute chose à part le péché, afin de pouvoir sympathiser avec ceux qui, après lui, passent par la souffrance, dans le chemin qui conduit à la gloire, après avoir cru. Mais le Seigneur demeure homme pour l’éternité, et tous les rachetés seront aussi des hommes éternellement, hommes selon les conseils de Dieu, car Adam n’était qu’une figure de celui qui devait le remplacer et amener les hommes coupables et perdus dans un état de perfection, hors d’atteinte du péché et de la mort, la mort ayant été annulée et les péchés effacés par son œuvre à la croix. « Ses délices étaient dans les fils des hommes » (Proverbes 8:31), dans l’éternité passée. C’est pourquoi, comme nous l’avons vu, à sa naissance les anges célèbrent le « bon plaisir de Dieu dans les hommes ». Dans l’éternité les hommes célèbreront le Seigneur qui s’est fait homme afin d’avoir des compagnons dans la gloire. Déjà sur la terre ceux qui ont cru commencent le culte qui lui sera rendu éternellement.
(v. 1-20). — Trente ans environ s’étaient écoulés depuis la naissance de Jean le Baptiseur. Tibère avait succédé à Auguste comme empereur. Ponce Pilate gouvernait la Judée ; Hérode, fils du roi du même nom, était tétrarque de la Galilée, Philippe, son frère, tétrarque de l’Iturée et de la contrée de Trachonite, et Lysanias tétrarque de l’Abilène (*). Anne et Caïphe étaient souverains sacrificateurs. Par l’énumération des diverses contrées qui formaient autrefois le pays d’Israël, toutes gouvernées par des Gentils, l’Esprit de Dieu fait ressortir l’assujettissement de son peuple aux nations à cause de ses péchés et la nécessité du ministère qui va s’exercer au milieu de ce peuple en vue de le délivrer, de le ramener à Dieu pour l’accomplissement des promesses.
(*) Ces trois contrées étaient situées au nord et à l’est de la Palestine. Le tétrarque était le gouverneur de la quatrième partie d’un état démembré.
La quinzième année du règne de Tibère, la parole de Dieu vint à Jean qui habitait dans le désert. Son ministère devait, selon la prophétie d’Ésaïe, précéder l’arrivée du Messie. Dans toute l’histoire d’Israël, on remarque que Dieu envoyait des prophètes au peuple quand il marchait mal, afin de le ramener à l’obéissance. En même temps, il le menaçait de jugements s’il ne se repentait pas, et lui annonçait sa restauration après les jugements, par la venue du Messie. Jean, un de ces prophètes, portait un caractère spécial. Il ne cherchait pas à ramener le peuple à la loi ; c’était inutile. Il devait le préparer à recevoir le Seigneur. Il se tenait en dehors du peuple, dans le désert. « Comme il est écrit au livre des paroles d’Ésaïe le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, faites droits ses sentiers. Toute vallée sera comblée, et toute montagne et toute colline sera abaissée, et les choses tortues seront rendues droites, et les sentiers raboteux deviendront des sentiers unis ; et toute chair verra le salut de Dieu » (v. 4 à 6, citation d’Ésaïe 40:3-5). Ce langage figuré d’Ésaïe décrit l’œuvre qui doit s’accomplir dans les cœurs, non pour revenir à la loi, comme nous l’avons dit, mais afin de les amener à un état moral propre à recevoir le Seigneur. Il ne suffisait pas de dire, comme au v. 8 : « Nous avons Abraham pour père », pour jouir des bienfaits qu’apportait le Seigneur ; il fallait l’œuvre de la repentance dans chaque cœur individuellement. C’est cette œuvre que le ministère de Jean devait produire ; il prêchait le baptême de la repentance, acte par lequel on reconnaissait publiquement sa culpabilité. À ces gens-là le Seigneur apporterait la rémission de leurs péchés. Le travail de Dieu s’opère de la même manière pour la conversion. Avant de recevoir le pardon de ses péchés, il faut qu’une œuvre profonde s’accomplisse, par la parole de Dieu, dans le cœur et la conscience, œuvre qui consiste à reconnaître son état de péché et à accepter le jugement que Dieu porte sur un tel état. Celui en qui ce travail s’accomplit, tremblant sous la menace de la juste colère de Dieu, accepte avec joie le Sauveur qui l’a subie à sa place.
Des foules venaient auprès de Jean afin d’être baptisées, mais sans que le travail de la repentance soit produit en elles. Il est facile d’accomplir un acte extérieur, grâce auquel on prétend avoir un droit à la bénédiction, tandis que le cœur demeure insensible à la vérité qui dévoile d’un côté le mal, de l’autre la sainteté de Dieu. On peut recevoir le baptême chrétien, prendre la cène et demeurer inconverti, par conséquent perdu. Jean discernait cette légèreté dans la foule ; c’est pourquoi il disait : « Race de vipères, qui vous a avertis de fuir la colère qui vient ? Produisez donc des fruits qui conviennent à la repentance ; et ne vous mettez pas à dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père ; car je vous dis que Dieu peut, de ces pierres, susciter des enfants à Abraham » (v. 7-8). Dieu ne veut pas des formes, mais des fruits, des actes, un changement de conduite qui découle de l’action de la parole dans le cœur et la conscience. Plusieurs fois, jadis, le peuple revint à Dieu, mais d’une façon passagère seulement. Osée dit : « Votre piété est comme la nuée du matin et comme la rosée qui s’en va de bonne heure » (chap. 6:4). Et Ésaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est fort éloigné de moi ; mais ils m’honorent en vain.. » (Ésaïe 29:13, cité en Matthieu 15:8). Cette fois, Jean leur dit que la cognée est déjà mise à la racine de l’arbre, prête à l’abattre s’il ne produit pas de bons fruits ; le jugement allait donc s’exécuter sur ceux qui ne répondaient pas à l’appel du prophète. Il frappa Israël après la mort de Jésus, mais il aura lieu définitivement sur le peuple apostat lorsque Jésus établira son règne, comme accomplissement de ce que Jean annonce au v. 17. « Les foules l’interrogèrent, disant : Que faut-il donc que nous fassions ? » (v. 10). Jean leur recommande d’exercer la bonté les uns envers les autres. Aux publicains ou péagers (*), qui s’enrichissaient aux dépens des contribuables, il dit de ne rien percevoir au delà de ce qui leur était ordonné. Aux gens de guerre, il prescrit de s’abstenir d’extorsions et de fausses accusations, en d’autres termes, de ne pas user de la force qu’ils représentent à leur avantage, mais de se contenter de leurs gages. En principe, ce que Jean réclamait, de la part de Dieu, c’était la pratique de l’amour et de la justice, qui doit caractériser tout croyant.
(*) Percepteurs d’impôts.
En entendant le prophète, le peuple se demandait s’il ne serait point le Christ. Jean leur répondit : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, duquel je ne suis pas digne de délier la courroie des sandales : lui vous baptisera de l’Esprit Saint et de feu. Il a son van dans sa main, et il nettoiera entièrement son aire et assemblera le froment dans son grenier, mais il brûlera la balle au feu inextinguible » (v. 16-17). Jésus venait ; ceux qui le recevraient seraient baptisés de l’Esprit Saint ; ils posséderaient la puissance d’une vie qui les rendrait capables d’accomplir le bien. Ceux qui resteraient indifférents à la prédication de Jean, qui demeureraient dans leurs péchés, en rejetant Jésus, seraient baptisés de feu, c’est-à-dire subiraient le jugement. C’est ce qui allait arriver à Israël comme peuple, appelé ici l’aire de Dieu. Le froment, ceux qui écouteraient et croiraient, seraient mis à part, tandis que les méchants, la balle, seraient l’objet du jugement final. Il importait donc d’écouter la prédication de Jean, car il faudrait avoir affaire, un jour ou l’autre, avec le Seigneur, comme Juge. S’il en était ainsi aux jours de Jean, à la fin de l’histoire d’Israël responsable, il en va de même maintenant, au terme de l’histoire de l’Église responsable. Nous arrivons au temps où le froment va être assemblé dans le grenier de Dieu, et l’ivraie jetée au feu (Matthieu 13:30 et 40-42).
Jean exhortait le peuple de diverses manières et évangélisait. Hérode même, dans son immoralité, n’échappa point aux reproches du prophète. Repris par lui au sujet de la femme qu’il avait, — c’était sa belle-sœur, — et à propos de toutes ses mauvaises actions, il n’accepta pas ces avertissements et fit jeter Jean en prison, d’où il ne sortit pas, comme nous l’apprenons ailleurs.
Luc termine le récit de l’activité de Jean, avant de parler de celle de Jésus, parce qu’il présente, avec Jean, la situation en rapport avec Israël : sa propre naissance, son ministère, dans le cadre de l’histoire d’Israël, ainsi que la naissance de Jésus. Cette histoire se termine moralement par le rejet de Jean ; celle de la grâce, dans la personne de Jésus, le Fils de l’homme, va commencer.
Luc ne suit, en effet, pas toujours l’ordre chronologique des faits, mais bien l’ordre moral. Ainsi moralement, le ministère de Jésus suit celui de Jean, quoique historiquement celui de Jean se soit encore exercé quelque temps en même temps que celui de Christ commençait. Beaucoup de prétendues contradictions, dans les récits des divers évangélistes, trouvent leur explication lorsqu’on a compris cela.
(v. 21-38). — Avec le baptême de Jésus commence l’histoire de son activité. La grâce lui fait prendre place, comme homme, au milieu de ceux qui viennent à Jean. Il entre en scène d’une manière touchante en s’associant aux pécheurs repentants, leur montrant qu’il vient au milieu d’eux comme un vrai homme. Quoiqu’il n’ait aucun péché à confesser, il se fait baptiser comme eux, afin de les encourager dans le chemin qui aboutira pour eux, comme pour lui, à la gloire, avec cette différence pourtant que Jésus devra passer lui-même par le jugement que ces repentants avaient mérité. Il entrera de plein droit dans la gloire, et les rachetés par grâce.
La position que prend Jésus nous enseigne une vérité très encourageante : dès qu’une âme reconnaît sa culpabilité, le Seigneur se tient auprès d’elle pour l’encourager dans le chemin de la repentance qui aboutit à une pleine délivrance, tandis qu’il ne peut s’associer aux orgueilleux qui se justifient eux-mêmes ; il leur résiste.
La manière dont Luc parle de Jésus au début de son ministère, s’accorde parfaitement avec le caractère de Fils de l’homme, homme dépendant, sous lequel l’Esprit de Dieu le présente tout au long de cet évangile. Seul Luc rapporte que Jésus priait à son baptême, lorsque le ciel s’ouvrit sur lui. Dieu reconnaît cet homme comme son Fils en qui il a trouvé son plaisir. Il peut le sceller du Saint Esprit en vertu de ses propres perfections. Dieu ne veut pas que son Fils se confonde avec les pécheurs qui l’entouraient, tout excellents que fussent les repentants pour son cœur. « Et l’Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe ; et il y eut une voix qui venait du ciel : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir » (v. 22). Non seulement Dieu trouvait ses délices de toute éternité en son Fils unique, mais maintenant il les trouvait en lui, l’Homme parfait, humble de cœur, venu dans ce monde pour accomplir ses conseils éternels.
En vertu de la perfection de l’œuvre de Christ, le croyant se trouve dans une position telle que Dieu peut aussi le sceller du Saint Esprit et le faire jouir de sa faveur. Jésus était oint du Saint Esprit parce qu’il était Fils de Dieu sans aucune trace de souillure ; le croyant l’est parce que, devenu enfant de Dieu, le sang de Christ a effacé toutes ses souillures. Dieu peut prendre son plaisir en lui en vertu de l’œuvre de Christ : « Il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé » (Éphésiens 1:6). « Nous avons trouvé accès... à cette faveur dans laquelle nous sommes » (Romains 5:2). « Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4:17).
Nous comprenons un peu ce que le Seigneur, le Fils de Dieu, est pour son Père, et quelle gloire lui reviendra éternellement pour avoir accompli une œuvre semblable, qui a de si glorieux résultats. Et que ne doit-il pas être pour celui qui fait l’objet de son amour maintenant et pour l’éternité ?
La généalogie de Jésus, du côté de sa mère, termine ce chapitre, tandis que Matthieu nous la donne du côté de Joseph, en partant d’Abraham, souche de la promesse, comme il convenait à l’Évangile qui présentait le Messie. La généalogie de Luc, celle du Fils de l’homme, part de Jésus par Marie pour arriver à Dieu par Adam. Si on enlève tous les noms de Joseph (v. 24) à Adam, il reste « Fils de... Dieu » (v. 38), ce qu’il était tout en étant Fils de l’homme.
« Et Jésus lui-même commençait d’avoir environ trente ans, étant, comme on l’estimait, fils de Joseph... » (v. 23). On l’estimait fils de Joseph, mais Joseph n’était que le mari de Marie, lui-même fils de Jacob, fils de Matthan, etc (Matthieu 1:15-16). Le père de Marie était Héli, fils de Matthat, de Lévi, de Melchi, etc (v. 24). La généalogie de Joseph arrive à David par Salomon, et celle de Marie par Nathan. Ces deux fils de David étaient fils de Bath-Shéba (1 Chroniques 3:5).
(v. 1-13). — Le Seigneur Jésus comme homme, dernier Adam, entre en scène pour recommencer l’histoire de l’homme, mais de l’homme selon les conseils de Dieu, et pour accomplir son œuvre parfaite au milieu de l’humanité, tombée, par le péché, sous la puissance de Satan.
Le premier Adam, placé innocent dans le paradis terrestre, pouvait y jouir de tout ce qui l’entourait et entretenir des rapports avec Dieu qui s’approchait de lui, sans difficulté pour son propre bonheur. Une seule défense existait, comme nous le savons tous : il ne devait pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Hélas ! tenté par le diable, il succomba malgré les circonstances favorables où il se trouvait. Ayant écouté Satan, il se plaça sous son pouvoir, ainsi que toute sa race ; séparé de Dieu par le péché, chassé du jardin d’Éden, il tomba sous la sentence de mort. Du côté de l’homme, tout était irrémédiablement perdu pour l’éternité ; mais Dieu avait ses propres ressources.
Il s’agissait de sortir l’homme de dessous la puissance du diable, de le ramener à Dieu en le délivrant de toutes les conséquences de la chute. Dieu seul pouvait faire cela. Avant d’annoncer à Adam et à Ève quelles seraient, pour toute leur vie, les conséquences de leur péché, au chap. 3 de la Genèse, Dieu dit au serpent que la semence de la femme lui briserait la tête, c’est-à-dire qu’elle lui ôterait son pouvoir, ce qui impliquait la pleine délivrance de l’homme.
Comme nous l’avons déjà vu, l’évangile selon Luc nous présente tout spécialement Jésus comme Fils de l’homme, la semence de la femme, le dernier Adam. Dans les versets qui nous occupent, nous le voyons aux prises avec le tentateur, car il devait le vaincre avant d’entreprendre son ministère de délivrance. L’Esprit Saint qui remplit Jésus, le conduit dans le désert. Le désert est ce que devint le jardin d’Éden le monde où il n’y a rien pour Dieu. Là le diable le tente durant quarante jours, pendant lesquels il ne mange rien. Un homme ne peut rester plus de quarante jours sans manger. Le nombre quarante représente toujours un temps d’épreuve. À la fin de ces jours-là, Jésus eut faim et le diable choisit ce moment pour tenter Jésus, sachant qu’il se trouvait en présence de celui dont Dieu lui avait parlé en Éden. La tentation consiste à essayer de faire sortir du chemin de l’obéissance à Dieu, chemin dans lequel Jésus venait se placer pour glorifier Dieu et sauver sa créature.
Sachant que Jésus était le Fils de Dieu, comme Dieu lui-même l’avait proclamé, Satan lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre qu’elle devienne du pain. Et Jésus lui répondit, disant : Il est écrit que l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu » (Deutéronome 8:3). La proposition de Satan frappe par son extrême subtilité : Jésus était vraiment Fils de Dieu ; il pouvait changer une pierre en pain ; mais, s’il avait accompli ce miracle, il n’aurait pas réalisé la dépendance qui caractérise l’homme obéissant ; il aurait cédé au diable. Il répond justement par un passage se rapportant à l’homme, et qui montre que l’obéissance à Dieu passe avant la satisfaction des besoins naturels, tout légitimes qu’ils sont. Jésus n’avait pas reçu de Dieu l’ordre de manger ; il attendait de son Père une parole pour le faire.
N’ayant rien obtenu de Jésus dans cette première tentation, le diable le mena sur « une haute montagne, lui montra, en un instant, tous les royaumes de la terre habitée. Et le diable lui dit : Je te donnerai toute cette autorité et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi » (v. 5-7). Ici la tentation se rapporte à la mondanité. Jésus aura un jour sous son autorité tous les royaumes du monde, et ils lui apporteront leur gloire, mais il recevra cela de son Père, comme conséquence de son obéissance jusqu’à la mort, dans laquelle Satan sera vaincu. Il ne pouvait donc pas recevoir cette gloire du diable, ni lui rendre hommage. Là encore la parole de Dieu permet de réduire l’ennemi au silence. Au lieu de reconnaître l’autorité du diable, Jésus reconnaît celle de la Parole écrite. Il répond : « Il est écrit : Tu rendras hommage au Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul » (Deutéronome 6:13).
Satan essaie encore un troisième moyen, en citant, lui aussi, la Parole. « Il l’amena à Jérusalem, et le plaça sur le faite du temple et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, pour te garder ; et ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une pierre » (Psaume 91:11-12). Ici la tentation a un caractère spirituel. Le passage cité se rapporte au Messie dans un psaume qui parle de la confiance qu’il a dans la protection de Dieu. Il s’agissait bien de Jésus, mais il lui suffisait de savoir que cette parole était écrite ; il comptait sur Dieu pour le moment où il en aurait besoin, sans qu’il soit nécessaire d’agir de sa propre volonté ou de celle du diable, pour savoir si ce que Dieu avait dit était vrai. C’est pourquoi Jésus répond à Satan : « Il est dit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu » (Deutéronome 6:16). Tenter Dieu c’est faire quelque chose pour voir si ce que Dieu a dit est vrai. Si je crois Dieu, je n’ai pas besoin d’une preuve de la vérité de ce qu’il a dit. On remarquera que, dans Luc, les tentations ne se suivent pas dans le même ordre que dans Matthieu, où la seconde de Luc se trouve en troisième lieu. En Matthieu, Jésus est tenté d’abord comme homme, puis comme Messie, et enfin comme Fils de l’homme. En Luc l’ordre est moral : en premier lieu nous avons la tentation charnelle ; ensuite, une tentation mondaine et enfin une tentation spirituelle. Dans les deux évangiles, les tentations se rapportent aux trois genres de convoitises par lesquelles le premier Adam a succombé. Nous lisons en Genèse 3:6 : « Et la femme vit 1° que l’arbre était bon à manger, 2° qu’il était un plaisir pour les yeux, 3° et que l’arbre était désirable pour rendre intelligent ». À ce passage correspond celui de 1 Jean 2:16 : « Tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, et la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, n’est pas du Père, mais est du monde ». On reconnaît facilement le caractère de ces trois genres de convoitises dans ce que le diable plaça devant Jésus. Notre précieux Sauveur ne succomba pas, parce qu’il n’y avait en lui aucun autre désir que celui de faire la volonté de Dieu dans une soumission absolue à sa Parole. C’est là ce qui caractérise le second homme : aucune volonté, sinon de faire celle de Dieu. Adam prit en considération ce que le fruit de l’arbre lui offrait pour sa propre satisfaction, et mit de côté la parole de Dieu. Que de fois n’agissons-nous pas de la sorte, même dans l’espace d’une seule journée ! Souvenons-nous tous que pécher, c’est suivre notre propre volonté au lieu d’accomplir celle de Dieu.
Jésus vint dans ce monde comme un homme pour se soumettre à la volonté de Dieu et recommencer l’histoire de l’homme nouveau et obéissant. Il résista à l’effort de Satan en se conformant à la parole écrite et remporta une victoire absolue. Dès lors, comme nous allons le voir, il put piller les biens de l’ennemi en délivrant les hommes des effets du pouvoir de Satan, allant « de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance » (Actes 10:38) À la fin de sa carrière ici-bas, il a rendu impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, en subissant la mort à la place des coupables.
« Et ayant accompli toute tentation, le diable se retira de lui pour un temps » (v. 13). Ces paroles ne se trouvent pas dans Matthieu, pour des raisons qui montrent avec quel soin la parole de Dieu a été écrite. Le récit de Matthieu se termine par ces mots : « Va-t’en Satan, car il est écrit... », ce que Luc ne pouvait dire, puisque cette tentation n’est pas la dernière dans son évangile. Nous apprenons en outre par ce passage que le diable reviendrait après « un temps », lorsque le ministère public de Christ aurait pris fin, et se présenterait à lui, avec les terreurs de la mort, — ce qui eut lieu en Gethsémané — pour chercher à faire reculer Jésus, afin qu’il n’accomplisse pas l’acte suprême d’obéissance, la mort, par laquelle le diable devait être désarmé.
En vertu de la victoire remportée sur le diable, au désert, Jésus put accomplir son ministère de délivrance, en faveur des hommes. Mais après ce merveilleux service, il restait encore à exécuter l’œuvre qui délivrerait l’homme de la mort éternelle : pour cela des miracles ne suffisaient pas ; il fallait la mort même de Jésus, dans laquelle « la semence de la femme » écraserait la tête du serpent. On comprend que Satan ait cherché à s’opposer à la mort de Christ lorsque vint l’heure. Là aussi Jésus obéit ; il avait reçu ce commandement de son Père (Jean 10:18). Il a été obéissant jusqu’à la mort de la croix (Philippiens 2:8). Là le diable fut définitivement vaincu. Jésus mourut, mais il ressuscita, preuve du triomphe qu’il venait de remporter sur celui qui avait le pouvoir de la mort. « Puis donc que les enfants ont eu part au sang et à la chair, lui aussi semblablement y a participé, afin que, par la mort, il rendît impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable ; et qu’il délivrât tous ceux qui, par la crainte de la mort, étaient, pendant toute leur vie, assujettis à la servitude » (Hébreux 2:14-15).
Avant d’aller plus loin, examinons les conséquences pratiques qui découlent pour nous de la victoire remportée par Jésus sur Satan au désert. Tout d’abord, et surtout, nous pouvons, nous aussi, avoir la victoire sur les tentations de Satan, en employant le même moyen que Jésus, en citant la parole de Dieu et en lui étant soumis. Dans le sentier de l’obéissance, Satan a toujours le dessous. L’ennemi veut avant tout empêcher le croyant d’obéir, parce que la désobéissance le prive de la communion avec Dieu, le détourne de la vérité, déshonore Dieu et, produisant de l’obscurité dans l’âme, l’égare toujours plus.
Quel encouragement pour nous tous, jeunes et vieux, de savoir que, malgré la présence et l’activité d’un si puissant adversaire sur notre route, nous pouvons avancer sans qu’il nous atteigne, à la condition d’écouter la parole de Dieu et de lui obéir ! Lorsque Satan rencontre en nous cette obéissance, il se retire comme il a dû se retirer de devant Jésus. « Résistez au diable, et il s’enfuira de vous », dit Jacques (chap. 4:7). En 1 Pierre 5:8, 9, nous lisons : « Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui il pourra dévorer. Résistez-lui, étant fermes dans la foi ». Nous ne pourrions lui résister si le Seigneur Jésus ne l’avait pas vaincu ; mais si, en présence de l’obéissance, Satan subit une défaite, il faut se souvenir qu’il a tout pouvoir sur la chair, en sorte que, si nous la laissons agir, si nous péchons, nous lui offrons une prise facile. Non seulement les croyants sont rendus capables de résister au diable actuellement, mais bientôt nous allons être délivrés de la scène dans laquelle il opère encore et ravis au ciel par le Seigneur ; alors le diable et ses anges seront précipités sur la terre pour tourmenter ceux qui n’auront rien voulu de Christ pendant le temps de la grâce (Apocalypse 12:7-12). « Or le Dieu de paix brisera bientôt Satan sous vos pieds » (Romains 16:20).
Que Dieu nous donne à tous de considérer le Seigneur à la tentation, car il était là pour nous, afin de montrer à ceux qui croient comment vaincre l’ennemi. Si Jésus l’avait vaincu par sa puissance divine, sa victoire ne nous aurait été d’aucune utilité, car nous ne possédons pas cette puissance ; mais du moment qu’il a remporté cette victoire comme homme, par la simple obéissance à la Parole, ce moyen demeure à notre disposition. C’est parce que nous sommes des hommes que Jésus est devenu homme, afin de mourir pour nous sauver, après avoir été le modèle de ceux qu’il sauvait à la croix.
De la tentation de Jésus découle une importante vérité, à laquelle nous avons à prêter attention. Pour pouvoir obéir à la Parole et la citer, il faut la connaître. Il faut la lire dès son jeune âge. C’est là la véritable instruction sans laquelle tout autre enseignement n’offre aucun profit pour l’éternité. Un manuel d’instruction publique du 18° siècle, à l’usage des instituteurs, déclare que l’enseignement de la Bible doit être à la base de toutes les branches d’étude, car tout le reste en découle. Hélas ! tout en prétendant avoir fait des progrès, on a fort reculé depuis ce temps-là ! Si la parole de Dieu ne fait plus partie de l’enseignement public, elle se trouve dans toutes les familles, où l’on peut la lire chaque jour. Il faudrait non seulement se contenter de la lire, mais aussi, selon une ancienne coutume courante dans les écoles et les familles, en faire apprendre des portions aux enfants de tout âge. Ce qu’on apprend dans sa jeunesse demeure pour la vie ; c’est un capital qui porte de multiples intérêts, dont les bienfaits se répandent dans toute la carrière, à la gloire de Dieu, et pour le bonheur présent et éternel de celui qui possède un trésor pareil.
(v. 13-30). — Après avoir conduit Jésus dans le désert, où il rencontre le tentateur, l’Esprit le ramène en Galilée pour y commencer son service d’amour envers les hommes. L’homme obéissant, vainqueur de l’ennemi, dans lequel rien ne limitait la puissance de l’Esprit Saint, était propre pour accomplir les pensées de Dieu à l’égard de son peuple terrestre, comme à l’égard de tout homme.
En Galilée, la contrée méprisée par les Juifs, Jésus dispensa les bienfaits qu’il apportait de la part de Dieu et enseigna dans les synagogues la parole de Dieu dont il vivait lui-même, et qui annonçait au peuple la délivrance et le moyen d’y participer. Sa renommée se répandit bientôt dans les contrées environnantes (v. 13-15).
À Nazareth, la ville où il avait été élevé, mais qu’il n’habitait pas, puisque Capernaüm est appelée « sa propre ville », en Matthieu 9:1 (voir Marc 2:1), il entra dans la synagogue le jour du sabbat, selon sa coutume. On lui donna le livre (ou rouleau) du prophète Ésaïe ; il le déploya et lut les deux premiers versets du chapitre 61 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres ; il m’a envoyé pour publier aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue ; pour renvoyer libres ceux qui sont foulés, et pour publier l’an agréable du Seigneur ». Tous avaient les yeux arrêtés sur Jésus, surpris de voir celui qui avait passé son enfance au milieu d’eux prendre la place d’un rabbin ou d’un scribe, et plus surpris encore lorsque, ayant rendu le livre à celui qui était de service, il leur dit : « Aujourd’hui cette écriture est accomplie, vous l’entendant ». En effet, les habitants de Nazareth avaient au milieu d’eux celui qui faisait l’objet de cette prophétie et de tant d’autres : « Celui duquel... les prophètes ont écrit, Jésus, le fils de Joseph, qui est de Nazareth » (Jean 1:46) S’ils avaient voulu le reconnaître et le recevoir, quelle joie ils auraient ressentie !
En annonçant le Christ, les prophètes annonçaient les jugements et les bénédictions qu’il devait apporter. Ce passage d’Ésaïe présentait les deux choses ; mais dans sa lecture, Jésus s’arrêta avant les mots qui prédisaient le jugement : « Le jour de la vengeance de notre Dieu » (Ésaïe 61:2). Le Seigneur apportait la grâce et la vérité, non le jugement réservé pour plus tard. Il a été, durant toute sa vie ici-bas, l’expression parfaite des paroles qu’il a lues à Nazareth, celui que Dieu avait oint du Saint Esprit pour accomplir son œuvre de grâce ; ces paroles exprimaient l’amour divin qui s’intéressait à l’homme tombé sous les conséquences du péché, loin de Dieu. La pauvreté le caractérise, car il s’est détourné de Dieu, source de tout bien. Il gémit, captif, sous l’esclavage de Satan et du péché. Il est aveugle : le péché obscurcit son entendement et l’empêche de voir comme Dieu voit. Il gît dans les ténèbres, comme un prisonnier sans droit et sans force pour se défendre, foulé aux pieds par l’oppresseur. Dieu envoie Jésus au milieu des hommes pour leur apporter la délivrance et introduire les bénédictions de son règne : « l’an agréable du Seigneur ». Jésus enrichit les pauvres qui le reçoivent, il délivre de l’esclavage de Satan et du péché. Il rend capable de voir selon la lumière divine et affranchit les opprimés. Il donne au pécheur tout ce qui peut le rendre éternellement heureux dans la connaissance de lui-même ; mais il faut le recevoir. C’est précisément ce que les gens de Nazareth ne firent pas ; en cela ils représentent le peuple tout entier qui ne lui fit pas un meilleur accueil. Tout étonnés, ils lui rendaient témoignage en ces termes : « Celui-ci n’est-il pas le fils de Joseph ? » Connaissant leurs pensées, Jésus leur dit : « Assurément vous me direz cette parabole : Médecin, guéris-toi toi-même ; fais ici aussi dans ton pays toutes les choses que nous avons ouï dire qui ont été faites à Capernaüm ». Jésus leur répondit : « En vérité, je vous dis, qu’aucun prophète n’est reçu dans son pays » (v. 23-24). On voit qu’il ne suffisait pas de voir des miracles et d’en être frappé ; il fallait croire que le Messie promis était là, celui dont Ésaïe avait écrit.
La grâce que Jésus apportait avait déjà pénétré autrefois chez les Gentils dans les temps ou Israël était sous les jugements de Dieu, à cause de son idolâtrie. À plus forte raison maintenant, si les Juifs rejettent Jésus, la grâce s’étendra aux Gentils. Élie ne fut envoyé vers aucune veuve en Israël, mais bien chez une étrangère, à Sarepta. De même au temps d’Élisée, il n’y eut pas d’autre lépreux guéri que Naaman le Syrien, un Gentil. Remplis de colère et comprenant bien la portée des paroles de Jésus, les Juifs, au lieu d’en faire leur profit, cherchèrent à se débarrasser de lui en le menant jusqu’au bord escarpé de la montagne sur laquelle se trouvait la ville, pour l’en précipiter. Mais Jésus passa au milieu d’eux et s’en alla. Son heure n’était pas encore venue. La conduite des gens de Nazareth présente un tableau fidèle de la conduite de tout le peuple envers Jésus.
(v. 31-37). — Nous retrouvons Jésus à Capernaüm un jour de sabbat ; là, il enseignait encore Ceux qui l’entendaient s’étonnaient de sa doctrine, parce qu’il parlait avec autorité. En effet, quelle parole pouvait avoir une autorité pareille à la parole de Dieu, présentée par Dieu le Fils, celui qui était « la Parole » (Jean 1:1), Dieu manifesté en chair ? Que les hommes l’aient voulu ou non, ils devaient reconnaître cette autorité. Cette parole que nous avons entre les mains est la même aujourd’hui, quoiqu’elle ne soit pas présentée par Jésus, homme ici-bas ; elle a sa propre puissance divine sans laquelle aucune œuvre ne pourrait s’accomplir dans le cœur de l’homme. Il faut la recevoir, de même que les Thessaloniciens, comme étant véritablement la parole de Dieu (1 Thessaloniciens 2:13).
Nous savons que la Bible tout entière est la parole de Dieu, conservée à travers des siècles de ténèbres en vue des mauvais jours actuels. Elle possède la même autorité que celle prononcée alors par Jésus.
Jésus n’enseignait pas seulement ; l’homme étant tombé sous la puissance de Satan, il voulait l’en délivrer. Dans la synagogue même, se trouvait un malheureux, possédé d’un esprit immonde. Chose étrange et triste à constater, contrairement aux hommes qui ne voyaient en Jésus qu’un de leurs semblables, les démons savaient qu’il était le Fils de Dieu. Le démon s’écria à haute voix : « Ha ! qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus Nazarénien ? Es-tu venu pour nous détruire ? Je te connais, qui tu es : le Saint de Dieu » (v. 34). Ces anges déchus — car les démons sont cela — reconnaissent le jugement qui les attend tous ; il n’y a pas de pardon pour eux, et ils savent qui l’exécutera ; ils tremblent à cette pensée (Jacques 2:19) : « ils croient et ils frissonnent ». Quant aux hommes si coupables, mais pour lesquels il y a pardon, ils refusent de croire en celui qui est venu pour les sauver et nient sa divinité ; si même ils croient en Dieu, ils n’en frissonnent pas ; ils ne croient pas à leur culpabilité ni au jugement qui les attend. Terrible état que celui de l’homme inconverti et incrédule !
Jésus tança le démon, disant : « Tais-toi, et sors de lui. Et le démon ayant jeté l’homme au milieu de tous, sortit de lui, sans lui avoir fait aucun mal. Et ils furent tous saisis d’étonnement, et ils parlaient entre eux, disant : Quelle parole est celle-ci ? car il commande avec autorité et puissance aux esprits immondes, et ils sortent » (v. 35-36). Lorsque Dieu veut accomplir quelque chose, il n’a qu’à parler, que ce soit pour enseigner, pour chasser les démons ou accomplir quelque autre miracle, pour créer le monde ou le soutenir, pour faire subsister jadis les cieux et la terre, ou les réserver pour le feu du jugement (Lire Jean 1:3 ; Hébreux 11:3 ; 2 Pierre 3:5 et 7). « Il a parlé, et la chose a été ; il a commandé, et elle s’est tenue là » (Psaume 33:9 ; voir le v. 6). Ce Dieu était présent au milieu des hommes comme Sauveur, mais ils ne voulurent rien de lui ; cependant en vertu de ce que Jésus a « fait par lui-même la purification de nos péchés » (Hébreux 1:3), il offre encore le salut à tous aujourd’hui, jour de grâce qui va prendre fin ; c’est pourquoi tous ceux qui n’en ont pas encore profité, sont instamment priés de ne pas attendre que la porte soit fermée, car alors il sera éternellement trop tard. La renommée de Jésus se répandait dans tous les lieux voisins de Capernaüm ; mais cela ne veut pas dire que tous ceux que frappait le pouvoir extraordinaire de Jésus croyaient en lui. Aujourd’hui, de même, si le Seigneur se trouvait ici-bas et accomplissait des miracles, sa réputation se ferait entendre en tous lieux, sans que pour cela tous crussent en lui. Croire, c’est tout autre chose que de constater un fait indéniable et frappant.
(v. 38-44). — En sortant de la synagogue, Jésus se rendit chez Simon dont la belle-mère était atteinte d’une fièvre ardente. « On le pria pour elle. Et s’étant penché sur elle, il tança la fièvre, et la fièvre la quitta ». À l’instant, la femme se leva guérie et servit Jésus et ceux qui étaient avec lui. Dans la maladie de cette femme, nous avons une autre figure de l’état dans lequel l’homme se trouve à la suite du péché. Sans paix avec Dieu, sans repos, souffrant d’une mauvaise conscience, il cherche dans ce monde le bonheur qu’il n’a pas en Dieu. Son impuissance lui donne une agitation fiévreuse. Il court, il se démène ; la terre ne lui suffit pas ; il cherche à avoir la maîtrise dans les airs, sous l’eau, comme sur la terre. Il emploie à cela l’intelligence que Dieu lui a donnée, le peu de jours dont il dispose et qu’il abrège encore lui-même très souvent. Puis il doit mourir dans cette fiévreuse activité, à moins qu’il ne fasse la connaissance de celui qui seul peut lui donner le repos et la paix en lui annonçant que le péché, cause de tous ses maux, a été ôté à la croix. S’il l’accepte, la paix devient sa part. Plein de bonheur, il peut, comme la belle-mère de Pierre, servir le Seigneur, dans le calme et la confiance en lui, en attendant d’être auprès de lui.
Au coucher du soleil, moment propice pour sortir dans les pays chauds, tous ceux qui avaient des infirmes et des malades les amenèrent à Jésus qui les guérissait tous. Les démons aussi, sortaient de plusieurs possédés en criant que Jésus était le Fils de Dieu ; mais Jésus leur interdisait de parler. Il se refusait à recevoir le témoignage des démons et voulait que les hommes reconnussent qu’il était le Christ par son propre témoignage à lui.
Le lendemain matin Jésus s’en alla dans un lieu désert, mais les foules le trouvèrent et cherchèrent à le retenir. Alors il leur dit : « Il faut que j’annonce le royaume de Dieu aux autres villes aussi ; car j’ai été envoyé pour cela » (v. 43). Jésus n’avait devant lui que l’accomplissement de son service, conformément à la volonté de son Père. Il ne voulait pas jouir de la considération des foules, captivées par les démonstrations de sa puissance et de sa parole, qu’il accomplissait par obéissance à son Dieu et par amour pour les hommes. Un serviteur de Dieu aime à demeurer avec ceux au milieu desquels il travaille ; mais son devoir est d’obéir et de plaire à son Maître, et non de rechercher sa propre jouissance. Jésus s’en va continuer à prêcher dans les synagogues de la Galilée.
(v. 1-11). — Jésus ne prêchait pas seulement dans les synagogues ; quand il vint au bord du lac de Génésareth, de grandes foules se jetaient sur lui pour entendre la parole de Dieu. Voyant près du rivage deux nacelles que les pêcheurs avaient laissées pour laver leurs filets, Jésus monta sur l’une d’elles, qui appartenait à Simon, et pria celui-ci de s’éloigner un peu de terre. De là il put enseigner plus librement. Après cela, comme il voulait parler à Simon, il lui dit : « Mène en pleine eau, et lâchez vos filets pour la pêche. Et Simon, répondant, lui dit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit, et nous n’avons rien pris ; mais sur ta parole je lâcherai le filet » (v. 5). La nuit est plus favorable pour la pêche que le jour ; cependant le travail de ces pêcheurs avait été infructueux. Il en va de même de tous les efforts de l’homme sans Christ : ils sont vains, tandis qu’avec le Seigneur, même dans les conditions les plus défavorables, ils portent du fruit. Il faut, pour être sûr de la bénédiction, faire comme Pierre : obéir à la parole de Jésus. Ayant suivi l’ordre de Jésus, ils prirent une quantité de poissons telle que, voyant leur filet se rompre, ils appelèrent à leur aide leurs compagnons de l’autre nacelle. Ils remplirent les deux embarcations au point qu’elles enfonçaient.
Le récit de cette pêche miraculeuse, due à la bénédiction du Seigneur, nous enseigne que, non seulement l’homme naturel ne peut rien faire sans Dieu, mais qu’il ne sait même pas profiter de la bénédiction divine ; il est un vase incapable de la supporter. Dans cet état, tout ce que Dieu pourrait faire pour lui se perd, comme on le voit par cette pêche, où pêcheurs, poissons et nacelle faillirent être tous perdus. Seule la nouvelle naissance nous met en mesure de recevoir la bénédiction de Dieu. C’est pour cela que Jésus vint ici-bas accomplir l’œuvre de la rédemption qui place l’homme dans un état nouveau où il peut travailler avec fruit pour le Seigneur et jouir de tous les biens que la grâce lui accorde pour le temps et l’éternité.
En Jean 21:6-11 nous trouvons, dans une circonstance semblable, une image de la capacité de recevoir la bénédiction de Dieu en vertu de l’œuvre de Christ à la croix. Jésus apparut à ses disciples sur le même rivage, et leur commanda de jeter leur filet au côté droit de la nacelle ; après avoir obéi, ils ne pouvaient le retirer tellement il y avait de poissons ; la Parole ajoute : « Et quoiqu’il y en eût tant, le filet n’avait pas été déchiré ». En vertu de la mort de Christ, la bénédiction est sûre et le croyant capable d’en jouir. C’est ce qui aura lieu d’une manière toute particulière pour le millénium dont la scène de Jean 21 est une figure.
Simon Pierre ayant vu cette manifestation de la puissance de Jésus, éprouve de la crainte, ainsi que ses compagnons, au nombre desquels il y avait Jacques et Jean. Il comprend immédiatement qu’il se trouve en la présence de Dieu, et, se jetant aux genoux de Jésus, il lui dit : « Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur ». Le sentiment de la présence de Dieu produit toujours la conviction du péché ; c’est ce qui doit arriver pour qu’on éprouve le besoin du salut et l’accepter ensuite. Lorsqu’on présente la parole de Dieu au pécheur, si elle agit sur sa conscience, elle fait naître premièrement en lui non de la joie, mais la crainte de Dieu qu’il a offensé ; ensuite la grâce, qui est venue avec la vérité, lui apprend ce que Dieu a fait pour ôter son péché et lui donne la joie du salut. Ésaïe éprouva ces sentiments lorsqu’il se trouva devant le même Seigneur, qui alors n’était pas un homme dans une nacelle, mais Jéhovah sur son trône ; les pans de sa robe remplissaient le temple (Ésaïe 6:1-7). Lorsque le prophète entendit les séraphins proclamer la sainteté et la gloire de l’Éternel, il s’écria : « Malheur à moi ! car je suis perdu ; car moi, je suis un homme aux lèvres impures, et je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; car mes yeux ont vu le roi, l’Éternel des armées ». Alors un ange prit un charbon de dessus l’autel et toucha la bouche du prophète qui fut purifié par le contact du feu du jugement de Dieu, porté par la victime consumée sur l’autel. Il lui fut dit : « Voici, ceci a touché tes lèvres ; et ton iniquité est ôtée, et propitiation est faite pour ton péché ». C’est parce que Jésus devait ôter les péchés de Pierre et de ses compagnons qu’il se trouvait avec eux dans la nacelle et qu’il pouvait dire à Pierre, convaincu de péché : « Ne crains pas ; dorénavant tu prendras des hommes » (v. 10). Quelle grâce infinie est exprimée dans ces mots : « Ne crains pas ! » L’homme, qui avait à craindre le jugement mérité, se trouve en présence de celui qui, étant Dieu, s’est fait homme pour porter ce jugement ; c’est pourquoi Jésus peut dire à un pécheur ce qui équivaut à : « Ne crains pas, parce que j’irai en jugement à ta place, je porterai la peine de tes péchés ». En vertu de la puissance que Jésus déployait en grâce dans ce monde, il annonce à Pierre que, par cette même puissance, il prendra non plus des poissons, mais des hommes qu’il tirera de la mer de ce monde de péché et de ténèbres, pour les amener à la merveilleuse lumière de Dieu. Pierre et ses associés, Jacques et Jean, quittèrent tout et suivirent Jésus.
(v. 12-16). — Dans une ville où Jésus se trouvait, un lépreux vint à lui, se jeta sur sa face et lui dit : « Seigneur, si tu veux, tu peux me rendre net ». Jésus le toucha en disant : « Je veux, sois net. Et aussitôt la lèpre se retira de lui ». Cet homme avait discerné en Jésus la puissance divine qui seule pouvait le guérir. La lèpre, comme nous le savons, représente le péché, dont on ne peut être purifié que par la foi au sang de Christ. Cet homme voyait en Jésus le pouvoir, mais il doutait du vouloir. Cela se comprend quand on vit dans un monde que caractérisent l’égoïsme et l’indifférence ; on peut toujours douter de la bonne volonté de ceux qui pourraient venir en aide aux malheureux. Le lépreux ne connaissait pas encore le seul Homme qui faisait contraste avec tous les autres, celui qui, ému de compassion envers sa créature, était venu du ciel pour la secourir, l’homme compatissant, mais en même temps Jéhovah accomplissant en faveur de son peuple ce qui était dit de lui dans le Psaume 103:3 : « C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes infirmités ». Et aussi : « Je suis l’Éternel qui te guérit » (Exode 15:26). La faible foi du lépreux reçoit immédiatement la réponse que seule il pouvait obtenir de la grâce : « Je veux, sois net ». Jésus lui recommanda de ne dire à personne ce qui était arrivé, mais d’aller se montrer au sacrificateur et d’offrir ce que la loi de Moïse ordonnait en pareil cas (voir Lévitique 14), afin, dit-il, « que cela leur serve de témoignage ». Puisque l’Éternel seul pouvait guérir de la lèpre, les sacrificateurs, en reconnaissant que cet homme était guéri par Jésus, devaient reconnaître qu’il était Jéhovah venu au milieu de son peuple. Cette guérison en était un témoignage irrécusable. Hélas ! nous savons qu’il demeura vain pour la nation ; les Juifs ne crurent pas en lui.
La renommée de Jésus se répandait de plus en plus ; « de grandes foules s’assemblèrent pour l’entendre et pour être guéries de leurs infirmités ; mais lui, se tenait retiré dans les déserts et priait ». Jésus ne cherchait pas la renommée ; il accomplissait son service et se soustrayait aux éloges et à l’admiration des hommes pour chercher, dans l’isolement, la communion de Dieu par la prière. Il était l’homme dépendant de Dieu pour exercer la puissance divine en faveur des malheureux. Modèle parfait du serviteur, Jésus ne s’attribuait rien et ne cherchait que le bien des hommes dans l’obéissance et la dépendance de Dieu son Père qu’il voulait glorifier avant tout.
(v. 17-26). — Un jour, Jésus enseignait une grande foule dans laquelle se trouvaient des pharisiens et des docteurs de la loi, venus de toutes les bourgades de la Galilée, de la Judée et de Jérusalem, « et la puissance du Seigneur était là pour les guérir », est-il dit (v. 17). Ici le mot « Seigneur » désigne l’Éternel. Quel privilège inestimable pour ces hommes d’avoir au milieu d’eux la puissance de Jéhovah pour les guérir ! Si au moins ils avaient pu profiter de ce que la bonté de Dieu mettait à leur disposition, moyennant la foi. Si, par incrédulité, les chefs ne profitèrent pas de la présence du Seigneur, d’autres s’approchèrent de lui avec foi dans ce moment même et obtinrent ce qu’ils désiraient : « Voici des hommes portant sur un lit un homme qui était paralysé ; et ils cherchaient à l’introduire et à le mettre devant lui. Et ne trouvant pas par quel moyen ils pourraient l’introduire, à cause de la foule, ils montèrent sur le toit et le descendirent par les tuiles, avec son petit lit, au milieu, devant Jésus. Et voyant leur foi, il dit : Homme, tes péchés te sont pardonnés » (v. 18-20). Ce fait nous montre la persévérance de la foi pour obtenir ce qui est à sa disposition en Jésus. Cet évangile nous donne plusieurs exemples de cette persévérance : le cas de la veuve et du juge inique (chapitre 18) ; celui de l’aveugle sur le chemin de Jéricho (même chapitre) ; celui de Zachée (commencement du chap. 19). Quoique Jésus ne soit pas visiblement présent sur la terre aujourd’hui, sa puissance en grâce est toujours à la disposition de la foi, pour répondre aux besoins matériels et spirituels présentés à Dieu en son nom. Il se peut que nos prières ne reçoivent pas la réponse désirée ; mais Dieu répondra selon ses pensées qui sont toujours bonnes et sages, quoique, sur le moment, elles ne nous paraissent pas toujours telles.
Les scribes et les pharisiens ayant entendu que Jésus avait dit au paralytique : « Tes péchés te sont pardonnés », raisonnent en criant au blasphème, disant que Dieu seul peut pardonner les péchés, précisément ce que dit le Psaume 103 cité plus haut. Mais ces malheureux sages et intelligents d’alors ne voulaient pas reconnaître Dieu au milieu d’eux dans la personne de Jésus. Le Seigneur, connaissant leur pensée, leur répondit : « Lequel est le plus facile, de dire : Tes péchés te sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi et marche ? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés (il dit au paralytique) : Je te dis, lève-toi, et, prenant ton petit lit, va dans ta maison » (v. 23-24). Sous le gouvernement de Dieu, au milieu de son peuple, la maladie était ordinairement la conséquence de quelque péché ; aussi, pardonner les péchés qui avaient causé la maladie, c’était accomplir la guérison. Les péchés une fois pardonnés, le châtiment était levé. C’est pourquoi en Jean 5:14, Jésus dit à celui qu’il avait guéri : « Ne pèche plus, de peur que pis ne t’arrive ».
Le paralytique se leva à l’instant, prit son lit et s’en alla dans sa maison glorifiant Dieu, tandis que les scribes et les pharisiens restaient indignés. Tous les assistants, remplis d’étonnement, louaient le Seigneur et, saisis de crainte, ils disaient : « Nous avons vu aujourd’hui des choses étranges » (v. 26). Cependant, malgré ces impressions, rien ne pouvait être produit dans les foules sans la foi ; cette foi qui a Jésus pour objet, peut seule sauver, et non les impressions, même créées par une intervention divine que la conscience naturelle reconnaît.
(v. 27-32). — Jésus voulait encore s’associer un compagnon de travail. Dans le monde, lorsqu’un grand homme veut s’adjoindre un collaborateur, il le choisit parmi ceux qu’il estime être le plus à sa hauteur. Vu l’état de l’homme, Jésus n’en pouvait trouver de pareils ; aussi il les prend tels qu’il les rencontre, des vases vides, qu’il veut remplir de son amour et de sa puissance. Il choisit des êtres indignes, les seuls qu’il y eût, car c’est la grâce qui est en activité. Dans le cas qui nous occupe, Jésus s’adresse à Lévi (*), un publicain, homme méprisé par les Juifs à cause de ses occupations. Les publicains percevaient les impôts pour le compte des Romains. Ce service, qui se pratiquait avec usure, constituait, pour ces fonctionnaires, une source de revenus aux dépens du peuple ; aussi étaient-ils détestés des Juifs qui les classaient au rang des gens de mauvaise vie.
(*) Lévi est appelé Matthieu en Matthieu 9:9.
Voyant Lévi assis au bureau de recette, Jésus lui dit : « Suis-moi. Et quittant tout, il se leva et le suivit ». L’appel de Dieu porte en soi la puissance de tout abandonner pour suivre Christ. La foi ne raisonne pas ; car, en suivant le Seigneur, on a tout en lui et l’on trouve sur sa route tout ce que sa bonté a préparé pour chaque jour.
Lévi appréciait assez Jésus pour lui faire un grand festin. Une foule de publicains et d’autres gens étaient avec lui à table, ce qui souleva les protestations des pharisiens et des scribes qui murmuraient contre les disciples en disant : « Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheurs ? » (v. 30). La grâce de Dieu et la propre justice des pharisiens ne pouvaient s’allier. Les pharisiens, estimant que le royaume n’appartenait qu’à eux et à leurs semblables, abandonnaient à leur sort avec mépris ceux qu’ils appelaient des pécheurs. Les propres justes ne connaissent pas la grâce, tandis qu’en Jésus elle était venue précisément pour les pécheurs qui se reconnaissaient tels. Jésus leur répondit : « Ceux qui sont en santé n’ont pas besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance » (v. 31-32). Quiconque se reconnaît pécheur est appelé à se repentir, en confessant son état devant Dieu et le jugement que Dieu prononce sur lui, afin d’accepter la grâce venue en la personne de Jésus. Ceux qui se croient justes restent en dehors des effets de la grâce ; elle ne leur dit rien ; elle n’est pas pour eux, tant qu’ils demeurent satisfaits d’eux-mêmes.
(v. 33-39). — Ces mêmes raisonneurs demandèrent à Jésus pourquoi leurs disciples et ceux de Jean jeûnaient souvent et faisaient des prières, tandis que les siens mangeaient et buvaient. Jésus leur répondit : « Pouvez-vous faire jeûner les fils de la chambre nuptiale pendant que l’époux est avec eux ? Mais des jours viendront, où aussi l’époux leur aura été ôté ; alors ils jeûneront en ces jours-là » (v. 34, 35). Les disciples avaient trouvé le Messie, celui dont les prophètes avaient parlé (Jean 1:42 et 46) ; ils étaient les bienheureux qui voyaient et entendaient, ce que plusieurs prophètes et plusieurs rois avaient désiré voir et entendre, et ne l’avaient pu ; aussi leur joie est-elle assimilée à celle des invités à une noce, qui ont l’époux avec eux. Mais il viendra un temps où, grâce à la haine de ceux qui méprisent Jésus et sa manière d’agir, l’époux, Jésus, sera ôté aux disciples ; alors ils jeûneront, mais non du jeûne des pharisiens, qui faisaient partie d’un monde plongé dans la joie (voir Jean 16:20).
La question des pharisiens amène le Seigneur à montrer, par une parabole, que l’on ne peut mélanger le système légal que les Juifs voulaient conserver, et celui de la grâce que Jésus apportait. « Personne », dit-il, « ne met un morceau d’un habit neuf à un vieil habit ; autrement il déchirera le neuf, et aussi la pièce prise du neuf ne s’accordera pas avec le vieux. Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement le vin nouveau rompra les outres, et il se répandra, et les outres seront perdues ; mais le vin nouveau doit être mis dans des outres neuves, et tous les deux se conservent » (v. 36-38). L’habit neuf du christianisme se gâtera si l’on en prend un morceau pour raccommoder ce qui paraît défectueux dans le vêtement du légalisme ; cela ne s’accordera pas. Le système de la loi doit subsister comme Dieu l’a institué. Sinon, il faut accepter le christianisme tout entier, tel que Dieu le donne pour remplacer la loi qui n’a rien amené à la perfection, puisqu’elle ne peut ni corriger le pécheur, ni le sauver. La religion légale dans ses formes ne saurait contenir le vin nouveau, la puissance vivifiante de la grâce que Jésus apportait ici-bas. C’était perdre ce vin nouveau que de le mettre dans les vieilles outres du judaïsme. Venu pour sauver les pécheurs, Jésus ne pouvait les tenir à distance, comme le faisaient les observateurs de la loi. Les disciples ne pouvaient jeûner, puisqu’ils avaient avec eux l’époux dont la présence les remplissait de joie. Les deux systèmes ne se mélangent donc pas.
La confusion de la loi et de la grâce et les formes qui en sont résultées, ont causé la ruine de l’Église. Toutes deux y ont perdu leur force ; car quel effet peut-on produire en présentant Jésus à des personnes auxquelles on prêche la loi ? Et comment maintenir les rigueurs de la loi, qui est sainte, juste et bonne, lorsqu’on la prêche à ses semblables, en leur disant que Dieu est miséricordieux et que l’on est sous la grâce ? Le vêtement est gâté ; les outres et le vin sont perdus. « Christ est la fin de la loi pour justice à tout croyant » (Romains 10:4). Mais l’homme n’est pas disposé à accepter la chose nouvelle. Jésus dit : « Il n’y a personne qui ait bu du vieux, qui veuille aussitôt du nouveau ; car il dit : Le vieux est meilleur » (v. 39). L’homme préfère le vieux système qui s’adresse à la chair et l’honore. La grâce, au contraire, considère le pécheur coupable et perdu sans ressource ; elle vient le sauver, le délivrer de sa mauvaise nature et de ses péchés et en faire un être nouveau.
(v. 1-5). — Au commencement de ce chapitre, Jésus continue de montrer que sa présence en grâce met de côté tout ce qui se rattachait à Israël selon la chair. Les pharisiens avaient vu les disciples arracher des épis de blé et les broyer pour les manger un jour de sabbat, appelé le sabbat second-premier (*). « Pourquoi », leur disent-ils, « faites-vous ce qu’il n’est pas permis de faire au jour de sabbat ? » (v. 2). En réponse à cette accusation, Jésus leur rappelle que David, poursuivi par Saül, entra dans la maison de Dieu et prit des pains de proposition que les sacrificateurs seuls avaient le droit de manger ; il en mangea et en donna à ses compagnons. Jésus, le vrai roi David, rejeté comme lui (et ce rejet faisait tomber les ordonnances), était aussi le Fils de l’homme, le seigneur du sabbat. Lui, l’Éternel, l’avait institué comme signe de l’alliance entre Dieu et son peuple, montrant par là qu’il voulait le faire participer à son repos. Par son infidélité, Israël a rompu l’alliance et rendu impossible le repos. Mais l’amour de Dieu ne pouvait demeurer inactif en présence de la misère de l’homme, même un jour de sabbat. L’ordonnance n’ayant plus sa raison d’être, le Fils de l’homme avait le droit et le pouvoir de la mettre de côté. Le sabbat de l’amour de Dieu n’aura lieu que dans le ciel et pour la terre dans le millénium. Alors Dieu se reposera dans son amour (Sophonie 3:17). En attendant, Jésus dit : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille » (Jean 5:17).
(*) Le sabbat appelé « second-premier » était le premier des sept sabbats comptés depuis le lendemain du sabbat où l’on offrait les prémices de la moisson, c’était le second depuis celui où l’on présentait les gerbes (Lévitique 23:9-16).
(v. 6-11). — Un autre jour de sabbat, Jésus entra dans une synagogue et enseignait ; il y avait là un homme à la main droite desséchée. Les scribes et les pharisiens, qui cherchaient toujours comment trouver Jésus en défaut, l’observaient pour voir s’il guérirait cet infirme, afin d’avoir de quoi l’accuser. On les voit ainsi déjà décidés à se défaire de Jésus qu’ils ne pouvaient supporter. Connaissant leurs pensées, Jésus enjoignit au malade de se tenir debout devant tous ; puis il leur dit : « Je vous demanderai s’il est permis, le jour de sabbat, de faire du bien ou de faire du mal, de sauver la vie ou de la perdre ? Et les ayant tous regardés à l’entour, il lui dit : Étends ta main. Et il fit ainsi ; et sa main fut rendue saine comme l’autre » (v. 9-10). Cette guérison excita la haine des chefs religieux et ils se demandèrent ce qu’ils pourraient faire à Jésus. Une religion de forme ne peut supporter l’exercice de l’amour de Dieu ; l’amour veut être libre pour agir où se trouvent les besoins ; mais l’homme préfère les formes d’une religion charnelle, parce qu’elles lui permettent de suivre son propre chemin, en maintenant l’orgueil religieux de la chair. La grâce active dans la personne de Jésus s’élève au-dessus de toute considération charnelle et accomplit son œuvre en dépit de l’opposition. Une fois de plus, nous voyons que le vin nouveau doit être mis dans des outres neuves et que les hommes préfèrent le vieux.
(v. 12-19). — Jésus devient de plus en plus isolé au milieu du peuple. Méconnu, méprisé, il remplace le système légal, pour répandre les bénédictions dont les hommes avaient besoin, bénédictions que la loi ne pouvait donner à des pécheurs. Dans cette position, Jésus veut envoyer des hommes dans son travail, comme lui-même avait été envoyé de Dieu, et leur communiquer la puissance nécessaire pour accomplir la même œuvre que lui. Il appelle ses disciples, et en choisit douze qu’il nomme apôtres ou envoyés. Mais, tout en étant Dieu, agissant en puissance au milieu des hommes, Jésus réalisait la position d’un homme dépendant de Dieu son Père ; car, avant de choisir les apôtres, il passe la nuit en prières. « Il s’en alla sur une montagne pour prier. Et il passa toute la nuit à prier Dieu » (v. 12). Retenons tous cet enseignement et suivons cet exemple ; voilà la source de la puissance, de la sagesse, de l’intelligence, et de tout ce dont nous avons besoin pour accomplir nos devoirs, quels qu’ils soient. Salomon, qui avait débuté dans sa carrière royale en disant à Dieu : « Donne à ton serviteur un cœur qui écoute, ... pour discerner entre le bien et le mal.. » (1 Rois 3:9), s’adresse à son tour au jeune homme en disant : « Confie-toi de tout ton cœur à l’Éternel, et ne t’appuie pas sur ton intelligence ; dans toutes tes voies connais-le, et il dirigera tes sentiers » (Proverbes 3:5, 6). En cela, comme en toutes choses, Jésus a été le modèle parfait. S’il s’est servi de sa puissance divine, ce n’a jamais été que sous la dépendance de Dieu, dans l’obéissance. Il a voulu être dirigé par lui pour le choix de ses apôtres ; avant de les nommer, il passe la nuit à prier. Judas Iscariote, qui devint traître, Luc le rappelle, était un des douze ; Jésus le connaissait ; il savait son caractère, ce qu’il ferait ; cependant il ne le met pas de côté, car Dieu son Père voulait qu’il fût au nombre des douze.
Jésus descendit de la montagne et s’arrêta avec les siens dans la plaine. Là, il se trouva entouré d’une grande multitude de gens, venus de la Judée, de Jérusalem et de la contrée maritime de Tyr et de Sidon, pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Toute la foule cherchait à le toucher, car il sortait de lui une puissance qui guérissait. On voit toujours mieux que Jésus était le centre vers lequel les besoins se rencontraient et la source de tout bien. C’est lui qu’il fallait suivre et écouter pour être sauvé et béni, alors comme aujourd’hui. Aussi ce fait excitait-il la haine et la jalousie des chefs du peuple qui voyaient baisser leur prestige. Hélas ! plus tard, ce peuple se laisse convaincre par eux que Jésus méritait la croix.
(v. 20-38). — Entouré de ceux qui l’écoutaient et qu’il séparait du peuple qui ne voulait rien de lui, Jésus leur enseigna quelle serait leur part s’ils le suivaient ; ils devraient porter les conséquences de son rejet. Du moment qu’ils avaient cru en lui, ils n’étaient plus du monde, mais du ciel, par conséquent les bienheureux selon Dieu, malgré la peine et le mépris qu’ils enduraient ici-bas.
Jésus élève ses yeux vers les disciples : ce ne sont pas seulement les douze, mais ceux qui acceptent les enseignements de Jésus et forment le vrai et nouveau peuple de Dieu, héritier des promesses ; puis il leur dit : « Bienheureux, vous pauvres, car à vous est le royaume de Dieu ». Leur pauvreté faisait leur gloire, parce qu’ils suivaient celui qui est devenu pauvre pour nous enrichir. Jésus n’a rien eu ici-bas ; mais toute gloire et toute autorité lui appartiennent dans le ciel et sur la terre, pour l’avenir. Ceux qui se seront unis à lui dans l’humiliation le seront aussi dans la gloire. « Bienheureux, vous qui maintenant avez faim, car vous serez rassasiés ; bienheureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Vous êtes bienheureux quand les hommes vous haïront, et quand ils vous retrancheront de leur société, et qu’ils vous insulteront et rejetteront votre nom comme mauvais, à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous en ce jour-là, et tressaillez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel, car leurs pères en ont fait de même aux prophètes » (v. 20-23). En un mot, ceux qui auront ici-bas la part de Jésus, la souffrance au milieu d’un état de choses opposé à Dieu, auront avec lui la gloire dans le royaume et dans le ciel. En l’attendant, ils sont ceux que Dieu appelle bienheureux. Il vaut la peine de souffrir quelque chose en suivant le Seigneur, ici-bas, pour être appelé bienheureux, par le « Dieu bienheureux ». Lui sait ce que c’est que d’être bienheureux. Si donc il désigne quelqu’un comme tel, nous sommes assurés qu’il l’est, tandis que sur ceux que le monde appelle bienheureux, Jésus prononce le malheur.
Relevons une différence entre la manière dont l’Esprit de Dieu rapporte ici ce discours de Jésus et le texte qui nous en est donné en Matthieu 5. En Matthieu, le Seigneur parle à tous et leur présente les caractères de ceux qui voulaient avoir part aux bénédictions du royaume. Ici on trouve une note plus intime ; le Seigneur s’adresse directement aux disciples et leur dit : « Vous, vous êtes les bienheureux », puis à ceux qui voulaient leur part ici-bas, en contraste avec ses disciples, en leur disant aussi : Vous. « Malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation ; malheur à vous qui êtes rassasiés, car vous aurez faim ; malheur à vous qui riez maintenant, car vous mènerez deuil et vous pleurerez. Malheur à vous quand tous les hommes diront du bien de vous, car leurs pères en ont fait de même aux faux prophètes » (v. 24-26). On ne peut avoir de part avec le monde aujourd’hui et en avoir une avec Christ dans le ciel. Vérité solennelle, que tous doivent méditer sérieusement, car nous approchons du moment où la part de chacun sera fixée définitivement, où les rires de quelques jours feront place à des pleurs éternels, mais où les pleurs de quelques jours feront aussi place à une joie éternelle, pour ceux dont le Seigneur aura été la part ici-bas.
Dans les versets qui suivent (27 à 38), Jésus s’adresse de nouveau à ses disciples en ces termes : « Mais à vous qui écoutez, je vous dis ». Ceux qui écoutent la Parole, aujourd’hui comme alors, forment la classe des bienheureux auxquels Jésus précise leur conduite dans les passages suivants. Ils auront à porter les caractères de grâce qu’il a manifestés dans sa personne ; car de cette conduite, Jésus a été le modèle parfait. « Aimez vos ennemis ». L’homme était devenu ennemi de Dieu ; nous le sommes tous par nature. Dieu nous a aimés ; nous devons faire de même envers ceux qui ne nous aiment pas. « Bénissez ceux qui vous maudissent ; priez pour ceux qui vous font du tort ». Combien cette manière de procéder est contraire à nos cœurs naturels ! Ce n’est qu’en écoutant le Seigneur, en comprenant que nous sommes des objets de grâce, que nous pourrons surmonter nos dispositions naturellement à la vengeance pour manifester les caractères d’amour avec lesquels Jésus a toujours agi ici-bas, et agit encore envers nous. Il ne faut pas non plus résister à ceux qui agissent violemment : « À celui qui te frappe sur une joue, présente aussi l’autre ; et si quelqu’un t’ôte ton manteau, ne l’empêche pas de prendre aussi ta tunique. Donne à tout homme qui te demande, et à celui qui t’ôte ce qui t’appartient, ne le redemande pas ». Ainsi a fait Jésus : « Il a été comme une brebis muette devant ceux qui la tondent ; et il n’a pas ouvert sa bouche » (Ésaïe 53:7). Il s’est laissé dépouiller de tout par les hommes, comme une brebis de sa laine. « Lorsqu’on l’outrageait, il ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait, il ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement » (1 Pierre 2:23). La chair éprouve de la peine à agir de la sorte ; mais voilà comment nous pouvons être les témoins de Jésus, venu dans ce monde pour nous ouvrir le chemin du ciel et nous montrer, dans sa vie parfaite, les caractères de ceux qui ne sont pas de ce monde, parce que, par grâce, ils sont du ciel. Le témoignage que nous avons à rendre ne consiste pas seulement à assister à des réunions chrétiennes, en contraste avec ceux qui n’en fréquentent jamais, mais à montrer les caractères de la grâce dont nous sommes les objets dans toute notre conduite envers notre entourage. Nous avons toujours la tendance à agir envers les autres d’après leur manière d’être envers nous, conduite absolument contraire à l’esprit de l’Évangile, car si Dieu avait fait ainsi à notre égard, nous ne connaîtrions que les peines éternelles après une vie de péché. Jésus dit au contraire : « Et comme vous voulez que les hommes vous fassent, vous aussi faites-leur de même ». Que nos semblables seraient bien traités si nous obéissions à cette parole ! Il en est de même de l’amour : « Et si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment ». Si nous imitons les pécheurs, rien ne montrera en nous les enfants d’un Père qui est amour, les caractères de Christ qui doivent distinguer le croyant des autres hommes. De même il faut prêter sans espérer, le faire en vue d’aider réellement à celui qui est dans le besoin, et non pour faire un placement profitable ; en un mot, c’est donner, au moins en ce qui concerne les intérêts, car si l’on prête d’une manière intéressée, on imite aussi les pécheurs. Pour agir ainsi, il faut apprécier la récompense qui se trouvera plus tard. Jésus ajoute : « Mais aimez vos ennemis, et faites du bien, et prêtez sans en rien espérer ; et votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-haut ; car il est bon envers les ingrats et les méchants ». Quel honneur que celui de manifester les caractères divins, de manière à être reconnus comme les fils du Très-haut ! C’est pourquoi Jésus dit : « Soyez donc miséricordieux, comme aussi votre Père est miséricordieux ». Il faut l’imiter en toutes choses. « Ne jugez pas, et vous ne serez point jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez point condamnés ; acquittez, et vous serez acquittés ; donnez, et il vous sera donné : on vous donnera dans le sein bonne mesure, pressée et secouée, et qui débordera ; car de la même mesure dont vous mesurerez, il vous sera mesuré en retour ». Le principe de toute la conduite du disciple de Christ est la grâce qui a pour modèle Dieu le Père et telle que Jésus l’a manifestée dans ce monde au milieu des hommes pécheurs ; mais il n’a rencontré, dans sa vie, que l’opposition de la part de la nature humaine déchue. Aussi la vie de Dieu doit offrir un contraste absolu avec la vie de l’homme en Adam, et pour pouvoir lutter contre le courant entraînant de la manière de faire des hommes, il faut puiser ses motifs en Dieu et avoir pour modèle Jésus. Le Seigneur montre les conséquences d’une vie pareille, car nous avons affaire avec le gouvernement de Dieu, sous lequel tous les actes portent leurs conséquences. Nous connaîtrons un jour les résultats de notre manière d’agir, soit ici-bas, soit dans l’éternité. Quant à la bénédiction qui peut découler de notre obéissance à la Parole, c’est encore avec la grâce que nous aurons à faire. Le Seigneur donnera beaucoup plus que tout ce que nous aurons fait ; ce sera « une bonne mesure pressée et secouée, et qui débordera ». Que de puissants et glorieux motifs Dieu nous a donnés pour lui être fidèles et marcher comme des bienheureux sur les traces de celui qui faisait toujours les choses qui plaisaient à son Père. Puissions-nous tous, grands et petits, être assez pénétrés de la grâce dont nous sommes les objets, pour agir envers nos semblables quels qu’ils soient, selon ses principes, sachant que c’est le moyen d’être heureux et bénis en attendant les résultats glorieux dans l’éternité !
(v. 39-49). — Au verset 39, Jésus illustre l’état du peuple et de ses conducteurs en les comparant à un aveugle conduit par un autre aveugle ; de pareils conducteurs ne peuvent éviter la fosse qu’ils rencontrent sur leur chemin et tous y tomberont. Une fosse se trouve au bout du chemin de tout homme naturel, s’il ne reçoit Jésus qui est venu apporter la lumière d’en haut pour qu’il voie où sa marche aboutit ; il y tombera pour l’éternité. Il ne manque pas, aujourd’hui, de personnes qui ont la prétention d’être conducteurs spirituels, mais sans la lumière de la vie, en se confiant en leur propre sagesse. Ce n’est qu’en acceptant Jésus que Dieu a envoyé pour être la vraie lumière qui éclaire tout homme (Jean 1:9), qu’on peut marcher dans le chemin du salut.
Jésus s’est présenté pour enseigner les hommes et les conduire dans le chemin de la vie ; mais la plupart ne l’ont pas écouté. Un petit nombre de disciples l’ont reçu, et il leur montre (v. 40), qu’ils ne seront pas mieux traités que leur maître : « Le disciple », dit-il, « n’est pas au-dessus de son maître, mais tout homme accompli sera comme son maître ». Ceux qui suivent les enseignements du Seigneur auront ici-bas une part semblable à la sienne : ils ne seront pas au-dessus de lui. Il leur dit en Jean 15:20 : « L’esclave n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre ». Mais, d’autre part, en imitant leur maître dans le chemin de l’obéissance et de la vérité, les disciples seront comme lui, dans la même position et les mêmes privilèges. « Tout homme accompli sera comme son maître ». Puissions-nous tous être des disciples accomplis dans ce sens ! Pour cela, il faut écouter le Seigneur et marcher sur ses traces.
(v. 41-42). — Pour être un homme accompli, il faut voir clair dans le chemin, non pas pour ôter le fétu qui est dans l’œil de son frère, mais pour voir le mal qui est en soi, ôter la poutre qui est dans son propre œil. Il faut avoir Christ, la lumière, devant nous, nous comparer à lui, et alors nous verrons nos défauts dans toute leur gravité ; nous pourrons nous juger pour en être délivrés, tandis que, si nous nous considérons nous-mêmes en dehors de la présence de Dieu, nous serons disposés à voir le mal chez nos frères, et à vouloir leur aider à s’en délivrer, sans nous apercevoir que nous tolérons en nous-mêmes des choses bien plus graves, qui nous privent entièrement de la capacité de marcher avec la lumière que Dieu nous a donnée. Ainsi la connaissance que nous pouvons avoir de la vérité, si nous ne nous en servons que pour nos frères, fait de nous des hypocrites, des gens sans cœur pour eux.
(v. 43-45). — Dieu veut de la réalité dans notre vie, du bon fruit. Dans son état inconverti, l’homme ne peut engendrer que de mauvais fruits, le produit de son cœur naturel, auquel on reconnaît l’arbre qui le porte, car on ne peut en changer la nature : « On ne récolte pas des figues sur des épines, ni ne cueille du raisin sur un buisson ». L’homme bon, celui qui participe à la nature divine, qui a reçu Christ, produit ce qui est bon, c’est-à-dire les fruits de la vie de Dieu. Ces deux natures ne peuvent demeurer cachées, car de l’abondance du cœur, la bouche parle. Si le cœur s’occupe des choses du monde, il en parle ; malgré toutes les apparences de piété qu’un homme se donne, son langage manifestera la nature de son cœur. Celui qui recherche les choses de Dieu en parle.
(v. 46) — Alors, comme aujourd’hui, certaines personnes professaient avoir pour Christ une certaine considération, se comptaient au nombre de ses disciples, avaient constamment le nom du Seigneur à la bouche. Jésus leur dit : « Et pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur, et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (v. 46). Prétentions, mots, profession extérieure, tout cela n’a aucune valeur pour Dieu. Il s’agit de mettre ses paroles en pratique ; l’obéissance seule compte pour Dieu ; mais, pour obéir, il faut être né de nouveau, posséder la nature de celui qui dit en entrant dans le monde : « Voici, je viens, pour faire ta volonté ».
Dans les v. 47 à 49, Jésus montre les conséquences de l’obéissance et de la désobéissance à sa parole. Celui qui entend la Parole et la met en pratique ressemble à un homme qui a fondé sa maison sur le roc ; lorsque les eaux se sont jetées contre elle, elles ne l’ont pas ébranlée. Mais celui qui a entendu la Parole sans la mettre en pratique, est pareil à un homme qui a bâti sa maison sur le sable ; lorsque les eaux du fleuve, grossies par l’inondation, se sont jetées contre elle, elle est tombée. Il arrive pour tous un moment où la réalité de la profession est mise à l’épreuve ; alors on voit lesquels pratiquent la parole de Dieu, et lesquels se sont contentés d’écouter en disant volontiers : « Seigneur, Seigneur » ; la ruine de ces derniers « sera grande », est-il dit. Quelle ruine que celle d’une âme qui a un si grand prix aux yeux de Dieu, lorsqu’elle disparaît sous les flots du jugement, avec toute une vie de grande apparence, avec, peut-être, une religion extérieure qu’elle avait échafaudée sur le sable de ses propres pensées. On ne peut tromper Dieu ; il veut des réalités ; tout éclatera au grand jour, un moment ou l’autre.
Dieu veuille que tous nous comprenions combien c’est chose grave que d’entendre la parole de Dieu sans la mettre en pratique ; au jour du jugement ce privilège, comme celui d’avoir reçu une éducation chrétienne, augmentera terriblement la responsabilité et aussi la culpabilité. Si les choses écrites dans les livres qui seront ouverts au jour du jugement, ne sont pas les fruits de la parole de Dieu, ceux qui les auront produites seront jetés dans les ténèbres du dehors.
(v. 1-10). — Tous ces discours achevés, Jésus entra dans Capernaüm, où habitait un centurion dont l’esclave était malade. Ayant entendu parler de Jésus, le centurion envoya auprès de lui des anciens des Juifs pour le prier de venir guérir son esclave qu’il aimait fort. Les messagers dirent à Jésus : « Il est digne que tu lui accordes cela, car il aime notre nation et nous a lui-même bâti la synagogue ». Jésus partit avec eux. Comme ils approchaient de la maison, le centurion envoya de ses amis au-devant de lui pour lui dire : « Seigneur, ne te donne pas de fatigue, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ; c’est pourquoi je ne me suis pas cru digne moi-même non plus d’aller vers toi ; mais dis une parole et mon serviteur sera guéri. Car moi aussi, je suis un homme placé sous l’autorité d’autrui, ayant sous moi des soldats ; et je dis à l’un : Va, et il va ; et à un autre : Viens, et il vient ; et à mon esclave : Fais cela, et il le fait » (v. 6-8). La conduite de ce centurion, officier romain, donc, étranger au peuple d’Israël, est de toute beauté.
Elle nous révèle d’abord un Gentil qui croyait au Dieu d’Israël ; il le montrait en s’intéressant aux Juifs, placés sous la domination romaine à cause de leurs infidélités à Dieu ; malgré cela il les aimait et les avait favorisés dans l’exercice de leur religion en leur élevant une synagogue.
Nous voyons ensuite chez lui l’humilité, un des traits caractéristiques de celui qui aime Dieu et le craint. Il prend la position d’un Gentil indigne des faveurs de Dieu, et il reconnaît, dans les anciens de ce peuple asservi, des personnes qui peuvent mieux s’approcher de Jésus que lui-même. Il se juge indigne de l’avoir sous son toit, et l’on peut remarquer que ce n’est pas lui qui met en relief ses libéralités à l’égard des Juifs.
Au-dessus de tout, il reconnaît en Jésus celui qui possède la toute-puissance et toute l’autorité, en même temps que la bonté ; il n’a qu’à dire un mot pour accomplir ce qu’il veut. L’ayant entendu, Jésus l’admira, et, se tournant vers la foule qui le suivait, il dit : « Je vous dis que je n’ai pas trouvé, même en Israël, une si grande foi » (v. 9). Le Seigneur ressentait douloureusement dans son cœur le mépris dont il était l’objet de la part de son peuple qui ne voyait en lui que le fils de Joseph. Quelle joie pour lui de voir la foi d’un Gentil, qui dépassait de beaucoup celle qu’il avait rencontrée chez les Juifs et savait reconnaître la puissance de la grâce venue de la part de Dieu pour tous les hommes ! Aussi la réponse ne se fit-elle pas attendre : lorsque les envoyés revinrent à la maison, ils trouvèrent l’esclave bien portant. Cette guérison est un exemple de la libre grâce venue en Jésus à l’intention de tous les hommes, caractère précieux de l’évangile selon Luc. À cette grâce, nous aussi nous devons notre salut.
(v. 11-17). — Si Jésus préservait de la mort l’esclave d’un Gentil, il ressuscitait aussi le fils d’une veuve, de même que dans l’avenir, il tirera le peuple Juif de l’état de mort dans lequel il se trouve maintenant. Suivi de ses disciples et d’une grande foule, Jésus allait à la ville de Naïn. Devant la porte, il rencontra une autre foule considérable qui suivait un cercueil : on portait au sépulcre le fils unique d’une veuve. Quel contraste entre ces deux cortèges, l’un ayant à sa tête le Prince de la vie et l’autre la mort, cette mort impitoyable qui frappe sans se préoccuper des douleurs qu’elle cause, sans épargner une veuve n’ayant qu’un fils ! La foule considérable qui formait le convoi funèbre montrait sa grande sympathie pour la pauvre mère, mais sa désolation en présence d’un mal irréparable n’y changeait rien. La sympathie même prouve notre impuissance. Mais Dieu connaissait la situation de sa créature sous tous les maux que le péché a engendrés. Lui seul peut apporter le remède là où nous ne savons que gémir en constatant notre impuissance. Jésus, la résurrection et la vie, ressentait tous les maux qu’endurait l’homme. Il rencontre le mort. Ému de compassion envers la mère veuve, il lui dit : « Ne pleure pas ». Qui, ici-bas, aurait le droit de parler de la sorte à une veuve frappée d’un nouveau deuil ? Personne ; car nul ne peut renouer les liens que la mort a rompus. Mais Jésus, l’homme divin, unissait à sa parfaite sympathie la puissance qui allait rappeler à la vie le fils que la mort avait saisi. « S’approchant, il toucha la bière ; et ceux qui la portaient s’arrêtèrent ; et il dit : Jeune homme, je te dis, lève-toi. Et le mort se leva sur son séant, et commença à parler ; et il le donna à sa mère » (v. 14). En même temps que sa puissance, quel amour, quelle tendresse Jésus manifeste en cette circonstance ! Il rend à la mère son fils vivant. S’il lui disait : « Ne pleure pas », c’est qu’il savait ce qu’il allait faire. Le cœur de Jésus est le même aujourd’hui envers tant de parents et d’enfants dans le deuil. Il dit à chacun : « Ne pleure pas, comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Je vais venir vous réunir tous, non pas comme à Naïn pour continuer une vie de peines et de fatigues ici-bas, mais pour être toujours avec moi dans la maison du Père, là où il n’y aura ni deuils, ni cris, ni larmes ». En parlant de ce moment, l’apôtre Paul dit : « Consolez-vous donc l’un l’autre par ces paroles » (1 Thessaloniciens 4:18).
En voyant ce miracle, tous, saisis de crainte, glorifiaient Dieu en disant : « Un grand prophète a été suscité parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Et le bruit de ce fait se répandit... dans toute la Judée et dans tout le pays d’alentour » (v. 16-17) Hélas ! malgré cela et malgré tout le bien qu’il fit encore, Jésus fut mis à mort, non parce qu’il était un prophète, mais parce qu’il était le Fils de Dieu qui avait apporté aux hommes la lumière sur leur état de péché, ce qu’ils ne pouvaient supporter. Tel est le cœur naturel, malgré tout l’amour que Dieu lui témoigne.
(v. 18-23). — Jean avait été mis en prison ; et Jésus, auquel il avait rendu témoignage, qu’il avait annoncé au peuple comme le Messie promis, ne paraissait pas s’occuper de lui ; il le laissait en captivité, au lieu de le délivrer par cette puissance dont Jean entendait parler. On comprend à quelle épreuve ce saint homme de Dieu était soumis.
Apprenant par ses disciples les choses merveilleuses faites par Jésus, Jean envoie deux de ses disciples lui dire : « Es-tu celui qui vient, où devons-nous en attendre un autre ? » En présence des envoyés de Jean, Jésus guérit plusieurs personnes atteintes de maladies, de fléaux, de mauvais esprits, rendit la vue à des aveugles, et dit aux disciples de Jean : « Allez, et rapportez à Jean les choses que vous avez vues et entendues : que les aveugles recouvrent la vue, que les boiteux marchent, que les lépreux sont rendus nets, que les sourds entendent, que les morts ressuscitent, et que l’évangile est annoncé aux pauvres » (v. 22). Le prophète avait ainsi toutes les preuves de la présence de Christ ici-bas, dont il était le précurseur ; mais ce qu’il n’avait pas compris, c’est que le Christ, avant de « prendre son van en sa main pour nettoyer son aire », c’est-à-dire avant d’exécuter les jugements sur le peuple apostat pour établir son règne, devait être rejeté et introduire un état de choses nouveau et céleste comme résultat de sa mort. Les actes de puissance que Jésus accomplissait prouvaient au peuple, comme à Jean, qu’il était le Messie promis ; mais ceux qui croyaient en lui devaient prendre leur part de son rejet et de ses conséquences. Jésus ajoute pour la conscience de Jean : « Bienheureux est quiconque n’aura pas été scandalisé en moi » (v. 23), c’est-à-dire : Bienheureux celui que l’humiliation de Christ et son abaissement ne scandaliseront pas, et dont la foi en lui se maintiendra malgré tout.
(v. 24-35). — Si Jésus adresse à Jean des paroles qui devaient atteindre sa conscience et fortifier sa foi, il se tourne vers les foules et lui rend témoignage, l’appelant « le plus grand des prophètes », et il montre la culpabilité de cette génération que les exhortations de Jean ne touchaient pas plus que la grâce de Jésus.
Jésus demande aux foules ce qu’elles avaient été voir au désert où se tenait Jean le Baptiseur. Ce n’était pas un grand de ce monde ; ceux-là habitent les palais des rois. C’était : « Un prophète », leur dit-il : « Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète. C’est ici celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager devant ta face, lequel préparera ton chemin devant toi (Malachie 3:1) ; car je vous dis : Parmi ceux qui sont nés de femme, il n’y a aucun prophète plus grand que Jean le Baptiseur ; mais le moindre dans le royaume de Dieu est plus grand que lui » (v. 24-28). Jean était le plus grand des prophètes parce que seul il eut le privilège de voir ce Messie annoncé et attendu par beaucoup. Cependant il faisait encore partie de l’ordre de choses légal qui avait précédé, tandis que Jésus rejeté introduisait un nouvel état de choses, appelé « royaume de Dieu », caractérisé par de telles bénédictions, célestes et éternelles, que le plus petit dans ce royaume serait plus grand que le plus grand prophète du siècle de la loi. Tous les croyants possèdent cette part privilégiée, du moment qu’ils se trouvent sous l’économie de la grâce.
Le peuple, qui entendait ce que Jésus disait de Jean, ainsi que les publicains et les pécheurs, donnaient gloire à Dieu, car ils avaient reçu le baptême de Jean. Mais les docteurs de la loi et les pharisiens qui n’avaient pas été baptisés, « rejetaient contre eux-mêmes le conseil de Dieu », qui s’accomplissait par l’envoi de Jean et de Jésus. Ceux qui se prétendaient sages et intelligents rejetaient les bénédictions décrétées par Dieu pour le peuple, car elles se tourneraient contre eux en jugement. Ceux qui avaient écouté Jean le Baptiseur « justifiaient Dieu » qui accomplissait ses promesses.
Jésus compare la génération incrédule qui ne le reçoit pas plus qu’elle n’a reçu Jean, à des petits enfants sur la place du marché, qui reprochent à leurs compagnons de n’avoir pas dansé lorsqu’ils jouaient de la flûte, ni pleuré lorsqu’ils chantaient des complaintes. Comme ces enfants qui ne répondaient pas aux désirs de leurs camarades, les Juifs restèrent indifférents aux appels de Jean qui les invitait à fuir le jugement par la repentance et le baptême. L’austérité de ce prophète et son genre de prédication fait comparer son ministère aux complaintes restées sans effet. Celui de Jésus qui vint ensuite, déployant une grâce sans pareille, au milieu du peuple, ne le touche pas davantage. C’est le son de la flûte auquel fort peu ont répondu, sinon pour accuser Jésus d’être « un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des pécheurs ». Cependant la sagesse avait des enfants, ceux qui avaient écouté la voix de Dieu et ne se confiaient pas en leurs propres pensées. C’est le grand enseignement des Proverbes, surtout dans les neuf premiers chapitres. Christ personnifie la sagesse ; c’est lui qui fait entendre sa voix dans ce livre comme dans l’évangile (comparer Proverbes 9:1-6 et Matthieu 22:1-14). En l’écoutant « on trouve la vie » (Proverbes 8:35).
(v. 36-50). — Un pharisien invita Jésus à manger chez lui. Pendant qu’il était à table, « une femme dans la ville, qui était une pécheresse, et qui savait qu’il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum ; et se tenant derrière à ses pieds, et pleurant, elle se mit à les arroser de ses larmes, et elle les essuyait avec les cheveux de sa tête, et couvrait ses pieds de baisers, et les oignait avec le parfum » (v. 37-38). Voyant cela, le pharisien se dit : « Celui-ci, s’il était prophète, saurait qui et quelle est cette femme qui le touche, car c’est une pécheresse » (v. 39). L’un et l’autre de ces personnages appréciaient Jésus d’une manière bien différente. La femme avait vu en lui la grâce dont elle avait besoin ; elle avait la certitude qu’il ne la repousserait pas ; cette grâce attirait son cœur de façon si exclusive et puissante qu’elle ne se préoccupait nullement du pharisien. Celui-ci, au contraire, ne voyait rien d’attirant en Jésus ; il pouvait dire, comme ceux auxquels Ésaïe fait allusion : « Il n’y a point d’apparence en lui pour nous le faire désirer » (Ésaïe 53:2). Simon était un propre juste, un homme satisfait de lui-même ; il n’avait aucun besoin de pardon ; celui qui était « plus beau que les fils des hommes », sur les lèvres duquel la grâce était répandue (Psaume 45:2), n’attirait pas son cœur. Pour lui Jésus n’était pas même un prophète. Jésus lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire... Un créancier avait deux débiteurs : l’un lui devait cinq cents deniers, et l’autre cinquante ; et comme ils n’avaient pas de quoi payer, il quitta la dette à l’un et à l’autre. Dis donc lequel des deux l’aimera le plus. Et Simon, répondant, dit : J’estime que c’est celui à qui il a été quitté davantage. Et il lui dit : Tu as jugé justement » (v. 40-43). Jésus montre ensuite à Simon que lui, qui ne croyait avoir aucune dette envers Dieu, manifesté en Christ ici-bas, ne l’avait pas même reçu avec les égards en usage en Orient, tandis que cette femme, qui avait le cœur rempli d’amour pour Jésus, lui témoignait l’honneur et le respect qui avaient manqué chez Simon. Celui-ci ne lui avait pas donné d’eau pour ses pieds, mais elle les avait arrosés de ses larmes et les essuyait avec ses cheveux ; il ne lui avait point donné de baisers, elle n’avait cessé de couvrir ses pieds de baisers ; il n’avait pas oint sa tête d’huile ; mais elle avait oint ses pieds avec un parfum. « C’est pourquoi », dit Jésus, « ses nombreux péchés sont pardonnés, car elle a beaucoup aimé ; mais celui à qui il est peu pardonné, aime peu. Et il dit à la femme : Tes péchés sont pardonnés » (v. 44-48). Jésus ne veut pas dire que l’amour est méritoire ; mais que cette femme, ayant vu en lui la grâce dont elle avait besoin, l’aimait en conséquence, avant d’avoir entendu de la bouche du Sauveur qu’elle avait reçu le pardon, car l’amour pour Dieu ne peut naître qu’à la vue de cet amour. Simon n’avait aucune raison pour aimer Jésus ; il ne voyait pas en lui un Sauveur, parce qu’il n’en avait pas besoin.
On voit par cette femme que la connaissance du Dieu qui fait grâce, révélé en Christ, produit la conviction de péché, en même temps que la certitude qu’il y a en lui le pardon pour les péchés que cette connaissance découvre. La grâce attire ; c’est pourquoi les pécheurs venaient à Jésus au lieu de s’enfuir ; nous l’avons vu chez Pierre au chapitre 5. Les personnes endormies au sujet de leurs péchés, les propres justes, les indifférents, les incrédules fuient le Sauveur, mais non les pécheurs convaincus et repentants ; et ceux-ci sont assurés de l’accueil qui leur est réservé. En entendant Jésus dire à cette femme : « Tes péchés sont pardonnés », « ceux qui étaient à table avec lui, se mirent à dire en eux-mêmes : Qui est celui-ci qui même pardonne les péchés ? Et il dit à la femme : Ta foi t’a sauvée, va-t’en en paix ». La foi que cette femme avait en Jésus, cette foi qui la poussait vers lui, qui avait discerné en lui un Sauveur, constituait pour elle un moyen de salut, comme le lui apprend Jésus. Cela reste vrai tant que durera le jour de la grâce, qui commençait lorsque Jésus était sur la terre et qui touche à son terme aujourd’hui. Que tous ceux qui n’ont pas encore entendu la voix de Jésus leur dire : « Tes péchés sont pardonnés », n’attendent pas à demain pour venir à lui ; aujourd’hui il les attend pour pouvoir le leur dire.
(v. 1-3). — Les faits rapportés dans ces trois versets ne se trouvent que dans l’évangile selon Luc. Nous y voyons Jésus prêcher et annoncer le royaume de Dieu dans les villes et les villages de la Galilée, entouré de ses disciples. Fils de l’homme, il réalisait une dépendance complète vis-à-vis de Dieu dans une humilité qui touche le cœur. Il dépendait de Dieu, non seulement pour accomplir son service, mais pour ses besoins de chaque jour, jusque dans les moindres détails. Plusieurs femmes qui, par sa grâce, avaient été guéries et délivrées, le suivaient et l’assistaient de leurs biens : Marie Magdeleine, de laquelle étaient sortis sept démons — celle que l’on retrouve au tombeau de Jésus en Jean 20, — Jeanne, femme de Chuzas, intendant d’Hérode, une autre femme nommée Suzanne, et plusieurs autres. Ces femmes pieuses éprouvaient du bonheur à manifester leur reconnaissance envers Jésus, en le suivant pour écouter ses enseignements, sans doute, et pour le servir. Combien l’abaissement de Jésus met en relief la grâce qui l’a fait descendre dans ce monde, lui, Dieu, le Créateur, celui qui soutient toutes choses par la parole de sa puissance, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, devant lequel, un jour, tout genou se ploiera. Il n’avait ici-bas aucune volonté, sinon celle d’obéir à son Père, dans un abaissement profond, dans une dépendance absolue de Dieu qui employait quelques femmes pour l’assister de leurs biens, ne se servant jamais de sa puissance divine en sa faveur, mais toujours pour le bien des autres : tout cela, cher lecteur, pour apporter à vous et à moi, comme à tous, la grâce dont nous avions besoin, sans laquelle nous périssions éternellement loin de Dieu. Nous avons besoin de méditer attentivement tous les détails de la vie de Jésus ; ils nous parlent, de façon touchante, de la manière dont l’amour de Dieu est venu jusqu’à nous, car nous nous habituons facilement à lire les récits des évangiles en considérant le service de Jésus comme une chose naturelle à un homme dévoué, sans songer à la gloire de sa personne, sans penser qu’il était Dieu, toujours conscient de sa gloire quoique anéanti comme tel, pour prendre la forme d’esclave et venir jusqu’à nous afin de nous délivrer de l’esclavage de Satan et nous ouvrir le ciel en portant le jugement que nous avions mérité.
Dans ce récit, nous voyons aussi comment Dieu répond à la confiance de ceux qui s’attendent à lui. Nous sommes exhortés à ne pas nous mettre en souci de ce que nous mangerons ou boirons : « Votre Père sait que vous avez besoin de ces choses », dit Jésus (chap. 12:29-30). Lui a réalisé cela d’une manière parfaite, s’en remettant à son Père quant aux moyens par lesquels il subvenait à ses besoins. En général, Dieu y pourvoit par le produit de notre travail ; mais souvent nous pouvons en être privés, soit par la maladie, soit par d’autres circonstances. Puis il y a les pauvres dont le Seigneur dit : « Vous avez les pauvres toujours avec vous » (Jean 12:8). Tous doivent se confier en leur Père céleste qui est fidèle à ses promesses ; mais c’est un grand privilège et une source de richesses éternelles que de mettre, à l’exemple de ces femmes de Galilée, ses biens à la disposition du Seigneur, d’être comme sa main pour y puiser afin d’aider à ceux qui sont dans le besoin. C’est le moyen de se faire des trésors dans le ciel (Luc 12:33). Il faut, pour cela, que nos cœurs aient été touchés par la grâce dont nous sommes les objets de la part du Seigneur ; alors nous éprouverons le besoin de lui manifester notre reconnaissance, non seulement par des sacrifices de louanges, mais aussi par la bienfaisance en faisant part de nos biens : « car Dieu prend plaisir à de tels sacrifices » (Hébreux 13:15-16). Si nous jouissons de l’amour de Dieu, sachant que tout est grâce envers nous, aussi bien les choses matérielles que les biens spirituels, nos cœurs seront toujours disposés à user de grâce envers tous et de toutes manières.
(v. 4-18). — Dans cet évangile, la parabole du semeur est rapportée dans les mêmes termes que dans celui de Marc, mais elle n’est pas suivie des paraboles du royaume comme en Matthieu. Dans les trois évangiles, elle présente la manière nouvelle dont Dieu agit dans ce monde depuis qu’a été démontrée l’incapacité de l’homme de porter du fruit pour Dieu, d’accomplir la loi donnée à Israël et de profiter de la présence de Jésus, qu’il rejeta à sa venue. En présence de cette incapacité, Dieu agit et, au lieu d’attendre du fruit de sa vigne, il sème dans les cœurs au moyen de sa Parole qui produira des effets en ceux qui la recevront, savoir les fruits d’une vie nouvelle.
Cette semence, la parole de Dieu, tombe dans quatre terrains divers, images des dispositions de ceux qui l’entendent. Une partie tombe le long du chemin ; ce sont ceux qui entendent la Parole d’un cœur distrait, rempli de préoccupations qui durcissent la conscience comme un grand chemin. Ne pouvant pénétrer, la semence est aussitôt enlevée par le diable. Luc explique les motifs de Satan en disant (v. 12) : « Ensuite vient le diable, et il ôte de leur cœur la parole, de peur qu’en croyant, ils ne soient sauvés ». Satan sait que la foi « est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu » (Rom. 10:17). C’est pourquoi il enlève la parole avant qu’elle ait produit la foi par un travail de conscience. Ce « meurtrier » souhaite le malheur éternel des hommes ; il les voudrait tous dans le lieu préparé pour lui et ses anges ; c’est pourquoi il déploie une grande activité pour offrir à tous les choses qui remplissent le cœur, le distraient et l’endurcissent ; il sait occuper le temps qui passe si rapidement, afin de légitimer le prétexte que l’on donne souvent que le loisir manque pour s’occuper de la Parole. Si quelqu’un ne peut faire autrement que de l’entendre, Satan veille à ce que les pensées, les préoccupations, les distractions reprennent rapidement leur cours, afin de neutraliser l’effet produit, et d’entraîner sa victime insouciante dans le malheur éternel. Satan ne désire pas le salut des hommes ; mais Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2:4). Pour cela il fait proclamer sa Parole en tous lieux.
La semence tombée sur le roc forme la seconde catégorie des auditeurs de la Parole. Ils la reçoivent aussitôt avec joie ; elle les a impressionnés, mais ne les a pas atteints profondément ; sans cela ils n’eussent pas éprouvé de joie, car lorsque la parole de Dieu commence à agir dans une âme, en vue du salut, elle dévoile la culpabilité, la souillure du péché en présence de la sainteté et de la justice de Dieu, l’impossibilité d’y satisfaire, en un mot tout ce qui peut rendre perplexe et angoissé. Voilà le labourage qui prépare la bonne terre que l’on trouve dans la quatrième catégorie. Si, dans ce travail, il y a de la joie à entendre la Parole, c’est que l’âme ne s’est pas trouvée dans la présence de Dieu ; il n’y a pas de fondement, pas de racines, et l’on est incapable de soutenir les assauts que l’ennemi livre à ceux qui lui ont échappé, car il suscite immédiatement l’opposition, la persécution, dès qu’il y a le moindre témoignage rendu au Seigneur. Devant cette opposition, appelée « tentation », on se retire (v. 13) quand on voit que la Parole suscite de la peine au lieu de produire de la joie. Il n’y a aucun résultat.
Dans le troisième cas : la semence tombée dans les épines, la Parole a pénétré plus profondément ; elle a produit quelques résultats, mais il manque la puissance pour surmonter les désirs du cœur, les soucis, l’amour des richesses, les jouissances de la vie. Toutes ces choses étouffent la Parole ; malgré certains effets manifestés, il n’y a pas la vie, par conséquent point de fruit. La vie de Dieu a une énergie qui lui est propre, que l’apôtre Pierre appelle « la vertu » (2 Pierre 1:4-5), et qui, sous la dépendance de Dieu, permet au croyant de surmonter les influences de la vie présente, non que ces influences cessent d’exister, mais, quand la vie de Dieu est active, il n’y a pas de place pour ces préoccupations.
La semence tombée dans une bonne terre représente ceux qui, ayant entendu la Parole, la retiennent avec un cœur honnête et bon. Ce n’est pas qu’il y ait des cœurs naturellement meilleurs que d’autres ; ces cœurs-là avaient été rendus aptes à recevoir la Parole par une œuvre de Dieu dont il n’est pas parlé ici.
Tout auditoire auquel on annonce l’Évangile peut comprendre ces quatre catégories de personnes. Le Seigneur décrit leur état à ce moment-là. Les personnes de la première catégorie peuvent être atteintes plus tard, s’il y a du temps ; celle de la seconde et de la troisième peuvent l’être plus profondément ensuite ; mais ici il est question de leur état à toutes à un moment donné.
Ceux qui ont reçu la semence dans une bonne terre « portent du fruit avec patience » ; Luc seul mentionne cela ; Matthieu dit qu’ils portent du fruit, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente ; en Marc, c’est : l’un trente, l’autre soixante, l’autre cent. La patience avait manqué à la seconde et à la troisième classe de personnes. Elles n’avaient pas pu supporter avec patience les difficultés que rencontre le croyant dans son chemin ; sans la vie, c’est impossible. Si l’on a la vie, il faut constamment recourir à la grâce et à la puissance de Dieu pour persévérer et porter du fruit avec patience jusqu’au bout.
Les v. 16 à 18 s’adressent à la conscience de ceux qui ont reçu la Parole. Dieu a allumé en eux la lumière qui doit éclairer la nuit de ce monde. À chacun de nous de veiller à ne pas cacher notre lumière qui doit éclairer la nuit de ce monde. À chacun de nous de veiller à ne pas cacher notre lumière, car nous ne répondrions pas au but pour lequel Dieu nous a fait être « lumière dans le Seigneur » (Éphésiens 5:8). Il vient un moment où le jour se fera sur tout ce qui aura empêché la lumière de briller ; « car il n’y a rien de secret qui ne deviendra manifeste, ni rien de caché qui ne se connaîtra et ne vienne en évidence » (v. 17). Il faut donc prendre garde comment l’on entend, car Dieu ne parle pas en vain ; il faut que sa Parole porte des fruits, et plus le croyant en portera, plus il recevra : car « à quiconque a, il sera donné ». Pour recevoir de la bénédiction, il faut pratiquer ce que l’on connaît. Mais quiconque paraît avoir quelque chose, comme les gens de la seconde et troisième catégorie, cela leur sera ôté, parce qu’ils n’ont pas la vie. C’est ce qui arrivera à la chrétienté après l’enlèvement de l’Église : ce qu’elle paraît avoir, ses formes, ses prétentions, lui seront ôtées, et on la verra dans son état véritable, prête à recevoir le jugement qui l’atteindra.
Souvenons-nous que le Seigneur dit à chacun « Prenez garde comment vous entendez », car le jour approche où tout sera manifesté ; alors que personne ne pourra recommencer pour faire mieux.
(v. 19-21). — La mère et les frères de Jésus, selon la chair, sont une figure du peuple Juif avec lequel le Seigneur ne pouvait plus avoir de relation. Dans les versets qui précèdent, Jésus a montré comment il agissait pour obtenir un peuple qui porte du fruit. Maintenant il ne reconnaît plus pour sa famille que ceux qui écoutent sa Parole et la mettent en pratique. La mère de Jésus était de ce nombre et ses frères le devinrent aussi (voir 1 Corinthiens 9:5 ; Galates 1:19), de même que tous ceux qui croient et qui le prouvent en portant du fruit, car c’est ce que Dieu demande.
(v. 22-25). — « Jésus monta dans une nacelle, et ses disciples avec lui. Et il leur dit : Passons à l’autre rive du lac. Et ils prirent le large. Et comme ils voguaient, il s’endormit ; et un vent impétueux fondit sur le lac, et la nacelle s’emplissait, et ils étaient en péril ». Ceux dont le Seigneur s’est entouré dans ce monde, comme tous ceux qui ont cru en lui en recevant sa Parole, ont à rencontrer beaucoup de difficultés en se rendant à l’autre rive, c’est-à-dire au rivage céleste et éternel, but de tout croyant dans ce monde. C’est ce voyage que nous avons en figure dans la traversée orageuse où les disciples paraissaient en péril. L’Église a connu des temps plus mauvais encore que ceux que nous traversons, lorsqu’elle avait affaire avec le terrible orage des persécutions, ce vent de l’opposition du monde que l’ennemi soulève contre les fidèles. Mais quelles que soient l’intensité de la souffrance et la violence de l’orage, Jésus est avec les siens. Il avait dit aux disciples : « Passons à l’autre rive ». Cette parole aurait dû leur suffire et les assurer qu’ils ne périraient pas en route. Mais Jésus dormait ; il ne manifestait aucune activité en leur faveur ; cependant il était là. Ils auraient dû comprendre que, malgré son inaction, sa présence les garantissait entièrement, car il ne pouvait périr dans les eaux que lui-même avait créées. Il manquait aux disciples la foi en lui et la connaissance de la gloire de sa personne, car, pour se confier en quelqu’un, il faut le connaître. Il était leur Messie, leur Sauveur, le Créateur, Dieu lui-même, quoique sous la forme d’un homme, et d’un homme fatigué au point que l’orage ne l’empêchait pas de dormir. Dans leur angoisse, ses disciples le réveillèrent en lui disant : « Maître, maître, nous périssons ! Et lui, s’étant levé, reprit le vent et les flots ; et ils s’apaisèrent, et il se fit un calme. Et il leur dit : Où est votre foi ? » Pas de foi en sa parole qui leur avait dit : « Passons » ; et pas de foi en sa personne qu’ils connaissaient si imparfaitement ; car, saisis de crainte et dans l’étonnement, ils disent : « Qui donc est celui-ci, qui commande même aux vents et à l’eau, et ils lui obéissent ? »
Nous avons le privilège de connaître le Seigneur et toutes ses gloires beaucoup mieux que les disciples. Nous le connaissons comme notre Sauveur et notre Seigneur ; nous savons qu’après avoir accompli l’œuvre de la croix, par laquelle il a expié nos péchés, vaincu la mort et vaincu l’ennemi, il est assis à la droite de Dieu, et que toute puissance lui a été donnée dans les cieux et sur la terre. Nous savons aussi que ses yeux ne se retirent jamais de dessus les siens, que rien ne peut les séparer de son amour, qu’il compatit avec eux dans toutes leurs peines, car il est homme dans le ciel, quoique glorifié. Cependant, malgré cette connaissance, nous manquons facilement de foi en ses paroles comme en sa personne. Si nous passons par l’épreuve, nous aimerions le voir agir pour modifier nos circonstances et mettre fin à nos difficultés. Il ne nous suffit pas de savoir que rien ne peut nous séparer de son amour, qu’il connaît nos circonstances, qu’il est avec nous pour les traverser, et que, s’il ne les change pas comme nous l’aimerions, il veut les employer pour nous apprendre à le connaître toujours mieux, avantage plus grand que celui d’éviter les épreuves, car nous savons que toutes choses travaillent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu. Nous sommes donc infiniment plus coupables que les disciples dans la tempête, lorsque nous manquons de foi dans nos difficultés, car tout ce qu’est Jésus pour nous, nous a été pleinement manifesté, mais ne l’avait pas été au même degré, aux disciples, avant la glorification du Seigneur.
(v. 26-39) — Jésus et ses disciples abordèrent dans le pays des Gadaréniens, contrée située sur la rive gauche du Jourdain, au sud du lac de Génésareth. Ils y rencontrèrent un démoniaque qui était possédé depuis longtemps. Ce malheureux ne portait pas de vêtements et demeurait dans les sépulcres (*). En voyant Jésus il se jeta devant lui en s’écriant : « Qu’y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très-haut ? Je te supplie, ne me tourmente pas. Car Jésus avait commandé à l’esprit immonde de sortir de l’homme » (v. 28-29). Mieux que les hommes, qui ne veulent voir en Jésus qu’un de leurs semblables, les démons savent qu’il est le Fils de Dieu, le juge qui les condamnera aux tourments éternels. Jésus demanda au possédé : « Quel est ton nom ? Et il dit : Légion (**) ; car beaucoup de démons étaient entrés en lui. Et ils le priaient pour qu’il ne leur commandât pas de s’en aller dans l’abîme (c’est-à-dire dans les tourments). Et il y avait là un grand troupeau de pourceaux paissant sur la montagne, et ils le priaient de leur permettre d’entrer en eux ; et il le leur permit... Et le troupeau se rua du haut de la côte dans le lac, et fut étouffé. Et ceux qui le paissaient, voyant ce qui était arrivé, s’enfuirent, et le racontèrent dans la ville et dans les campagnes. Et ils sortirent pour voir ce qui était arrivé, et vinrent vers Jésus, et trouvèrent assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus, l’homme duquel les démons étaient sortis » (v. 30-35). Au lieu de se réjouir et d’être dans l’admiration, ils eurent peur, et après avoir entendu le récit de cette merveilleuse délivrance, toute la multitude qui était accourue, « pria Jésus de s’en aller de chez eux, car ils étaient saisis d’une grande frayeur ». Voyant Jésus partir, l’homme qui était guéri le supplia de lui permettre de l’accompagner, mais Jésus le renvoya en lui disant : « Retourne dans ta maison et raconte tout ce que Dieu t’a fait. Et il s’en alla, publiant par toute la ville ce que Jésus lui avait fait » (v. 39).
(*) On aménageait souvent des sépulcres dans des cavernes artificielles, taillées dans le roc au flanc des montagnes.
(**) La légion romaine comptait environ 6000 soldats, au temps où vivait le Seigneur.
Ce récit illustre beaucoup de choses. Le démoniaque représente l’homme tombé sous la puissance de Satan. La Parole dit à deux reprises qu’il était possédé « depuis longtemps » (v. 27, 29). En effet, l’homme se trouve sous le pouvoir de Satan depuis la chute d’Adam ; le péché a transformé cette terre, demeure de l’homme, en un vaste cimetière, alors que Dieu en avait fait un lieu de délices, comme le jardin d’Éden. « Le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort » (Romains 5:12). Les hommes se rendent peu compte que, semblablement au démoniaque de Gadara, ils vivent dans le lieu de la mort, où ils cherchent leurs plaisirs, leurs distractions, car Satan a su embellir ce cimetière de manière à détourner les regards des tombes qui rappellent la fin de tout ici-bas, et le jugement qui doit suivre.
Ce démoniaque ne portait pas de vêtement pour cacher sa nudité (Genèse 3:7 et 20), figure de l’état réel de l’homme depuis la chute, aux yeux de Dieu, devant lequel « toutes choses sont nues et découvertes » (Hébreux 4:13). L’homme peut chercher à cacher son état à ses propres yeux et aux yeux de ses semblables, mais pas à Dieu. On a cru, par exemple, avoir obtenu un grand changement, de grands progrès en bien dans le monde, par la civilisation chrétienne dans le 19° siècle. Lorsqu’on présentait le tableau que Dieu fait de l’homme en Romains 3:9-20, par exemple, tableau qui se termine par ces mots : « Leurs pieds sont rapides pour verser le sang ; la destruction et la misère sont dans leurs voies, et ils n’ont point connu la voie de la paix ; il n’y a point de crainte de Dieu devant leurs yeux », — on refusait de reconnaître là son portrait, en disant que ces choses se rapportent à l’homme dans le passé ou aux peuples non civilisés. Si l’on voulait prouver la chose par les préparatifs de guerre qui se faisaient, on répondait que c’était le grand moyen de maintenir la paix. Tout cela n’était qu’un mince vêtement, bientôt déchiré par la terrible guerre [de 1914], pour laisser apparaître, dans toute son horreur, la vérité de ce que Dieu dit de l’homme dans sa Parole.
La corruption et la violence ont toujours caractérisé l’état de péché de l’homme. On a fait, à vrai dire, des efforts très louables pour lutter contre ces manifestations humiliantes de notre mauvais cœur, efforts mentionnés dans notre récit, puisqu’on avait voulu lier le possédé avec des chaînes et des fers aux pieds, qui se brisaient sous la puissance du démon. Aucune force humaine ne peut résister aux efforts de l’ennemi. Malgré tous les moyens par lesquels on cherche à réprimer les passions et les vices, ceux-ci demeurent et brisent les efforts humains. Le seul moyen d’être délivré de la puissance de Satan qui agit sur la mauvaise nature de l’homme, c’est de recevoir Jésus ; mais c’est précisément ce que l’on se refuse à faire. Jésus a été rejeté ; on ne veut pas plus de lui aujourd’hui que les Gadaréniens autrefois, et le monde demeure gouverné par son prince qui est le diable.
Ce récit nous présente aussi l’état d’Israël. Jésus, au milieu de son peuple, délivre un petit résidu, tandis que la nation tout entière le rejette et préfère la puissance de Satan à celle de Jésus en grâce. Alors, semblable au troupeau de pourceaux envahi par les démons, elle se précipite dans la mer des peuples, qui l’étouffe. On ne la voit plus distincte des autres nations et privilégiée de Dieu. De même que l’homme guéri, ceux qui reçurent Jésus, au lieu de s’en aller avec lui lorsqu’il quitta ce monde, furent envoyés vers les leurs et dans le monde entier pour annoncer les merveilles de la grâce (voir Luc 24:47 et Actes 1:8). Les disciples évangélisèrent le monde lorsque Jésus eut accompli l’œuvre de la croix et qu’il fut monté au ciel.
Quel livre, sinon la Bible, le livre inspiré de Dieu, pourrait donner, dans un simple récit, l’illustration fidèle d’une histoire qui fournirait assez de matière pour un volume tout entier ? Quel privilège de posséder un tel Livre et surtout quel bonheur de recevoir avec foi ce qu’il contient comme étant la « parole de Dieu » !
(v. 40-56). — De l’autre côté du lac, Jésus fut accueilli par une foule qui l’attendait. Un chef de synagogue, nommé Jaïrus, vint à lui et se jeta à ses pieds, le suppliant de venir dans sa maison, car sa fille unique, âgée d’environ douze ans, se mourait. Jésus se rendit aux vœux de ce père affligé et partit, accompagné de la foule qui le serrait de tous côtés. Au milieu de ceux qui l’entouraient se trouvait une femme affligée d’une maladie à laquelle aucun médecin n’avait pu porter remède, quoiqu’elle eût dépensé tout son bien à les consulter. La pauvre femme reconnaissait en Jésus celui qui avait le pouvoir de la guérir ; elle s’approcha de lui par derrière et toucha le bord de son vêtement. À l’instant même elle fut guérie. Jésus dit : « Qui est-ce qui m’a touché ? Et comme tous niaient, Pierre dit, et ceux qui étaient avec lui : Maître, les foules te serrent et te pressent, et tu dis : Qui est-ce qui m’a touché ? Et Jésus dit : Quelqu’un m’a touché, car je sais qu’il est sorti de moi de la puissance. Et la femme, voyant qu’elle n’était pas cachée, vint en tremblant, et, se jetant devant lui, déclara devant tout le peuple pour quelle raison elle l’avait touché, et comment elle avait été guérie instantanément. Et il lui dit : Aie bon courage, ma fille ; ta foi t’a guérie ; va-t’en en paix » (v. 45-48).
Beaucoup de personnes touchaient Jésus, mais sans se trouver au bénéfice de la puissance qui se trouvait en lui à la disposition de chacun ; seule la foi en profite. Aujourd’hui beaucoup de gens, pareils à la foule qui suivait le Sauveur, sans foi et sans conscience de ses besoins, admettent qu’il est le Sauveur des pécheurs ; ils ne le repoussent pas, mais ne sont pas sauvés pour cela, parce que, personnellement, ils ne viennent pas à lui avec la conviction de leur état de péché pour trouver le salut. Aussi ils ne peuvent pas rendre témoignage devant tous comme cette femme ou l’aveugle-né qui disait aux pharisiens : « Je sais une chose, c’est que j’étais aveugle, et que maintenant je vois » (Jean 9:25). Une froide connaissance de Jésus, par l’intelligence seulement, ne sert à rien, sinon à augmenter sa culpabilité ; il faut venir à lui avec foi et avec le désir ardent d’obtenir le salut, si l’on veut recevoir certainement cette réponse de l’amour parfait qui chasse la crainte : « Aie bon courage, ma fille ; ta foi t’a guérie : va-t’en en paix ».
Comme Jésus parlait encore, quelqu’un vint dire à Jaïrus : « Ta fille est morte, ne tourmente pas le Maître ». Mais Jésus lui dit : « Ne crains pas, crois seulement, et elle sera sauvée » (v. 49-50). Arrivé à la maison, Jésus ne permit à personne d’entrer, sinon à Pierre, à Jacques et à Jean, et aux parents de la jeune fille. Voyant pleurer les assistants, il leur dit : « Ne pleurez pas, car elle n’est pas morte, mais elle dort ». Tous se riaient de lui ; mais il les mit tous dehors, prit la jeune fille par la main et cria : « Jeune fille, lève-toi. Et son esprit retourna en elle, et elle se leva immédiatement ; et il commanda qu’on lui donnât à manger. Et ses parents étaient hors d’eux ; et il leur enjoignit de ne dire à personne ce qui était arrivé » (v. 54-56).
La guérison de la femme et la résurrection de la fille de Jaïrus nous offrent aussi un tableau de l’œuvre de Jésus à l’égard du peuple d’Israël. Il était venu pour rappeler à la vie ce peuple qui était mort pour Dieu ; c’est ce qui aura lieu lorsque le Seigneur s’occupera à nouveau de lui. En attendant qu’il le fasse, au moment de sa venue en gloire, tous ceux qui s’adressent à lui avec foi sont sauvés. C’est ce qui est arrivé à cette femme, aux disciples, et à tous ceux qui croient en Jésus actuellement ; car toutes les ressources de sa grâce restent à la disposition de la foi, en attendant qu’il tire Israël de la mort morale dans laquelle il se trouve depuis qu’il a rejeté Jésus, comme il réveilla la fille de Jaïrus.
(v. 1-9). — Nous avons vu, au chapitre 6, que Jésus s’était choisi douze disciples qu’il nomma apôtres, c’est-à-dire envoyés. Restés jusqu’ici avec leur maître, Jésus les rassemble pour les envoyer prêcher le royaume de Dieu. Il leur donne autorité sur les démons et le pouvoir de guérir malades et infirmes. Lors même que Jésus voit son rejet s’accentuer de jour en jour, il veut employer tous les moyens possibles pour faire connaître à son peuple ce qu’il venait lui apporter. Il multiplie ces moyens en conférant aux apôtres la puissance en délivrance dont il disposait lui-même et qui aurait dû amener les Juifs à croire en lui. L’amour ne se lasse pas, tant que l’heure du jugement n’a pas sonné.
Jésus dit aux disciples de ne rien prendre pour le chemin, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, ni vêtement de rechange. Pendant que le Seigneur se trouvait là, ils jouissaient de sa protection, car il les envoyait à un peuple sensé le recevoir. Une fois son rejet accompli, tout changerait pour eux, comme nous le lisons au chap. 22:35-38. Où ils étaient reçus, ils devaient demeurer, et sur ceux qui ne les recevraient pas, ils prononçaient un jugement en secouant contre la ville la poussière de leurs pieds. « Et partant, ils parcouraient tous les villages, évangélisant et guérissant partout » (v. 6).
Quand il entendit parler de Jésus, Hérode fut en perplexité, car quelques-uns disaient que Jean le Baptiseur ou bien l’un des anciens prophètes étaient ressuscités des morts, d’autres qu’Élie était apparu. Le malheureux Hérode ne pensait ni à Élie, ni aux prophètes ; sa conscience, chargée du crime qu’il avait commis en faisant décapiter Jean, évoquait ce dernier, dont il aurait redouté l’apparition. Ah ! la conscience, quoiqu’on cherche à l’endormir, elle parle toujours. Aux aguets pour percevoir le moindre bruit qui se fait entendre, tout ce qu’elle entend l’accuse, lors même qu’elle refuse d’en convenir. Laissons-la parler, lecteur ; écoutons ce qu’elle peut avoir à nous dire, et, si elle nous dit quelque chose, confessons-le à Dieu, au lieu de chercher à étouffer sa voix ou à nous excuser ; ce sera le seul moyen de la décharger et de retrouver le repos et le bonheur perdus par notre faute. Qu’il s’agisse de l’inconverti ou des fautes qu’hélas ! un croyant peut commettre, le moyen d’obtenir délivrance et pardon est identique : la confession. Mais pour que la conscience accomplisse sûrement son service, elle doit être éclairée par la parole de Dieu, qui seule lui donne une appréciation saine du bien et du mal.
Chez Hérode on voit simplement une conscience mal à l’aise ; il se repent si peu de son crime que, peu après, il devient l’ami de son ennemi Pilate, lorsqu’il veut mettre à mort Jésus.
(v. 10-17). — À leur retour, les apôtres vinrent vers Jésus et lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait ; et il les conduisit dans un lieu désert, à l’écart, près de Bethsaïda. Après le service, il est bon de se retirer, non seulement pour se reposer physiquement, mais pour avoir à faire avec Dieu sans distraction, car, comme Marthe, on peut se laisser absorber par son service. Cependant il n’est guère possible de jouir longtemps de la tranquillité dans un monde où les besoins de toute nature se font sentir, surtout durant le temps où l’amour de Dieu est en activité.
De grandes foules avaient suivi Jésus et ses disciples et, lisons-nous, « les ayant reçus, il leur parla du royaume de Dieu, et guérit ceux qui avaient besoin de guérison » (v. 11 ) Si Jésus s’était borné à guérir au milieu des Juifs, ils l’auraient reçu ; mais ses actes de puissance en bonté, il les accompagnait de la prédication du royaume de Dieu, c’est-à-dire d’un ordre de choses où tout doit être en harmonie avec les caractères de Dieu. Or ce que l’homme est et ce qu’il fait est tellement opposé à ces caractères que cette prédication ne lui convint pas malgré le déploiement de bonté qui la caractérisait ; c’est pourquoi Jésus fut rejeté. Nous aussi, nous avons à faire le bien, à soulager les misères au milieu d’un monde exposé à tant de souffrances ; mais n’oublions pas qu’en cherchant à secourir ceux qui sont dans la peine, il faut imiter le modèle parfait en présentant aussi la parole de Dieu.
Le jour baissait ; le lieu était désert ; la foule nombreuse et sans ressources. Voyant cela, les disciples conseillèrent à Jésus de renvoyer ces gens qui, déjà, étaient venus déranger leur repos et leur intimité avec lui, afin qu’ils aillent dans les villages d’alentour, pour s’y loger et trouver des vivres. Selon l’homme, le conseil des disciples paraissait sage et même bienveillant ; mais au fond il était dicté par la recherche de leurs aises ; ils pensaient surtout à eux ; ce qui ne nous arrive que trop souvent, même quand nous semblons désintéressés. Il en allait tout autrement avec Jésus, dont le cœur débordant d’amour ne pensait jamais à lui et poursuivait avec patience son œuvre de bonté envers tous. Pour Jésus, les ressources n’existaient pas dans la contrée environnante, mais en lui-même. Les disciples ne connaissaient pas davantage la gloire de sa personne en rapport avec les besoins de la foule qu’ils ne l’avaient connue dans leur danger au milieu de l’orage. Jésus veut non seulement pourvoir aux besoins des foules ; mais il veut que les disciples y pourvoient en disposant de sa puissance : « Vous, donnez-leur à manger », leur dit-il. Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et de deux poissons, à moins que nous n’allions et que nous n’achetions de quoi manger pour tout ce peuple ; car ils étaient environ cinq mille hommes » (v. 13-14). Ils regardaient toujours ailleurs qu’à Jésus, tandis que la foi ne regarde qu’à lui. Cinq pains, c’est quelque chose de visible, mais insuffisant. Si les choses visibles nous suffisaient, nous n’aurions pas besoin de foi. Nous ressemblons beaucoup aux disciples dans nos difficultés, petites ou grandes ; nous commençons le plus souvent par compter sur les ressources visibles au lieu d’aller à Jésus et de nous attendre à lui, qui peut se servir de ce qui est visible et le multiplier. Jésus dit aux douze : « Faites-les asseoir par rangs de cinquante chacun. Et ils firent ainsi, et les firent tous asseoir. Et ayant pris les cinq pains et les deux poissons, et regardant vers le ciel, il les bénit, et les rompit ; et il les donna à ses disciples pour les mettre devant la foule. Et ils mangèrent tous et furent rassasiés ; et de ce qui leur était resté de morceaux, on ramassa douze paniers » (v. 15-17). Jésus nous apprend qu’en lui remettant le peu que nous avons, il le bénit pour qu’il suffise et même qu’il y en ait de reste. C’est lui qui pourvoit aux besoins, mais en se servant de nous et de ce que nous avons. Ainsi nous pouvons accomplir ce que Dieu place devant nous, lors même que nos ressources paraissent insuffisantes, qu’il s’agisse de ressources spirituelles ou matérielles, et nous ferons l’expérience que non seulement il y a suffisamment, mais de reste.
(v. 18-27). — Si Jésus se servait de sa puissance pour accomplir les œuvres que son Père lui avait données à faire, il demeurait toujours l’homme dépendant de son Dieu. Dans cet Évangile, où son caractère de Fils de l’homme est pleinement manifesté, nous le voyons en prières sept fois, dont deux dans ce chapitre (v. 18 et 28). L’Esprit de Dieu signale ces faits merveilleux pour nous apprendre que non seulement la prière caractérisait la vie habituelle de Jésus (chap. 5:6 et 11:1), mais que la prière précédait tout spécialement les circonstances importantes de sa vie : avant son entrée dans son ministère public (chap. 3:21) ; avant l’appel de ses apôtres (chap. 6:12) ; au v. 18 de notre chapitre, avant de parler aux siens du changement de dispensation résultant de son rejet ; au v. 28 avant la transfiguration ; au chap. 22:42 et 44, en Gethsémané. Nous apprenons ainsi que la prière doit être habituelle dans toute notre vie. Dans les circonstances importantes, difficiles et douloureuses tout particulièrement, il faut la présenter avec ferveur.
« Et il arriva, comme il priait à l’écart, que ses disciples étaient avec lui. Et il les interrogea, disant : Qui disent les foules que je suis ? Et répondant, ils dirent : Jean le Baptiseur ; et d’autres : Élie ; et d’autres, que l’un des anciens prophètes est ressuscité. Et il leur dit : Et vous qui dites-vous que je suis ? » (v. 18-20). Jésus allait parler de sa mort qui amènerait la rupture de ses relations avec Israël, comme peuple selon la chair, puisque ce peuple le rejetait. Chacun avait une opinion particulière de sa personne, mais aucun ne le reconnaissait comme le Christ promis. Jésus demande donc à ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Pierre répond spontanément : « Le Christ de Dieu ! » Ils avaient donc la foi réelle en lui comme le Christ que Dieu avait promis, celui qui devait régner sur son peuple selon que les prophètes l’avaient annoncé. Quant au peuple, inutile de lui en parler davantage. Jésus défend aux disciples de le faire : le temps était passé ; il devait mourir. Il leur dit donc : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté des anciens et des principaux sacrificateurs et des scribes, et qu’il soit mis à mort, et qu’il soit ressuscité le troisième jour » (v. 22). Quel changement pour Jésus et les siens ! Au lieu de la gloire, ce sont les souffrances et la mort, mais aussi la résurrection. Jésus veut amener les disciples à comprendre ce changement, très pénible pour eux, et dans lequel ils entrèrent, difficilement, même pas du tout avant la résurrection de Jésus. C’est pourquoi il leur dit : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même, et qu’il prenne sa croix chaque jour, et me suive : car quiconque voudra sauver sa vie la perdra ; et quiconque perdra sa vie pour l’amour de moi, celui-là la sauvera. Car que profitera-t-il à un homme de gagner le monde entier, s’il se détruit lui-même ou se perd lui-même ? » (v. 23-25). Au lieu de suivre un Christ glorieux, acclamé par tous, comme il aurait dû l’être, il faut suivre un Christ rejeté, méprisé, mis à mort. Cette mort a placé ce monde et tout ce qui en fait partie sous le jugement de Dieu ; on doit donc abandonner la vie que l’on mène en rapport avec ce monde, pour obtenir la vie éternelle. En effet, si la mort de Jésus mettait fin au monde et rendait impossible l’établissement du royaume, elle ouvrait le chemin du ciel et donnait la vie éternelle. Pour l’obtenir, il fallait renoncer à tout, à soi-même, à ce moi auquel se rapporte tout ici-bas, et suivre Christ en portant sa croix, c’est-à-dire en réalisant la mort au monde. L’apôtre Paul dit : « Mais qu’il ne m’arrive pas à moi de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde » (Galates 6:14). Celui qui veut ménager sa vie d’homme dans ce monde où Jésus a souffert et a trouvé la mort, monde qui est sous le jugement de Dieu, perdra sa vie pour l’éternité, car il s’agit de l’éternité déjà maintenant ; il aura en partage la mort éternelle. Il y a donc à choisir entre la mort dans ce monde et la vie dans l’éternité, ou la vie du monde et la mort éternelle. Question très solennelle ! Car que profiterait-il à un homme s’il pouvait gagner le monde entier — les milliardaires que l’on estime si riches n’en possèdent qu’une bien minime partie — et qu’il se perde lui-même ? Lorsque ce monde passera avec ce qu’il contient, tous les hommes, depuis Adam jusqu’au dernier qui naîtra, existeront toujours et subiront les conséquences de leur court passage sur la terre : ceux qui auront suivi Christ en croyant en lui et en souffrant avec lui, vivront avec lui dans la gloire. Ceux qui auront voulu jouir sans lui des plaisirs du monde, souffriront sans lui dans les ténèbres de dehors, éternellement : vérités très solennelles, propres à faire réfléchir ceux qui jettent encore un regard d’envie sur le monde et négligent ainsi leurs intérêts éternels.
Le Christ rejeté prend le caractère de Fils de l’homme, titre plus grand que celui de Messie ; ses droits et son pouvoir s’étendent à l’univers entier ; c’est comme tel qu’il apparaîtra au monde et aux Juifs. Dans ce jour-là, il reconnaîtra publiquement ceux qui l’auront suivi lors de son rejet et il aura honte de ceux qui auront eu honte de Lui et de ses paroles, alors qu’il était méprisé. « Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de lui quand il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges » (v. 26).
Il importe de juger des circonstances présentes à la lumière que donne la Parole sur l’avenir, afin de ne pas nous laisser séduire par l’apparence trompeuse des choses visibles qui ne sont que pour un temps.
Afin de fortifier la foi de ceux qui croyaient en lui, Jésus leur dit : « De ceux qui sont ici présents, il y en a quelques-uns qui ne goûteront point la mort jusqu’à ce qu’ils aient vu le royaume de Dieu » (v. 27). Jésus voulait qu’au travers de leur chemin de souffrance et de mort, les disciples eussent leur foi fortifiée par une manifestation glorieuse du royaume de Dieu, dont l’établissement sur la terre ne pouvait s’accomplir alors ; c’est ce qui arriva lors de la scène de la transfiguration dont Pierre parla plus tard en disant : « Ce n’est pas en suivant des fables ingénieusement imaginées, que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais comme ayant été témoins oculaires de sa majesté. Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (2 Pierre 1:16-17).
(v. 28-36). — Huit jours environ après avoir prononcé les paroles rapportées au v. 27, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et monta sur une montagne pour prier : « Comme il priait, l’apparence de son visage devint tout autre, et son vêtement devint blanc et resplendissant comme un éclair ; et voici, deux hommes, qui étaient Moïse et Élie, parlaient avec lui, lesquels, apparaissant en gloire, parlaient de sa mort qu’il allait accomplir à Jérusalem » (v. 29-31). Après avoir parlé à ses disciples de sa mort, il s’en entretient avec Moïse et Élie, glorifiés comme lui. C’était la chose importante et nécessaire à ce moment-là de l’histoire du monde et du peuple juif. Moïse avait donné la loi, bientôt violée et mise de côté par le peuple. Les prophètes, représentés par Élie, avaient constamment cherché à ramener le peuple à l’Éternel, tout en proclamant les jugements, conséquences de son impiété. Tout demeura inutile. Les prophètes annoncèrent aussi le Messie. Il vint, mais ne fut pas reçu. Que faire ? Dieu restera-t-il impuissant en présence de la méchanceté de l’homme ? Oui, impuissant s’il veut employer l’homme rebelle et perdu ; il ne le pourra pas ; l’épreuve en a été faite. Mais pour Dieu tout reposait sur la mort de son Fils bien-aimé, qui subit à la croix le jugement mérité par l’homme. Dès lors, la justice divine étant satisfaite, Dieu fut libre d’agir envers tous selon ses pensées de grâce ; il n’a plus à compter avec l’homme naturel qui prend fin à la croix, mais avec Jésus qui l’a glorifié par sa mort et auquel il doit en récompense le salut du croyant et toute gloire dans le ciel et sur la terre, gloire dans laquelle il introduira ceux qui ont cru.
En présence de cette scène, les trois disciples étaient accablés de sommeil ; en se réveillant, ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes qui étaient avec lui. Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ; et faisons trois tentes : une pour toi, et une pour Moïse, et une pour Élie, ne sachant ce qu’il disait » (v. 33). Il eût été bon, sans doute, de demeurer dans la proximité de ces personnages glorieux ; mais dans l’état où se trouvaient le peuple juif et le monde, ce n’était pas possible ; il fallait pour cela un état de choses qui y corresponde ; il fallait l’œuvre de la croix, afin que puissent venir « les temps du rétablissement de toutes choses » (Actes 3:21), c’est-à-dire le règne glorieux du Fils de l’homme.
Cette apparition glorieuse était un échantillon du royaume de Dieu en gloire, auquel participeront tous les saints célestes et terrestres, savoir tous ceux qui seront au ciel à ce moment-là et tous ceux qui seront sur la terre. Moïse et Élie représentent les premiers, et les trois disciples les derniers. Moïse figure les ressuscités et Élie les transmués, car Moïse passa par la mort, tandis qu’Élie fut enlevé au ciel sans voir la mort. Le spectacle de cette gloire devait fortifier la foi des disciples et de tous les croyants et les encourager à suivre Christ en portant leur croix, jusqu’au moment où ils auraient leur part avec lui dans cette même gloire. Ils apprirent plus encore dans cette scène merveilleuse : « Comme il disait ces choses, une nuée vint et les couvrit ; et ils eurent peur comme ils entraient dans la nuée. Et il y eut une voix venant de la nuée, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (v. 34-35). Cette nuée, signe de la présence de Jéhovah au milieu de son peuple, couvrit aussi le tabernacle dans le désert lorsqu’il fut achevé, et le remplit de la gloire de l’Éternel (Exode 40:34-35), de même que le temple de Salomon après sa dédicace (2 Chroniques 7:1-3). À ce moment-là, personne n’osait pénétrer dans ce sanctuaire, l’homme, dans son état naturel, ne pouvant supporter la gloire de Dieu. En même temps, la voix de Dieu revendiquait la gloire de son Fils bien-aimé que les disciples voulaient mettre au même rang que Moïse et Élie. Tout glorieux que fussent ces éminents serviteurs, Dieu ne voulait pas que l’on confonde son Fils avec eux, pas plus qu’au baptême de Jean, lorsque Jésus prenait place au milieu des repentants (chap. 3:21-22). « La voix s’étant fait entendre, Jésus se trouva seul » (v. 36). Les ministères de Moïse et d’Élie, ayant été sans résultat parce qu’ils s’adressaient à l’homme en Adam, devaient être remplacés par celui de Christ. C’est pourquoi ces deux hommes, sur la montagne s’entretenaient avec Jésus de sa mort qu’il allait accomplir à Jérusalem, afin que Dieu puisse donner libre cours à ses pensées de grâce envers l’homme. Aussi Moïse et Élie disparaissent et Jésus demeure seul. Dès lors c’est lui qu’il faut écouter. Non que nous n’ayons pas à méditer les enseignements donnés par la loi et les prophètes ; au contraire, conduits par l’Esprit de Dieu, nous voyons que, dans tout l’Ancien Testament, le Fils de Dieu forme le sujet principal. C’est ce que Jésus fit comprendre aux disciples sur le chemin d’Emmaüs : « Commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les écritures, les choses qui le regardent » (chap. 24:27, 44-45). Mais il ne faut pas mettre les enseignements de la loi et des prophètes à la place de Jésus et de ses enseignements. L’épître aux Hébreux a été écrite précisément pour montrer aux chrétiens sortis du judaïsme combien la personne de Christ et son œuvre remplaçaient tout l’ordre de choses qui avait précédé, auquel ils ne devaient plus s’arrêter. Ainsi que la voix le proclame dans la nuée, c’est Jésus seul qu’il faut écouter. Ses enseignements suffisent jusqu’au moment glorieux où nous le verrons face à face, glorifiés, semblables à lui. En attendant, nous jouissons de la position qu’il nous a faite ; nous nous trouvons dans la même relation que lui-même et dans la même proximité de son Dieu et Père.
(v. 37-43). — Pendant que Jésus se trouvait sur la montagne avec Pierre, Jacques et Jean, les autres disciples demeuraient en bas, aux prises avec la puissance d’un démon qu’ils ne pouvaient chasser. Quand Jésus descendit, une grande foule vint à sa rencontre : « Et voici, un homme de la foule s’écria, disant : Maître, je te supplie, jette les yeux sur mon fils, car il est mon unique ; et voici, un esprit le saisit ; et soudain il crie ; et il le déchire, en le faisant écumer ; et c’est à peine s’il se retire de lui après l’avoir broyé ; et j’ai supplié tes disciples de le chasser, et ils n’ont pas pu. Et Jésus, répondant, dit : Ô génération incrédule et perverse, jusques à quand serai-je avec vous et vous supporterai-je ? Amène ici ton fils » (v. 38-41). Incapables de profiter de la puissance dont Jésus les avait doués, les disciples participaient à l’incrédulité du peuple, ce qui produit chez le Seigneur une profonde indignation. Il ne suffit pas d’être avec Jésus, ni même de posséder des dons ; il faut la foi pour les utiliser. Le cas de ce démoniaque nous offre un tableau impressionnant de la puissance de Satan sur l’homme et nous montre que Dieu seul peut en délivrer sa créature. Cette puissance se trouvait là, en Jésus, dans une grâce parfaite, à la disposition de la foi. Aussi le pauvre père entend ces paroles bénies : « Amène ici ton fils ». Tandis qu’il approchait, le démon le renversa et le tourmenta violemment ; mais il dut abandonner sa victime, sur la parole de Jésus, qui guérit l’enfant et le rendit à son père. « Et tous furent étonnés de la grandeur de Dieu ».
Aujourd’hui encore nous pouvons amener à Jésus toutes nos difficultés ; en le faisant avec foi, nous recevrons les réponses que son amour veut nous accorder. Il n’y a pas de difficultés pour la foi, parce que la foi compte sur Dieu, pour lequel les difficultés n’existent pas.
(v. 43-48). — « Et comme tous s’étonnaient de tout ce que Jésus faisait, il dit à ses disciples : Vous, gardez bien ces paroles que vous avez entendues, car le Fils de l’homme va être livré entre les mains des hommes » (v. 43-44). Les disciples ne comprirent pas cette parole et craignirent de l’interroger. Jésus venait de manifester une puissance remarquable en faveur d’un démoniaque. Aussi les disciples se confirmaient-ils dans la pensée que Jésus allait continuer son œuvre de délivrance qui aboutirait finalement à l’établissement de son royaume en gloire. Mais Jésus choisit précisément ce moment-là pour leur dire encore une fois, que lui, le Messie, malgré toute sa puissance, allait mourir. Aussi ils n’y comprirent rien. Ils n’avaient pas fait attention au sujet de l’entretien de Jésus avec Moïse et Élie sur la montagne ; ils n’avaient retenu de cette scène que la gloire, et non le moyen pour y arriver. La mort était nécessaire pour mettre fin à l’état de péché dans lequel l’homme se trouve sous la puissance du diable, et pour le placer dans un état nouveau où Dieu puisse le bénir, en déployant tous les effets de son amour et de sa puissance. Mais ici, Jésus place tout particulièrement sa mort devant ses disciples. Il sera livré aux hommes, objet de leur haine ; il leur indique par cela qu’ils n’avaient rien à attendre de la part des hommes, puisqu’ils marchaient à sa suite dans le même chemin que lui.
Au lieu d’interroger Jésus pour comprendre ses paroles, les disciples, toujours préoccupés d’eux-mêmes et de leur gloire, alors que Jésus leur parlait de sa mort, discutaient pour savoir « lequel d’entre eux serait le plus grand ». « Jésus, voyant la pensée de leur cœur, prit un petit enfant, et le plaça auprès de lui ; et il leur dit : Quiconque recevra ce petit enfant en mon nom, me reçoit ; et quiconque me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. Car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand » (v. 47-48). Le monde, et par conséquent ce qui est grand dans le monde, est jugé par la mort de Christ à la croix, en sorte qu’à chercher la grandeur selon les pensées de la chair, on s’éloigne fortement de la pensée de Dieu. Ce qui est grand selon Dieu, ce qui l’était au moment où les disciples discutaient entre eux, c’est un Christ méprisé et rejeté. Son nom a de la valeur, car le nom est l’expression de la personne qui le porte. Les simples recevaient Jésus ; il fallait devenir comme un petit enfant pour cela ; le petit enfant n’a pas de prétentions dans ce monde ; il n’y tient pas de place. En recevant un de ces petits au nom de Jésus, on le recevait, et, en recevant Jésus, on recevait Dieu qui l’avait envoyé. Cette petitesse, qui permettait de recevoir Jésus, constituait la véritable grandeur.
(v. 49-50). — En entendant parler de la valeur qui se rattachait au nom de Jésus, Jean pense à quelqu’un qui chassait les démons en ce nom ; voyant cela, les disciples lui avaient défendu de le faire, parce qu’il ne suivait pas Jésus avec eux.
Pour que les actes de cet homme aient du crédit pour les disciples, il aurait dû être avec eux. En apparence, ils tenaient à l’honneur de leur Maître ; mais, en réalité, leur amour-propre gouvernait leurs pensées. Jésus leur dit : « Ne le lui défendez pas, car celui qui n’est pas contre vous est pour vous » (v. 50). La haine des hommes envers Jésus avait atteint un degré tel qu’il n’y avait pas de milieu ; si quelqu’un osait se déclarer pour Christ, il tenait pour les disciples qui le suivaient ; il était donc un des leurs. Ce que Christ est pour le cœur donne de la valeur à un croyant. Mais si le Seigneur a du prix pour un racheté, il le suivra avec ceux qui sont dans le même cas, non pour ceux qui le suivaient déjà, mais par amour pour Christ. Puissions-nous, dans ces jours mauvais, suivre le Seigneur par attachement à sa personne et à sa parole et ne pas craindre de montrer que nous sommes pour lui, alors que le monde le renie de plus en plus, et cela sans négliger de le suivre avec ceux qui lui sont fidèles.
(v. 51-56). — Dès maintenant, Jésus accomplit son dernier voyage vers Jérusalem où il devait être mis à mort. Conscient de ce qui l’attendait dans « la ville qui tue les prophètes et lapide ceux qui lui sont envoyés » (chap. 13:34), il dresse résolument sa face. En Ésaïe 50:7, il est dit de lui : « Mais le Seigneur l’Éternel m’aidera : c’est pourquoi je ne serai pas confondu ; c’est pourquoi j’ai dressé ma face comme un caillou, et je sais que je ne serai pas confus ». Il fallait toute la puissance de l’amour dans l’obéissance à son Dieu et Père pour le faire avancer vers la mort ignominieuse de la croix avec une pleine connaissance de ce qui l’attendait. Si Jésus marchait comme victime vers Jérusalem, il avait néanmoins conscience qu’il était le roi qui aurait dû être reçu ; en cette qualité il envoie devant lui des messagers pour lui préparer un logis. Ils arrivèrent à un village de Samaritains ; mais « ils ne le reçurent point, parce que sa face était tournée vers Jérusalem » (v. 53). Comme les Juifs, et par haine pour eux, les Samaritains le repoussent et lui témoignent leur mépris que son cœur éprouvait dans toute la sensibilité de son amour parfait. Rien n’a été épargné à Jésus ici-bas. Il a ressenti, dans ses affections les plus pures, la haine sous les formes les plus diverses. Mais ces manifestations de l’homme, ennemi de Dieu, ont fait ressortir d’autant mieux les perfections du cœur de l’homme parfait, expression de l’amour de Dieu.
Jacques et Jean, indignés du refus des Samaritains, proposent à Jésus de faire descendre sur eux le feu du ciel, comme jadis Élie dans la même contrée ; alors qu’Achazia envoyait cinquantaine après cinquantaine pour s’emparer du prophète (2 Rois 1). Élie exerçait les jugements de Dieu, en contraste avec son successeur Élisée dont le ministère était caractérisé par la grâce. Les disciples entraient plus facilement dans les pensées de jugements que dans celles de la grâce, personnifiée dans leur Maître, vrai Élisée au milieu de son peuple. Jésus leur dit : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés ! ». La grâce conduisait Jésus à Jérusalem pour qu’il portât le jugement à la place des coupables. Aussi comprend-on qu’il n’ait pas exercé de jugements sur son chemin, ce qu’il n’a du reste jamais fait durant son ministère ; il était venu sauver et non juger. Ils allèrent donc dans un autre village, selon les instructions données par Jésus à ses disciples.
Aujourd’hui aussi l’esprit de grâce doit animer les disciples du Seigneur, car le temps de sa patience dure encore. Nous sommes témoins de beaucoup de mal qui appelle les jugements de Dieu sur les hommes ; mais Dieu prend patience et prolonge le jour de grâce ; c’est ce que nous devons faire aussi ; non pas pour montrer de l’indifférence à l’égard de ce qui est mal, mais pour manifester envers tous la grâce dont nous sommes nous-mêmes les objets, et pour inviter les hommes à la repentance afin qu’ils soient sauvés, d’autant plus que nous savons que le temps de la grâce touche à son terme.
(v. 57-62). — Comme Jésus cheminait avec ses disciples, un homme désireux de le suivre s’approcha et lui dit : « Seigneur, je te suivrai où que tu ailles. Et Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des demeures : mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête » (v. 57-58). On ne peut suivre Jésus que selon le principe de renoncement qui l’a caractérisé : il a tout quitté pour venir dans ce monde, si misérable et souillé qu’il n’y trouva pas un lieu de repos et où, par conséquent, il était étranger. La chair, la volonté propre ne rencontrent aucune satisfaction dans ce chemin, qui conduit hors de ce que désire le cœur de l’homme. S’il aboutit à la gloire où Christ est entré en le suivant, pour le moment ce chemin sort du monde au milieu duquel il faut vivre en étranger et y être traité comme Jésus l’a été.
Jésus dit à un autre homme : « Suis-moi ». Aussitôt celui-là présente des objections, en disant à Jésus : « Permets-moi d’aller premièrement ensevelir mon père. Et Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; mais toi, va et annonce le royaume de Dieu » (v. 59-60). Pour suivre Jésus, il ne faut pas avoir le cœur absorbé par les intérêts de la terre. Cet homme voulait bien aller ; mais quelque chose se présentait à lui en premier lieu, devoir très légitime qui appartient à l’honneur que Dieu recommande aux enfants vis-à-vis de leurs parents. Cependant les droits de Jésus passent avant ceux de la nature. Puis le monde gît dans un tel état de mort pour Dieu que la séparation doit être absolue, si l’on veut travailler à l’œuvre du Seigneur, œuvre qui, d’une manière ou d’une autre, incombe à tout croyant.
Un autre homme offre à Jésus de le suivre ; celui-là a aussi quelque chose à faire premièrement, il veut « prendre congé de ceux qui sont dans sa maison », désir bien légitime aussi, mais qui avait le tort de prendre la première place dans le cœur et exposait cet homme à être retenu par les siens. Il pouvait considérer les attraits de la famille, ce qui le détournerait de l’accomplissement de son désir. Aussi Jésus lui répondit : « Nul qui a mis la main à la charrue et qui regarde en arrière, n’est propre pour le royaume de Dieu » (v. 62). Ceux qui labourent la terre connaissent la justesse de l’exemple donné par le Seigneur, car il est impossible de conduire une charrue droit au bout du champ qu’on laboure, si l’on regarde en arrière. Aussi tout ce qui retient le cœur nous empêche, soit d’accomplir le service que le Seigneur place devant chacun de nous, soit d’arriver au but. Nous trouvons cet enseignement dans plusieurs passages de la Parole : « Oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant » (Philippiens 3:14). « Nul homme qui va à la guerre ne s’embarrasse dans les affaires de la vie, afin qu’il plaise à celui qui l’a enrôlé » (2 Timothée 2:4). « Courons avec patience la course qui est devant nous, fixant les yeux sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi » (Hébreux 12:1-2).
En toutes choses, Jésus est le modèle parfait de ce qu’il enseigne. Il a poursuivi son chemin sans jamais regarder en arrière. Il dressait résolument sa face pour aller à Jérusalem. « À cause de la joie qui était devant lui, il a enduré la croix, ayant méprisé la honte, et est assis à la droite du trône de Dieu » (Hébreux 12:2). Puissions-nous avoir toujours Jésus comme modèle dans le chemin. Abandonnons tout ce qui appartient à un monde ruiné par le péché, car les jugements vont tomber sur tout ce dont nous avons à nous séparer maintenant. Et ne laissons pas non plus les choses les plus légitimes nous priver du prix qu’il y a à servir le Seigneur et à chercher premièrement à lui obéir, lorsqu’il nous dit : « Suis-moi » ; car il a tous les droits sur chacun de ses rachetés.
(v. 1-16). — Jésus envoya encore au peuple soixante-dix messagers qui allèrent devant lui annoncer que le royaume de Dieu s’était approché. Quoiqu’il leur eût déjà envoyé les douze apôtres, Jésus utilisait le peu de temps qu’il devait rester au milieu de cette génération incrédule et perverse, décidée à ne rien vouloir de lui, parce qu’il voyait au milieu d’elle une grande moisson et peu d’ouvriers pour y travailler. Son amour était actif, et, jusqu’au dernier moment, il accomplissait son œuvre de grâce.
Nous nous trouvons aujourd’hui dans un temps semblable. Si nous regardons l’état de ce monde, il nous paraît tout aussi mauvais. L’Évangile ne semble produire aucun effet ; on méprise la parole de Dieu ; on la rejette ; tout va de mal en pis. À ne considérer que cela, nous n’aurions pas le courage de parler de l’Évangile autour de nous et dans les pays païens. Dieu voit ce triste état mieux que nous-mêmes ; mais ce qu’il voit aussi mieux que nous, c’est une grande moisson au milieu de tant d’incrédulité et de mal de tout genre. Il nous le montre par l’exercice de sa patience. Il fait encore annoncer l’Évangile partout ; il a réveillé les hommes au moyen de terribles guerres et de leurs conséquences, et par d’autres procédés encore. Aussi longtemps que durera le temps de la grâce, il travaillera et nous invite à collaborer avec lui. Nous aimerions que le Seigneur vienne mettre fin à tant de souffrances pour ses bien-aimés ; lui-même aimerait délivrer son Épouse d’une telle scène et l’avoir avec lui dans la gloire, mais il attend, pour cela, la volonté de son Père. « Il est patient envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance » (2 Pierre 3:9). Pendant ce temps il supplie les hommes de recevoir le pardon et la paix, car évidemment le temps est court et les jugements sont à la porte.
Jésus voit que la moisson est grande et qu’il y a peu d’ouvriers. Il veut que les disciples soient dans une même pensée avec lui et qu’ils supplient le Seigneur de pousser des ouvriers dans son champ. Puis, comme il est lui-même le Seigneur de la moisson, il les envoie. Connaissant l’état du peuple, il leur dit : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ». Ils ne devaient cependant pas prendre de provisions ; Jésus étant encore avec eux, ils se trouvaient sous sa protection. Ils ne devaient saluer personne en chemin, car le temps pressait. La salutation en Orient exigeait du temps, à cause des cérémonies qui l’accompagnaient. Ils devaient apporter la paix dans les maisons où ils entreraient ; s’il y avait là des fils de paix parmi ceux qui les recevraient, elle reposerait sur eux. Ils devaient guérir les infirmes et dire : « Le royaume de Dieu s’est approché de vous ». Comme les douze, ils devaient secouer la poussière de leurs pieds contre ceux qui ne les recevraient pas, en affirmant que le royaume de Dieu s’était approché. Ceux qui le refusaient auraient comme part le jugement, ils n’avaient plus rien à attendre. C’est là ce qui distingue le message des soixante-dix de celui des douze. Sodome, malgré son immoralité, aura un sort plus supportable au jour du jugement que celui des villes de Galilée qui ont eu de si grands privilèges ; et, si le Seigneur avait fait dans Tyr et Sidon ce qu’il a fait dans ces villes-là, elles se seraient repenties, assises dans le sac et la cendre ; aussi leur sort sera plus supportable que celui de Chorazin, de Bethsaïda ou de Capernaüm. Dieu avait envoyé Jésus et Jésus avait envoyé les disciples. Ainsi, en les écoutant et en les recevant, on écoutait et on recevait Dieu lui-même. Vérité solennelle pour quiconque entend le message divin ! Tout est définitif : bénédiction et jugement.
Combien ces jours-là ressemblent à ceux où nous vivons ! C’était la fin d’une dispensation de Dieu dans laquelle ceux qui voulaient profiter du message de grâce étaient sauvés du jugement qui allait tomber sur la nation, jugement proportionné, pour l’éternité, aux privilèges accordés, mais dédaignés. Il importe que personne ne méprise le jour de la grâce qui dure encore ; chaque heure qui s’écoule le raccourcit et nous rapproche soit du bonheur, soit du malheur éternel.
(v. 17-24). — Les disciples revinrent avec joie, disant à Jésus : « Les démons mêmes nous sont assujettis en ton nom ». Toute la puissance nécessaire pour délivrer les hommes de la puissance de Satan se trouvait devant eux, présente et active, la même puissance qui les délivrera plus tard ; c’est pourquoi les miracles que les apôtres accomplissaient sont appelés en Hébreux 6:5 : « Les miracles du siècle à venir ». Jésus leur dit alors : « Je voyais Satan tombant du ciel comme un éclair » (v. 18), scène que nous retrouvons en Apocalypse 12:9. Satan sera précipité du ciel, où il a si longtemps rempli le rôle d’accusateur des enfants de Dieu (v. 10) ; (voir Job 1:6-12 ; 2:3 ; Zacharie 3:1-2), lorsque les saints célestes y seront introduits. Il agira en grande fureur sur la terre contre le résidu d’Israël, jusqu’au moment de la délivrance de ce résidu. Alors la puissance divine, dont les disciples disposaient au nom de Jésus, l’enchaînera pour mille ans.
Jésus dit aux disciples : « Voici, je vous donne l’autorité de marcher sur les serpents et sur les scorpions, et sur toute la puissance de l’ennemi ; et rien ne vous nuira ; toutefois ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont assujettis, mais réjouissez-vous parce que vos noms sont écrits dans les cieux » (v. 19-20). Si l’exercice de la puissance de Dieu en vue d’établir la bénédiction sur cette terre était un sujet de joie cher aux disciples, il y en avait un autre bien supérieur, se rattachant à un ordre de choses célestes : leurs noms étaient écrits dans les cieux. Incapables alors de l’apprécier à sa valeur, ils le firent plus tard, lorsqu’ils comprirent tous les avantages d’une position céleste en association avec Christ. Cela leur permit de traverser victorieusement, par la foi, les difficultés qu’ils rencontrèrent dans ce monde où leur Maître avait trouvé la mort et où ils vivaient étrangers comme lui, parce qu’ils appartenaient au ciel.
« En cette même heure, Jésus se réjouit en esprit et dit : Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants. Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi » (v. 21). Jésus éprouvait de la joie à voir s’accomplir les pensées d’amour de son Père, qui voulait introduire dans une position céleste les petits qui recevaient Jésus, alors que les sages et les intelligents du peuple rejetaient contre eux-mêmes le conseil de Dieu (chap. 7:30), qui était de les bénir aussi par Christ. C’était ce que son Père avait trouvé bon ; Jésus s’en réjouissait, bien que ce fût pénible pour son cœur de ne pouvoir introduire dans la bénédiction promise le peuple tout entier. Pour que ces bénédictions célestes puissent appartenir aux enfants — à tous ceux qui ont ce caractère aux yeux de Dieu — et pour qu’ils puissent entrer dans cette relation avec Dieu comme Père, il fallait l’envoi du Fils qui seul révélait le Père. Cependant nul ne connaît le Fils, sinon le Père, parce que Dieu seul pénètre ce mystère de l’union de la divinité et de l’humanité dans sa personne. Cette union était nécessaire pour que le Père soit révélé et que les croyants de cette économie puissent entrer avec lui dans une relation vitale comme ses enfants bien-aimés. Seule elle permettait à Dieu de s’approcher en grâce des hommes pécheurs sans les anéantir ; c’est aussi parce que Jésus est devenu un homme qu’il a pu mourir sur la croix pour sauver les pécheurs.
Nous voyons donc, dans ces passages, le changement du caractère des bénédictions accordées aux croyants, ce qu’on appelle changement d’économie ou de dispensation. C’était l’introduction des bénédictions célestes, la part de l’Église en attendant la dispensation future dans laquelle Dieu pourra accorder à son peuple terrestre les bénédictions promises en vertu de l’œuvre de Christ. Les disciples jouissaient aussi d’un privilège immense : ils voyaient et entendaient le Messie ; c’est ce que des prophètes et des rois avaient désiré voir et entendre. C’est pourquoi, au milieu du peuple qui le rejetait et qui les rejetterait aussi, Jésus les appelle bienheureux. « Bienheureux sont les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous dis que plusieurs prophètes et plusieurs rois ont désiré de voir les choses que vous voyez, et ils ne les ont pas vues, et d’entendre les choses que vous entendez, et ils ne les ont pas entendues » (v. 23-24). Dans tous les temps les bienheureux ont été et sont ceux qui croient Dieu, qui reçoivent sa Parole et qui la gardent, quelles que soient les circonstances au milieu desquelles ils se trouvent. Tout peut être contre eux ; mais Dieu est pour eux.
(v. 25-37). — Si les versets qui précèdent nous montrent que les bénédictions célestes remplacent les terrestres que l’homme ne pouvait obtenir sur le pied de sa responsabilité, la parabole du Samaritain indique comment la grâce parvient à l’homme incapable de répondre aux exigences de la loi de Dieu.
Un docteur de la loi, aveuglé par ses prétentions, veut éprouver Jésus en lui demandant comment hériter de la vie éternelle, qu’Adam avait perdue par sa désobéissance, mais promise à l’homme s’il accomplissait la loi. Jésus lui dit : « Qu’est-il écrit dans la loi ? Comment lis-tu ? Et répondant, il dit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. Et il lui dit : Tu as bien répondu ; fais cela, et tu vivras » (v. 27-28). Dans sa réponse, ce docteur présente la loi dans son essence, car c’est de l’amour pour Dieu et pour le prochain que découlent tous les commandements. Jésus le place en présence de cette loi et le met ainsi à l’épreuve, alors qu’il voulait éprouver le Seigneur. Comme docteur de la loi, il en connaissait les exigences et savait qu’il n’y avait pas satisfait ; une chose surtout l’embarrassait : la question du prochain, car sa conscience l’accusait, sans doute, de ne pas l’avoir traité selon les ordonnances. Il discute sur le sens du mot prochain en demandant à Jésus : « Qui est mon prochain ? ». Il cherche à se justifier lui-même ; il prétend sûrement avoir aimé certaines personnes qu’il estimait être son prochain ; mais devait-il qualifier comme tel n’importe qui et l’aimer comme lui-même ? Au moyen de la parabole qu’il lui présente, Jésus lui apprend que la grâce, dont lui-même était l’expression ici-bas, appelle « son prochain » tous les pauvres misérables qui ont besoin de secours — ce sont tous les hommes. Il lui apprend que, contrairement à la loi qui exigeait d’eux l’amour qu’ils ne pouvaient pas produire, il était venu les aimer, afin que, dans la jouissance de cet amour, ils puissent aimer à leur tour et Dieu et leur prochain, en possédant la vie éternelle que Dieu donne gratuitement.
Jésus présente l’état du docteur de la loi — celui de tous les hommes — sous la figure d’un voyageur qui, en descendant de Jérusalem à Jéricho, tomba entre les mains des voleurs. Jérusalem symbolise l’état de bénédiction dans lequel Dieu avait placé l’homme à la création, mais qu’il a abandonné par le péché ; en écoutant la voix de Satan, il s’est trouvé sur le chemin qui aboutit en figure à Jéricho, la malédiction ; en effet, après la destruction de cette ville par la puissance de Dieu, Josué prononça la malédiction sur celui qui la rebâtirait, ce qui eut lieu sous le règne d’Achab (1 Rois 16:34 ; Josué 6:26). Le chemin qui descend de Jérusalem à Jéricho est extrêmement rapide, vu la différence de niveau de ces deux localités, Jérusalem étant située sur une montagne à 780 mètres d’altitude, et Jéricho au bord du Jourdain, dont la vallée, très profonde, se trouve au-dessous du niveau de la mer. Ce chemin représente bien celui où le péché a placé l’homme pour l’entraîner rapidement vers la perdition. Sur le chemin de la malédiction prononcée contre celui qui n’accomplirait pas toutes les paroles de la loi (Deutéronome 27:26), l’homme a affaire avec Satan qui l’a dépouillé de tout ce qui l’aurait rendu capable de répondre aux justes exigences de Dieu. Dieu a voulu porter remède à cet état en plaçant l’homme sous le système de la loi, représenté par le sacrificateur et le lévite de cette parabole ; mais ce moyen ne s’appliquait qu’à un homme capable d’en profiter et nul n’a pu le faire. Le sacrificateur voit le malheureux tombé entre les mains des voleurs et passe outre ; car, pour profiter de la sacrificature, il fallait avoir quelque chose à offrir, si peu que ce soit. L’homme naturel n’a que ses souillures et ses blessures ; il ne saurait rien obtenir avec cela. Le lévite ne peut rien faire non plus ; il passe outre. Il lui aurait expliqué la loi, lui aurait rappelé ses exigences, mais, qu’offrir, que dire à un homme à moitié mort ? Les représentants du système légal ne font que passer ; ils laissent l’homme dans son état misérable, sur le chemin de la malédiction. Il y demeurerait à toujours si celui qui, dans cette parabole, est appelé un Samaritain ne venait vers lui. Il « allait son chemin », le chemin que Dieu lui avait tracé, qui partait de la gloire, passait par la crèche de Bethléhem, pour l’amener à rencontrer dans ce monde le pécheur dans sa misère, à lui faire grâce, à aller ensuite à la croix porter ses péchés. Venu parce qu’il savait l’homme dans cet état, au lieu de se demander si un être aussi misérable était son prochain ou non, c’est justement cette misère qui l’attire. Tel est l’amour manifesté en Jésus ! « Il vint à lui, et, le voyant, fut ému de compassion, et s’approcha et banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin ; et l’ayant mis sur sa propre bête, il le mena dans l’hôtellerie et eut soin de lui » (v. 33-34). Le docteur de la loi ignorait qu’il avait besoin du même traitement de l’amour, lui qui prétendait accomplir les commandements et voulait se justifier parce qu’il ne l’avait pas fait. Il fallait qu’il ait affaire à celui que ses collègues religieux, et peut-être lui-même, appelaient « un Samaritain » (Jean 8:48), mais qui était le Fils de Dieu, venu dans ce monde pour sauver les pécheurs, expression de l’amour de Dieu envers tous. Le pécheur perdu ne saurait obtenir quoi que ce soit par lui-même, puisqu’il est tombé entre les mains de Satan qui l’a dépouillé de tout ce que Dieu lui avait donné ; mais s’il se reconnaît tel, il se laissera approcher par Jésus, comme un objet de grâce, et deviendra un de ces bienheureux dont les noms sont écrits dans les cieux.
Après avoir versé sur les blessures de ce malheureux de l’huile et du vin, emblème de ce qui le rendrait capable de se réjouir sous l’action de la grâce, le Samaritain le conduisit à l’hôtellerie. Il y a un lieu figuré par l’hôtellerie où les objets de la grâce sont placés en sécurité, car le Seigneur ne les laisse pas errer sur le chemin dangereux de ce monde dont Satan est le maître ; ce n’est pas encore le ciel, mais un lieu, sur cette terre, où ils sont remis aux soins d’une personne qui s’occupe d’eux avec intérêt. « Le lendemain, s’en allant, il tira deux deniers et les donna à l’hôtelier, et lui dit : Prends soin de lui ; et ce que tu dépenseras de plus, moi, à mon retour, je te le rendrai » (v. 35). Jésus a dû quitter ce monde, après avoir accompli toute son œuvre sur la terre ; mais il a envoyé à ses rachetés, pour veiller sur eux, le Saint Esprit, venu ici-bas après l’ascension du Seigneur, ce Consolateur qui sera avec les croyants éternellement, et qui fait valoir pour eux tout ce que le Seigneur a opéré et ce qu’il est jusqu’à son retour.
Les deux deniers que le Samaritain donne à l’hôtelier font penser que cet événement ne se fera pas attendre longtemps, le denier étant le salaire quotidien d’un ouvrier. Un jour est devant Dieu comme mille ans, et mille ans comme un jour. Pour Dieu, deux jours ne se seraient pas encore écoulés depuis que le Seigneur est monté au ciel. La Parole laisse toujours supposer que le temps qui nous sépare de la venue du Seigneur est très court, afin que nous l’attendions constamment.
Après avoir exposé, par cette parabole, l’état de l’homme devant Dieu et la grâce venue à son secours, dans sa personne : l’homme divin méprisé, Jésus demande au docteur de la loi lequel de ces trois personnages était « le prochain » de celui qui tomba entre les mains des voleurs. Il répondit : « C’est celui qui a usé de miséricorde envers lui. Et Jésus lui dit : Va, et toi fais de même » (v. 37). Faire de même, c’est donc user de miséricorde envers le misérable quel qu’il soit ; mais ce n’était possible au docteur de la loi — et à n’importe qui, — que si, premièrement, il reconnaissait son état pitoyable et recevait Jésus en se laissant approcher et aimer par lui, au lieu de le mépriser à la manière des chefs du peuple, et comme le monde le fait encore.
Accomplir quelque chose de méritoire, c’est le principe légal, tandis que se laisser aimer par le Sauveur méprisé, afin de pouvoir aimer à son tour, c’est le principe de la grâce. Le pécheur a grand-peine à accepter que, devant Dieu, il ressemble à cet homme dépouillé de tout et laissé à demi mort par le diable sur le chemin de la malédiction. Son orgueil repousse la grâce parce que, ne tenant aucun compte de ses prétentions, elle lui est présentée par Jésus, l’homme humble et débonnaire, sans apparence, quoique Seigneur de tout. Mais les simples, les enfants, acceptent ce que Dieu dit comme étant la vérité, et ils possèdent tout ce que la grâce leur a apporté. « Bienheureux sont les pauvres en esprit ! » Ils ont choisi la bonne part qui ne leur sera point ôtée.
(v. 38-42). — Nous suivons Jésus dans la maison de Marthe, à Béthanie, comme nous le savons. Remplie de dévouement pour recevoir le Seigneur accompagné de ses disciples, Marthe déployait une grande activité, afin de le bien recevoir. Certes ce n’était pas peu de chose que ce service ; personne ne savait l’apprécier mieux que Jésus. Marie, la sœur de Marthe, avait à cœur autant qu’elle le bien-être de son hôte aimé, mais elle manifestait son attachement à Jésus d’une autre manière encore ; il est dit d’elle : « Qui aussi, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole ». Non seulement elle le recevait, mais aussi elle l’écoutait. « Voici, écouter est meilleur que sacrifice, prêter l’oreille, meilleur que la graisse des béliers », avait dit le prophète (1 Samuel 15:22). À première vue, l’activité de Marthe peut paraître plus utile et plus à propos que l’attitude de Marie. C’est même, en pareil cas, l’appréciation d’un grand nombre de personnes aujourd’hui. Mais telle n’est pas celle de Jésus ; pour que notre jugement soit vrai, il faut qu’il se rapporte à celui du Seigneur. En toutes choses nous devons rechercher sa pensée et nous y conformer. Mécontente de sa sœur qui lui laissait tout le soin de recevoir ses hôtes, Marthe vient à Jésus et se plaint : « Ne te soucies-tu pas de ce que ma sœur me laisse toute seule à servir ? Dis-lui donc qu’elle m’aide. Et Jésus, lui répondant, dit : Marthe, Marthe, tu es en souci et tu te tourmentes de beaucoup de choses, mais il n’est besoin que d’une seule ; et Marie a choisi la bonne part qui ne lui sera pas ôtée » (v. 40-42).
Le mal, chez Marthe, n’était pas de servir, bien au contraire ; mais son service prenait tout son cœur (v. 40) : « Marthe était distraite par beaucoup de service ». Tout ce qui nous détourne de la personne de Jésus nuit, même le service, comme dans le cas de Marthe. C’est lui qui doit avoir la première place dans nos cœurs ; sans cela nous ne pouvons faire de progrès dans sa ressemblance. Au lieu d’être distraite, Marie écoutait la parole de Jésus, assise à ses pieds ; elle avait choisi une part qui ne lui serait point ôtée, ni ici-bas, ni dans l’éternité ; tandis que le service sera supprimé. Si, au lieu de jouir de Christ en le servant, on est distrait de lui par le service, il ne restera rien ; car, dans le ciel, le service ne pourra pas occuper le cœur qui n’aura que Jésus pour objet.
La chose importante, en attendant le retour du Seigneur, est de rester à ses pieds pour écouter sa Parole. Le service occupe une grande place dans la vie du chrétien ; c’est sa vie tout entière : « Ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance, afin que nous marchions en elles » (Éphésiens 2:10). Mais avant de servir, il faut s’arrêter aux pieds du Seigneur pour écouter sa Parole. Il nous faut sa pensée pour comprendre ce qu’il demande de nous et pour savoir l’accomplir. Il faut que la personne de Jésus ait du prix pour le cœur, afin que nous appréciions sa Parole. Il faut le connaître, jouir de lui, de son amour, pour ne pas courir le risque de nourrir nos âmes de ce que nous faisons pour lui. En faisant ainsi, nous aurons l’intelligence nécessaire pour connaître sa volonté. Marie nous en donne un exemple remarquable ; elle servit Jésus dans une circonstance où personne ne pouvait le faire, lorsque, six jours avant la crucifixion, elle l’oignit d’un parfum de nard pur (Jean 12:3-8). Elle avait l’intelligence de ce qui convenait à ce moment, grâce à la communion qu’elle avait réalisée aux pieds du Seigneur ; elle comprenait qu’il allait mourir et voulut, en présence de la haine des hommes, témoigner de ce qu’il était pour son cœur et l’honorer dignement. Aussi fut-elle la seule à faire quelque chose pour sa sépulture (v. 7). Tout service fructueux découle de la connaissance de Christ et de l’attachement à sa personne, qui a un plus grand prix pour le cœur que ce que l’on fait pour lui.
Que Dieu nous donne de ressembler à Marie en jouissant ici-bas déjà de la part que nous aurons dans l’éternité, le Seigneur lui-même, tout en le servant avec le zèle de Marthe, mais sans nous laisser distraire par ce que nous faisons pour lui !
Dans ce récit, nous voyons en Marie l’attitude de ceux qui attendent, dans l’hôtellerie, le retour du Seigneur ; ils ont le cœur occupé de lui en écoutant sa Parole.
(v. 1-13). — Nous retrouvons Jésus en prière. Lorsqu’il eut cessé, un de ses disciples lui dit : « Seigneur, enseigne-nous à prier, comme aussi Jean l’a enseigné à ses disciples. Et il leur dit : Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; donne-nous chaque jour le pain qu’il nous faut ; et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes aussi nous remettons à tous ceux qui nous doivent ; et ne nous induis pas en tentation » (v. 1-4). Les sujets de prières que Jésus donne à ses disciples se rapportaient au temps où ils se trouvaient, tout en présentant les grands principes de ce que nous avons à demander aujourd’hui. La prière a pour objet, en premier lieu, la gloire de Dieu, qui doit être notre préoccupation essentielle. Le Seigneur nous l’enseigne lorsqu’il dit : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Matthieu 6:33).
Ici la première demande est : « Que ton nom soit sanctifié ». Il faut que ceux qui se réclament du nom de Dieu se tiennent à part du mal, n’associent pas ce nom avec la souillure sous quelque forme que ce soit.
« Que ton règne vienne » : désir de ceux qui attendaient l’accomplissement des prophéties, car toutes avaient trait au règne de Dieu. Cet événement paraissait imminent aux jours des disciples, puisqu’ils prêchaient eux-mêmes que le royaume de Dieu s’était approché. Les croyants de l’économie actuelle ont devant les yeux la venue du Seigneur pour enlever les saints avant l’établissement de son règne. Comme nous sommes dans le jour de la grâce, nos prières doivent être en rapport avec ce caractère de Dieu, tout en désirant son règne, afin que les droits de Dieu soient reconnus sur la terre. Mais nous savons que ce règne ne s’établira que par l’exercice des terribles jugements apocalyptiques ; c’est pourquoi, en demandant l’établissement du règne, nous demanderions l’exécution des jugements sur le monde, chose que nous avons à laisser à Dieu, pour nous occuper à faire connaître la grâce à tous.
Les deux premières demandes de cette prière sont donc en rapport avec les intérêts de Dieu : la séparation du mal et l’établissement de ses droits sur la terre.
Vient ensuite ce qui a trait à nos besoins matériels : « Donne-nous chaque jour le pain qu’il nous faut ». Remarquons qu’il est dit : « chaque jour » ; en Matthieu : « aujourd’hui ». C’est l’expression de la dépendance constante qui s’attend à Dieu journellement : on ne demande pas de grandes provisions pour longtemps, mais le pain qu’il faut chaque jour. Quel repos cela donne de pouvoir s’adresser pour cela à celui qui sait que nous avons besoin de ces choses, dont l’amour s’occupe de nos intérêts matériels aussi bien que de nos intérêts spirituels. Sachant cela, nous pouvons bien rechercher premièrement les intérêts de notre Père.
« Remets-nous nos péchés, car nous-mêmes aussi nous remettons à ceux qui nous doivent ». Il s’agit ici du gouvernement de Dieu dans la vie et non du pardon des péchés pour l’éternité. C’est demander à Dieu qu’il ne nous fasse pas porter les conséquences de nos péchés, comme nous, nous devons pardonner à ceux qui nous font tort et remettre leurs dettes à nos débiteurs. Mais cette demande suppose la droiture chez celui qui la fait ; car, pour compter sur un exaucement, il faut avoir bonne conscience ; seul celui qui remet à ceux qui lui doivent peut demander à Dieu de lui remettre ses péchés, en vertu de ce principe : « De la mesure dont vous mesurerez, il vous sera mesuré en retour ».
« Ne nous induis pas en tentation » : ne permets pas que nous soyons placés dans les circonstances où nous succomberions à la tentation, ce qui arriva à Pierre lorsqu’il renia le Seigneur. Dieu peut permettre que nous tombions, pour nous apprendre, par ce moyen, ce que nous aurions dû apprendre par sa Parole, si nous l’avions écoutée.
En dehors de ces sujets de prières en rapport avec la position où se trouvaient les disciples, Jésus leur montre que la prière doit exprimer des besoins sentis, présentés avec foi et persévérance, à mesure qu’ils se produisent. Il donne pour cela l’exemple de quelqu’un qui, vers minuit, reçoit la visite d’un ami et, manquant de vivres, va auprès d’un de ses amis malgré l’heure tardive pour lui demander trois pains. Cet ami étant déjà au lit, ne paraît pas disposé à lui donner ce qu’il réclame : « Ne m’importune pas », dit-il ; « la porte est déjà fermée, et mes enfants sont au lit avec moi ; je ne puis me lever et t’en donner ». Jésus ajoute : « Je vous dis que, bien qu’il ne se lève pas et ne lui en donne pas parce qu’il est son ami, pourtant, à cause de son importunité, il se lèvera et lui en donnera autant qu’il en a besoin » (v. 7-8). Cet exemple nous enseigne que, si un homme se laisse fléchir par l’insistance d’un ami qui lui présente ses besoins, combien plus Dieu le Père répondra-t-il à la prière de la foi ! Si un homme cède à l’importunité d’autrui, Dieu, qui n’est jamais importuné par la prière, donnera ce qu’il sait être bon à ceux qui s’adressent à lui avec confiance. Comme conclusion, Jésus ajoute : « Et moi, je vous dis : Demandez, et il vous sera donné ; cherchez, et vous trouverez ; heurtez, et il vous sera ouvert ; car quiconque demande, reçoit ; et celui qui cherche, trouve ; et à celui qui heurte, il sera ouvert » (v. 9-10). Dieu sait que nous sommes sans capacité et sans ressources quant à nous-mêmes, et il se plait à satisfaire à nos besoins divers, en tant que ce que nous lui demandons répond à sa volonté. Nous pouvons toujours compter sur l’amour de Dieu pour nous donner ce qui nous est nécessaire, et si même il ne nous répond pas selon nos désirs, il nous répondra selon son amour ; mais il le fera toujours de manière à ne pas nuire à nos intérêts spirituels qui sont éternels. Un père ne donnera pas à son fils une pierre, s’il lui demande un pain, ni un serpent s’il lui demande un poisson, ni un scorpion s’il lui demande un œuf. Nous pouvons donc être certains que c’est ce que Dieu nous donne qui est bon. Aussi, Jésus dit : « Si donc vous qui êtes méchants, vous savez donner à vos enfants des choses bonnes, combien plus le Père qui est du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » (v. 12-13). Puisqu’un homme pécheur agit envers son fils selon ses sentiments paternels, combien plus le Père céleste agira-t-il selon son amour.
Dans cet évangile, il est question du Saint Esprit, car il devait venir comme personne et comme puissance, afin que les disciples puissent accomplir leur service ; en effet, le Saint Esprit, comme personne, n’était pas encore sur la terre. Nous savons qu’il est ici-bas depuis le jour de la Pentecôte ; c’est pourquoi nous n’avons plus à le demander. On voit qu’à tous égards, l’enseignement de Jésus, quant à la prière, se rapportait à la situation des disciples alors, tout en contenant des instructions pour tous les temps.
Dans l’attitude de Marie à la fin du chapitre précédent, qui nous la montre assise aux pieds du Seigneur pour écouter sa Parole, et dans l’enseignement de la prière ici, nous voyons les deux grandes ressources dont le Saint Esprit dispose pour prendre soin des rachetés en attendant le retour du Seigneur, savoir : la Parole et la prière. Ce sont, pour ainsi dire, les deux deniers que le Samaritain donna à l’hôtelier en partant. Si le croyant n’utilise pas ces deux moyens, il perdra son caractère chrétien ; il s’affaiblira spirituellement et cessera bientôt d’attendre le retour du Seigneur.
(v. 14-28). — Jésus chassa un démon qui rendait muette sa victime. Moralement l’homme tombé sous le pouvoir de Satan est muet quant aux choses de Dieu ; elles lui sont inconnues. Seule la connaissance de celui qui est venu le délivrer de ce pouvoir diabolique permet à l’homme d’ouvrir la bouche pour s’exprimer selon Dieu à l’égard de tout et de le louer. Ce miracle étonna les foules. C’est toujours ce qui a lieu à la conversion d’un homme, lorsqu’on l’entend s’exprimer dans le langage des Écritures, lui qui précédemment tenait peut-être des propos inconvenants à leur sujet, à l’égard de Dieu et des croyants, qui avait pu être un personnage grossier. Tout à coup il parle des choses de Dieu avec respect et conviction ; il les présente comme étant l’expression de la vérité ; il prie ; il loue le Seigneur. Chacun s’étonne et l’on ne sait à quoi attribuer ce changement ; on l’explique par tout plutôt que par la puissance de Dieu.
C’est ce qui arriva chez ceux qui furent témoins du miracle opéré par Jésus. Ils ne pouvaient nier le fait ; mais, décidés à ne rien vouloir de Jésus, ils attribuaient à Satan la puissance par laquelle le Seigneur opérait au milieu d’eux. Quelques-uns disent : « Il chasse les démons par Béelzébul, le chef des démons ». D’autres, tout aussi méprisants que les premiers, lui demandent un signe pour l’éprouver, comme si les miracles que Jésus accomplissait ne suffisaient pas pour qu’ils croient en lui, le Messie venu au milieu d’eux avec la puissance nécessaire pour établir son règne en le délivrant de la puissance du diable et des conséquences de leurs péchés. Jésus répond à l’absurdité de leurs raisonnements en disant : « Tout royaume divisé contre lui-même sera réduit en désert ; et une maison divisée contre elle-même tombe ; et si Satan aussi est divisé contre lui-même, comment son royaume subsistera-t-il ? parce que vous dites que je chasse les démons par Béelzébul » (v. 17-18). C’est triste de constater que l’homme doué d’une intelligence dont il se vante tant, puisse avancer les raisonnements les plus ineptes dès qu’il s’agit de s’opposer à la vérité. Jésus leur dit encore : « Si c’est par Béelzébul que moi je chasse les démons, vos fils, par qui les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges ». Si les Juifs admettaient que les hommes, leurs fils, chassaient les démons — et ils pouvaient le faire au nom de Jésus — par qui les chassaient-ils donc ? C’est pourquoi ils les jugeraient. « Mais », dit Jésus, « si je chasse les démons par le doigt de Dieu, alors le royaume de Dieu est parvenu jusqu’à vous » (v. 20). La culpabilité du peuple éclate en plein par l’accusation qu’ils portaient contre Jésus, puisque, par lui, le royaume de Dieu était parvenu jusqu’à eux. Comment s’étonner de tout ce que les Juifs ont souffert et souffriront encore pour avoir refusé de reconnaître leur Messie dans la personne du Seigneur ? L’homme fort, Satan, revêtu de son armure, avait beau garder son palais ; un plus fort que lui, Jésus, était venu, l’avait vaincu lors de la tentation au désert et il pillait ses biens en délivrant les hommes de son pouvoir ; mais le peuple ne voulait pas le reconnaître ; il restait sous ce pouvoir.
« Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; et celui qui n’assemble pas avec moi, disperse » (v. 23). La personne de Jésus était la pierre de touche de toute l’œuvre qui s’accomplissait, alors comme aujourd’hui. C’est avec lui qu’il faut travailler et rassembler dans ce monde pour agir selon la pensée de Dieu, principe très important actuellement. Beaucoup rassemblent des prosélytes autour d’eux-mêmes ou de certaines doctrines, même scripturaires ; mais, pour faire un bon travail, il faut rassembler avec Jésus ; il faut que sa Parole ait du prix, que son autorité soit reconnue, parce que rassembler sans lui, c’est opérer un rassemblement sans lien ; c’est la dispersion.
« Quand l’esprit immonde est sorti d’un homme, il va par des lieux secs, cherchant du repos ; et n’en trouvant point, il dit : Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti. Et y étant venu, il la trouve balayée et ornée. Alors il va, et prend sept autres esprits plus méchants que lui-même ; et étant entrés, ils habitent là ; et la dernière condition de cet homme-là est pire que la première » (v. 24-26). Une certaine œuvre peut s’accomplir dans une âme ; des effets peuvent se produire ; mais si le moyen n’est pas Jésus, par l’action de la Parole, l’ennemi, qui n’abandonne pas ainsi sa proie, reviendra et trouvera en celui chez qui certaines bonnes dispositions ont pu se manifester, un terrain propre pour accomplir son œuvre et rendre sa condition pire que la précédente. Voilà un avertissement sérieux pour ceux qui se confient en leurs propres efforts, qui veulent travailler au bien en rejetant Christ et la vérité de sa Parole : ils peuvent obtenir certains résultats, apparents au moins, mais ils ne soutiendront pas les nouveaux assauts de l’ennemi. Il n’y a qu’un moyen d’être délivré du mal, de la puissance de Satan, de ses péchés, du jugement à venir : c’est de recevoir Jésus pour son Sauveur, pour sa vie. Celui qui possède cette vie, possède la vie de l’Homme fort qui a pillé les biens de Satan, et Satan ne peut le vaincre tant qu’il la lui oppose.
La condition de celui en qui le méchant esprit revient avec sept esprits plus mauvais que lui, sera celle du peuple juif, rentré en Palestine dans son incrédulité ; sa condition sous la puissance de Satan sera sept fois pire que celle dans laquelle il se trouvait lorsqu’il rejeta Jésus. Le même principe peut s’appliquer à la chrétienté qui, après avoir joui de tous les privilèges que lui apportait l’Évangile, tombera dans l’apostasie et sera la proie de l’ennemi.
En entendant les paroles de Jésus, une femme s’écria : « Bienheureux est le ventre qui t’a porté, et les mamelles que tu as tétées ». En d’autres termes : « Bienheureuse celle qui fut ta mère ! » Jésus répondit : « Mais plutôt, bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (v. 27-28). Là encore Jésus remet les choses au point ; car ce qui rend quelqu’un bienheureux dans ce monde, ce qui peut être la part de chacun, c’est d’écouter la parole de Dieu et de la mettre en pratique. La part de la mère de Jésus était belle, sans doute, mais elle était unique ; elle ne pouvait se partager avec personne. Il ne faut se laisser détourner de la vérité par quoi que ce soit ; l’ennemi a su tirer habilement parti de l’attention pieuse qu’on a portée sur la mère de Jésus, en donnant à la vierge Marie une si grande place dans l’Église, en sorte qu’un grand nombre d’âmes ont été détournées de la vérité, telle qu’elle est dans la parole de Dieu, où toute la place est donnée à Christ, lui qui doit avoir toute la place dans le cœur. Le nombre est grand de ceux auxquels le Seigneur pourrait dire aujourd’hui : « Mais plutôt bienheureux ceux qui viennent directement à moi en écoutant la parole de Dieu et en la mettant en pratique ». Qu’il s’agisse du salut ou de la force nécessaire pour triompher du mal, la ressource ne se trouve qu’en Jésus seul. Dieu répète à tous ce qu’il dit aux disciples : « C’est ici mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir, écoutez-le ». Souvenons-nous que, la voix s’étant fait entendre, « Jésus se trouva seul ». Lui seul suffit.
(v. 29-32). — Voyant les foules s’amasser autour de lui, Jésus répondit à ceux qui lui demandaient un signe au v. 16 : « Cette génération est une méchante génération ; elle demande un signe ; et il ne lui sera pas donné de signe, si ce n’est le signe de Jonas » (v. 29). Matthieu 12:40, présente Jonas comme signe de la mort de Jésus ; ici, comme au v. 41 de Matthieu 12, nous le voyons comme prophète auquel des païens prêtent l’oreille, tandis que Jésus, au milieu de son propre peuple, n’est pas écouté. La reine de Shéba vint des bouts de la terre pour entendre Salomon ; toute la sagesse du grand roi l’émerveilla ; Jésus dit : « Et voici, il y a ici plus que Salomon », celui dont Salomon, avec toute sa sagesse, n’était qu’une faible image ; cependant les Juifs l’ont rejeté. C’est pourquoi : « Des hommes de Ninive se lèveront au jugement avec cette génération et la condamneront ; car ils se sont repentis à la prédication de Jonas, et voici, il y a ici plus que Jonas » (v. 30-32). Il y avait au milieu du peuple celui au nom duquel Jonas avait parlé aux Ninivites. Quelle responsabilité de ne l’avoir pas écouté !
Combien de païens pourront aussi se lever au jour du jugement pour condamner un grand nombre de chrétiens de nom, jeunes ou vieux, qui se seront contentés de leur profession chrétienne sans croire en lui, ou qui auront discuté sur sa personne venue en chair, niant sa divinité, niant aussi l’inspiration des Écritures par lesquelles seules nous pouvons connaître le Seigneur. Dieu veuille qu’aucun de nos lecteurs ne s’expose à la honte d’une telle condamnation au jour du jugement !
(v. 33-36). — Après avoir dit qu’il y avait au milieu des Juifs plus que Jonas et plus que Salomon, Jésus ajoute : « Or personne, après avoir allumé une lampe, ne la met dans un lieu caché, ni sous le boisseau, mais sur le pied de lampe, afin que ceux qui entrent voient la lumière » (v. 33). Le Seigneur venu dans le monde était cette lampe ; il était « la lumière du monde » (Jean 8:12). Dieu l’avait placé ici-bas de manière que tous pouvaient voir briller cette lumière. Les prophètes l’avaient annoncé ; tout ce qu’ils avaient dit avait eu son accomplissement ; Jean le Baptiseur l’avait précédé, selon les Écritures, pour préparer les cœurs afin que tous le reçoivent. Tous les caractères de Christ, ses actes, ses paroles rendaient témoignage de ce qu’il était. Dieu n’avait rien négligé pour que son Fils soit reconnu ; la lumière avait brillé de tout son éclat, mais une chose était nécessaire pour qu’elle produise ses effets en ceux qui la voyaient : 1’œil simple, 1’œil de la foi qui s’arrête sur Jésus en toute simplicité, en écartant toute autre considération et tout autre raisonnement. Ils n’avaient pas l’œil simple, ceux qui disaient : « Enquiers-toi, et vois qu’un prophète n’est pas suscité de Galilée » (Jean 7:52), ou : « N’est-ce pas ici Jésus, le fils de Joseph, duquel nous connaissons le père et la mère ? Comment donc celui-ci dit-il : Je suis descendu du ciel ? » (Jean 6:42), et tant d’autres raisonnements que l’incrédulité est toujours habile à fournir. Un œil simple est, dans la nature, un œil qui ne peut fixer qu’un objet à la fois ; c’est le cas pour 1’œil humain. Spirituellement il doit en être ainsi. L’œil de la foi ne voit que Jésus, présenté dans les Écritures.
Après avoir parlé de lui-même comme d’une lampe qui brille dans la maison, Jésus parle (v. 34-36) de ceux en qui brille cette lumière : « La lampe du corps, c’est ton œil ; lorsque ton œil est simple, ton corps tout entier aussi est plein de lumière ». L’œil est simple si l’on reçoit Jésus par la foi, tel que Dieu le présente. Dans ce cas, le corps tout entier sera éclairé ; tous les raisonnements tomberont. Mais si l’œil est méchant, on ne reçoit pas Christ. L’entendement est obscurci, l’âme reste dans les ténèbres, ainsi que le corps tout entier. Comme Jésus était la lumière qui a brillé en celui qui le reçoit dans toute sa beauté, celui-ci devient aussi lumière. « Vous êtes lumière dans le Seigneur » (Éphésiens 5:8). « Vous êtes la lumière du monde » (Matthieu 5:14). Pour que cette lumière se manifeste purement et avec éclat, il faut qu’elle déploie dans le croyant tous ses effets, que son être tout entier en soit pénétré, afin qu’elle règle sa marche. Si cette action intérieure ne se produit pas, il peut y avoir certains effets extérieurs, pour un temps, sans foi, sans vie ; ensuite les ténèbres s’emparent de l’âme et la plongent dans une obscurité définitive. C’est ce que dit le Seigneur par cet avertissement : « Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres ».
Grand privilège que de pouvoir manifester la lumière de Dieu au milieu de ce monde plongé dans les ténèbres, parce qu’il a rejeté la lumière, lorsqu’elle vint dans toute sa beauté en Christ, homme ici-bas ! Puissions-nous tous avoir les yeux fixés toujours simplement sur le Seigneur pour être remplis de lumière, ainsi qu’il le dit lui-même : « Comme quand la lampe t’éclaire de tout son éclat » !
(v. 37-54). — Jésus parlait encore, quand un pharisien le pria de dîner chez lui. Comme il se mettait à table, son hôte s’étonna de ce que Jésus ne se lavait pas les mains auparavant, car ces gens-là mettaient une grande importance à l’observation de tous les détails relatifs aux cérémonies de leur religion ; cela leur donnait une apparence de grande sainteté que leur conduite envers Dieu ne justifiait nullement. Connaissant ces pensées pharisaïques, Jésus dévoile et juge cette hypocrisie : « Pour vous, pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, mais au dedans vous êtes pleins de rapine et de méchanceté. Insensés ! celui qui a fait le dehors, n’a-t-il pas fait le dedans aussi ? Mais donnez l’aumône de ce que vous avez ; et voici, toutes choses vous seront nettes » (v. 39-41). La religion de formes, sans la vie de Dieu, éprouve beaucoup de scrupules ; elle attache une grande valeur à des choses qui ont pour seul mérite d’être vues des hommes, mais qui, à cause de cela, n’en ont aucune pour Dieu. C’est la pureté du dedans qui importe. Inutile de vouloir cacher à Dieu l’intérieur par des apparences, car c’est lui qui a fait le dedans, et il le voit comme le dehors. Il faut purifier le cœur premièrement, pour avoir une marche pure. Pierre dit : « Ayant purifié vos âmes par l’obéissance à la vérité, pour que vous ayez une affection fraternelle sans hypocrisie, aimez-vous l’un l’autre ardemment, d’un cœur pur... » (1 Pierre 1:22). C’était ce qui manquait à ces pharisiens et à ceux qui se contentent d’une religion de formes, d’une apparence qui recouvre un cœur souillé plein de rapine et de méchanceté. Si l’on a affaire avec Dieu pour ce qui est intérieur, il en ira de même pour l’extérieur ; cela découlera du reste tout naturellement de l’état du cœur. Tout pouvait être net pour les pharisiens s’ils manifestaient un amour vrai, s’ils pratiquaient la charité au moyen de leurs biens. Car ce qui souille devant Dieu, c’est le péché, la désobéissance aux lois qu’il a établies ; si l’on en est purifié, on pratiquera le bien et tout sera net.
Dans les v. 42-44, Jésus prononce des « malheurs » sur l’hypocrisie qui caractérisait leur vie. Dieu ne pouvait plus le supporter. Ils payaient la dîme de certains herbages, d’une valeur insignifiante, et ils négligeaient le jugement et l’amour de Dieu, d’où aurait découlé une vie de réelle consécration à Dieu. Ils recherchaient leur propre gloire ; ils occupaient les premiers sièges dans les synagogues et recherchaient les salutations en public. Les hommes pouvaient les prendre pour des saints, tandis que Jésus les compare à des sépulcres blanchis que l’on foule sans se rendre compte que l’intérieur est plein de corruption.
Seul le sang de Christ purifie le cœur ; ensuite, il faut le jugement continuel de soi-même pour que la marche extérieure réponde à cette pureté du cœur devant Dieu.
En entendant les paroles de Jésus aux pharisiens, un docteur de la loi lui dit : « Maître, en disant ces choses tu nous dis aussi des injures » (v. 45) Cette observation donne occasion à Jésus d’exposer le véritable état de ces docteurs qui enseignaient la loi au peuple. C’est facile de prêcher aux autres et d’exiger d’eux l’observation des Écritures ; mais, pour que l’enseignement profite, il faut montrer par soi-même qu’il est possible d’accomplir ce que l’on exige d’autrui. C’est ce que ces docteurs étaient loin de faire. Ils ne touchaient pas du doigt les fardeaux dont ils chargeaient les hommes.
Ils paraissaient aussi honorer les prophètes que leurs pères avaient tués, en leur bâtissant des tombeaux, tandis que la véritable manière de les honorer aurait été d’observer ce qu’ils avaient dit et de recevoir celui qu’ils avaient annoncé. En ne le faisant pas, ils se solidarisaient avec ceux qui les avaient mis à mort. Ils seraient éprouvés à leur tour, car ils pouvaient raisonner en disant que, si ces prophètes étaient au milieu d’eux, ils ne les traiteraient pas comme leurs pères l’avaient fait. « C’est pourquoi aussi la sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres, et ils en tueront et en chasseront par des persécutions : afin que le sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la fondation du monde soit redemandé à cette génération » (v. 49-50). Dieu leur envoya en effet des prophètes et des apôtres dans la personne des disciples que le Seigneur a laissés après lui, et ils en tuèrent plusieurs, en commençant par Étienne qui leur rappelait comment ils traitèrent ceux qui avaient prédit la venue du Christ (Actes 7). Il peut paraître étrange que Dieu redemande à cette génération le sang de tous les prophètes mis à mort depuis le commencement du monde. Rien n’est plus naturel. Si les premiers hommes qui ont tué un juste ou un prophète s’étaient repentis en jugeant leur mauvaise voie, ainsi que leurs descendants, Dieu leur aurait pardonné. Mais si, au lieu de se repentir, leurs descendants continuent dans la même voie que leurs pères, après la longue durée de la patience de Dieu qui s’est prolongée de génération en génération, le jugement les atteint, car leur conduite n’a pas varié. Dans le cas d’Israël, plus la patience de Dieu fut grande, moins ils écoutaient et plus leur responsabilité s’aggravait. Ainsi les jugements seront terribles sur les générations de la fin ; qui n’auront tiré aucun profit des expériences faites par celles qui les auront précédées. Cette manière d’agir de Dieu, au lieu d’être injuste, comme certains raisonneurs osent le dire, fait ressortir sa longue patience et sa bonté, puisqu’il aura attendu des milliers d’années avant d’exécuter ses jugements.
Au v. 52, le Seigneur répète un troisième « malheur » contre ces docteurs de la loi, parce que, au lieu de croire et de pratiquer ce qu’ils enseignaient, ils enlevaient la clef de la connaissance : « Vous n’êtes pas entrés vous-mêmes, et vous avez empêché ceux qui entraient ». Ils auraient dû écouter le Seigneur et conduire à lui ceux qu’ils enseignaient, ainsi que le fit Jean le Baptiseur, lorsqu’il dit devant ses disciples : « Voilà l’Agneau de Dieu ! » Ses disciples suivirent Jésus.
Au lieu de profiter des paroles qu’ils entendaient, les scribes et les pharisiens tendaient des pièges à Jésus, en le provoquant à parler pour chercher à le trouver en défaut. C’est ce qui arrive souvent : au lieu d’accepter les reproches qui nous sont adressés, on cherche à prendre en faute ceux qui les formulent, moyen de se justifier qui augmente la culpabilité. Si, au contraire, nous acceptons les observations et les réprimandes qui peuvent nous être adressées, nous pouvons juger ce qui est mal dans notre conduite et ensuite pratiquer le bien.
(v. 1-12). — Malgré l’opposition des chefs du peuple, les foules se rassemblaient par milliers autour de Jésus, au point que les assistants s’écrasaient les uns les autres. Cependant c’est à ses disciples que Jésus s’adresse. Il leur donne les instructions nécessaires pour l’accomplissement de leur service après son départ. Il les met en garde contre le levain des pharisiens qui est l’hypocrisie, ce mal qui les caractérisait et à cause duquel il avait prononcé sur eux les « malheurs » du chapitre précédent. Il appelle l’hypocrisie un « levain » parce que ce principe du mal pénètre facilement ceux qui sont en contact avec lui, chose vraie aussi de tout péché.
Pour vivre dans l’hypocrisie, il faut oublier que Dieu voit tout, connaît tout, et qu’il faudra avoir affaire avec lui un jour, alors que tout ce qui a été caché, à soi et aux hommes, viendra en évidence devant la lumière éclatante du tribunal de Dieu. C’est pourquoi Jésus ajoute : « Il n’y a rien de couvert qui ne sera révélé, ni rien de secret qui ne sera connu. C’est pourquoi toutes les choses que vous avez dites dans les ténèbres seront entendues dans la lumière, et ce dont vous avez parlé à l’oreille dans les chambres sera publié sur les toits » (v. 2-3). Le croyant a le privilège de vivre dans la présence de Dieu, sachant qu’il connaît toutes les pensées secrètes de son cœur ; aussi il ne cherche pas à lui cacher quoi que ce soit. L’œuvre de Christ l’a placé dans la lumière, et il doit y vivre pratiquement. Les disciples allaient avoir à souffrir pour le nom du Seigneur ; tout croyant doit s’y attendre et cette part pourrait être la nôtre aussi. Quand sévissent persécutions et opprobre, on peut chercher à les éviter en ne rendant pas ouvertement témoignage. C’est pourquoi Jésus dit : « Mais je vous dis à vous, mes amis : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui après cela ne peuvent rien faire de plus ; mais je vous montrerai qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne : oui, vous dis-je, craignez celui-là » (v. 4, 5 ) Ce n’est pas avec les hommes que nous aurons affaire au dernier jour, en sorte que, maintenant comme alors, il s’agit d’avoir toujours Dieu devant soi et de ne pas craindre l’homme dont le pouvoir ne s’étend pas au delà de la mort.
Beaucoup de croyants, les « martyrs », mot qui signifie « témoins », ont reçu la grâce d’être fidèles. Craignant Dieu, ils n’ont pas redouté les hommes, malgré les tortures et les morts terribles qu’ils enduraient ; aussi ils auront éternellement la couronne de vie promise à ceux qui donnent leur vie pour le Seigneur (Apocalypse 2:10). Ce Dieu, qu’il faut craindre plutôt que les hommes, veille avec bonté sur toutes ses créatures, même sur celles qui ont si peu de valeur aux yeux de leurs semblables, tels que les passereaux. On vendait cinq de ces oiseaux pour deux sous, ce qui faisait environ deux centimes pièce, et cependant, Jésus, qui rappelle cela, dit : « Pas un seul d’entre eux n’est oublié devant Dieu ». Pour montrer la sollicitude infinie de Dieu envers ses bien-aimés, il dit : « Mais les cheveux même de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc pas : vous valez mieux que beaucoup de passereaux » (v. 6-7). Les rachetés ont été acquis au prix du sang du Fils de Dieu ; c’est ce qui leur donne une si grande valeur, et Dieu s’occupe d’eux avec l’amour qu’il a pour son propre Fils, en qui il les voit toujours. C’est pourquoi ils n’ont rien à craindre.
En effet, cher lecteur, ne craignons pas de rendre témoignage franchement devant le monde. Le temps est court, profitons-en ; craignons Dieu en pensant à son amour pour nous, au sacrifice de son propre Fils, aux souffrances que notre Sauveur a endurées pour expier nos péchés, et nous ne reculerons pas devant l’opprobre et la crainte des hommes ; nous n’aurons pas toujours ceux-ci devant les yeux. Le moment s’approche où toutes les conséquences de notre marche ici-bas et de notre témoignage seront manifestées. Le Seigneur dit : « Quiconque m’aura confessé devant les hommes, le Fils de l’homme le confessera aussi devant les anges de Dieu ; mais celui qui m’aura renié devant les hommes sera renié devant les anges de Dieu » (v. 8-9). Dieu veut que la lumière qui manifestera tout au jour du jugement éclaire déjà les siens dans le chemin, afin qu’ils ne se laissent pas détourner par les pensées et l’appréciation des hommes, gouvernés par des considérations matérielles et visibles.
En pensant à l’opposition que les disciples rencontreraient dans l’accomplissement de leur service, Jésus dit qu’il sera pardonné à quiconque parlera contre le Fils de l’homme. C’était là le péché des Juifs qui rejetaient Jésus pendant qu’il était au milieu d’eux ; mais, après le ministère de Jésus, il y aurait celui du Saint Esprit par les disciples. Si quelqu’un proférait des paroles injurieuses contre le Saint Esprit, venu dans ce monde pour rendre témoignage à Jésus ressuscité, il ne lui serait pas pardonné. Jésus dit de ceux qui le crucifiaient : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (chap. 23:34). En réponse à cette prière, Dieu prit patience envers les Juifs avant de les disperser parmi les nations et de détruire Jérusalem. Individuellement, tous ceux qui crurent pendant ce temps reçurent le pardon, il y en eut trois mille en un seul jour (Actes 2:41) ; tous ceux-là sortirent d’Israël et furent ajoutés à l’Assemblée. Le Saint Esprit étant venu rendre témoignage, par les disciples, à toutes les gloires de Jésus et aux effets de sa mort, personne ne pouvait prétexter son ignorance. C’est pourquoi le rejet du témoignage que le Saint Esprit rendait, par le moyen des apôtres, a déterminé le jugement tombé sur les Juifs comme nation.
Lorsque les disciples rendraient leur témoignage devant les synagogues, les magistrats et les autorités, c’était tellement le témoignage du Saint Esprit qu’ils n’avaient pas à être en souci de ce qu’ils auraient à dire, « car », dit Jésus, « le Saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faudra dire » (v. 11-12). L’opposition qu’ils rencontreraient serait réellement l’opposition au Saint Esprit.
(v. 13-21). — Quelqu’un vint prier Jésus d’intervenir entre lui et son frère pour partager leur héritage. Jésus lui répondit : « Homme, qui est-ce qui m’a établi sur vous pour être votre juge et pour faire vos partages ? » (v. 14) Le Seigneur n’était pas dans ce monde pour favoriser les hommes dans leurs intérêts matériels. Il était venu ouvrir le chemin du ciel aux pécheurs, au travers d’un monde ruiné et perdu, dans lequel il faut détourner ses regards des choses matérielles, toutes précieuses et légitimes qu’elles soient à nos yeux. C’est ce que Jésus va montrer. Il dit tout d’abord : « Voyez, et gardez-vous de toute avarice ; car encore que quelqu’un soit riche, sa vie n’est pas dans ses biens » (v. 15). Le Seigneur discernait que l’avarice gouvernait le cœur de ces hommes qui ne pouvaient partager seuls leur héritage ; elle attache le cœur aux choses de la terre. Or nous devrons abandonner, tôt ou tard, les biens matériels, tandis que l’âme subsistera toujours sans eux. Donc la question importante pour tout homme ici-bas concerne la vie, cette vie qui n’est pas dans les biens et que l’on peut perdre pour l’éternité en s’attachant aux richesses de ce monde.
Jésus démontre le sérieux de cette vérité dans la parabole de l’homme riche dont les champs avaient rapporté en si grande abondance qu’il avait dû abattre ses greniers pour en bâtir de plus grands, afin d’y amonceler toutes ses récoltes. Une fois en possession de ces richesses, il avait pu dire : « Mon âme, tu as beaucoup de biens assemblés pour beaucoup d’années ; repose-toi, mange, bois, fais grande chère. Mais Dieu lui dit : Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée ; et ces choses que tu as préparées, à qui seront-elles ? » (v. 19-20). Le Seigneur qualifie d’insensé l’homme qui raisonne de la sorte, aveuglé par les richesses matérielles au point d’oser disposer de l’avenir en promettant à son âme des jouissances pour beaucoup d’années. Il ne tient aucun compte du fait que la durée de son existence ici-bas lui demeure inconnue. Puis il semble ignorer que son âme vivra éternellement ; il ne lui faut donc pas des jouissances pour « beaucoup d’années », encore qu’elles lui seraient accordées, mais bien pour l’éternité, et elles ne se trouvent pas dans les biens matériels qu’on devra abandonner un jour. Le Seigneur Jésus était au milieu des hommes la source de la vie et du bonheur éternels, et non un juge pour partager des biens que l’on peut laisser d’un instant à l’autre. On comprend qu’il appelle « insensé » celui qui ne se préoccupe que des jouissances d’un instant, sans se mettre en souci de son avenir. Puisque l’homme a perdu la vie par le péché et que toute la création gémit sous les conséquences de sa chute ; puisque cette terre, avec tout ce qu’elle contient, disparaîtra un jour, alors que l’homme existera encore, la grande préoccupation actuelle de chacun de nous doit être son avenir éternel, la situation qu’il aura, quand tout ce qu’il voit n’existera plus. Il est, en effet, insensé s’il se laisse détourner de cette question vitale, de toute importance, en ne se préoccupant que de son bien-être matériel durant les quelques années de son passage ici-bas, si même il a des années pour en jouir. Ce ne fut pas le cas pour l’homme de la parabole, puisque son âme lui fut redemandée la nuit même qui suivit le jour où il formait ses plans. Il avait préparé des richesses pour d’autres qui devraient aussi les laisser à leur tour, et continuer leur existence dans le lieu où elles n’ont aucune valeur, que ce soit celui des tourments ou celui du bonheur. Jésus ajoute : « Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche quant à Dieu » (v. 21). L’homme riche quant à Dieu se laisse enrichir, par Dieu, d’une vie éternelle et des biens qui lui appartiennent.
De nos jours, ces « insensés » sont nombreux. Ils oublient que le fil de leur vie peut être coupé d’un instant à l’autre ; ils ne pensent pas que mourir n’est pas cesser d’exister, car l’âme provient du souffle de l’Éternel qui fit devenir Adam « âme vivante », tandis que les animaux arrivèrent à l’existence par la puissance de Dieu, sans qu’il ait soufflé en eux une respiration de vie ; par conséquent, leur existence prend fin au moment où leur corps périt et ils n’ont aucune responsabilité envers Dieu leur Créateur, ce qui n’est pas le cas de l’homme. Ce dernier ayant failli à sa responsabilité, en porte les conséquences éternelles ; mais Dieu, qui est amour, lui donne le temps qu’il passe dans ce monde pour songer à son avenir et accepter la grâce qui lui est offerte dans le don de la vie éternelle. Mais, au lieu d’accepter avec empressement ce don, il agit comme s’il devait toujours rester sur la terre, ou comme si, après la mort, tout était fini.
Les temps actuels sont excessivement sérieux, car nous approchons de la fin du temps de la patience de Dieu. C’est le moment, plus que jamais, de penser que Dieu accorde un délai précieux à quiconque n’a pas encore la vie éternelle, pour l’accepter. C’est pourquoi ce délai, très court, doit être mis à profit. Que tous nous y réfléchissions sérieusement, sans nous laisser distraire par les choses qui se voient, qui ne sont que pour un temps, tandis que celles qui ne se voient pas sont éternelles, que ce soit le malheur ou le bonheur !
(v. 22-31). — Si le cœur ne doit pas être détourné de Dieu par les richesses, il ne doit pas l’être non plus par les soucis pour la vie de chaque jour. Jésus dit à ses disciples : « À cause de cela, je vous dis : Ne soyez pas en souci pour la vie, de ce que vous mangerez ; ni pour le corps, de quoi vous serez vêtus : la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement » (v. 22-23). La confiance en Dieu le Père doit bannir du cœur toute inquiétude. Dieu a donné la vie ; il a formé le corps, c’est lui qui se charge de leur entretien. Il ne s’agit pas de paresse, ni d’indifférence quant aux nécessités de la vie, mais de confiance en Dieu en pensant à l’avenir, afin que le cœur ne soit pas détourné des choses célestes, de nos vrais intérêts qui sont en rapport avec la gloire de Dieu.
Le Seigneur donne en exemple les corbeaux : « Ils n’ont pas de cellier ni de grenier ; et Dieu les nourrit : combien valez-vous mieux que les oiseaux ! » (voir Job 39:3 et Psaume 147:9, passages auxquels celui-ci fait allusion). Le corbeau n’a aucun souci pour la vie ; il trouve chaque jour ce que Dieu lui a préparé. Pourquoi le croyant se mettrait-il en souci, puisqu’il est l’objet de l’amour de Dieu et qu’il connaît cet amour, ignoré d’un oiseau ?
Personne ne saurait non plus, par le souci qu’il s’en ferait, ajouter une coudée à sa taille. C’est Dieu qui donne au corps humain son développement ; personne ne peut y rien ajouter. Si quelqu’un l’allongeait d’une coudée (environ 45 centimètres), il croirait avoir fait une grande chose ; Jésus dit au contraire : « Si donc vous ne pouvez pas même ce qui est très petit, pourquoi êtes-vous en souci du reste ? » Il faut tout abandonner à Dieu. Que l’on soit de grande ou de petite taille, ce n’est pas là ce qui importe à Dieu, mais bien la vie. Pour l’entretenir, il a créé tout ce qu’il faut, tant à l’homme qu’à la bête. Dieu sait aussi que le corps n’a pas seulement besoin de nourriture, mais aussi de vêtements, nécessité qui provient du péché. C’est Dieu qui, après la chute, a revêtu lui-même Adam et Ève (*), et il continue à y pourvoir pour nous. À cet égard, Dieu veut que les siens n’éprouvent pas plus de souci que les lis, vêtus, dit le Seigneur, plus magnifiquement que Salomon dans toute sa gloire, et il ajoute : « Et si Dieu revêt ainsi l’herbe qui est aujourd’hui au champ et qui demain est jetée dans le four, combien plus vous vêtira-t-il, gens de petite foi ! » (v. 27-28). Les lis ne se préoccupent pas de leur parure, encore moins que les oiseaux. Si, en gens intelligents, nous avons conscience de notre existence, nous tracasserons-nous de toutes ces choses ? L’intelligence devrait, au contraire, nous amener à une plus grande confiance en Dieu. Hélas ! il n’en est rien pour l’homme naturel, parce que, à cause du péché, son intelligence l’élève au lieu de lui faire comprendre sa dépendance de Dieu, sentiment perdu par la chute et que seul peut éprouver, par la régénération, l’homme renouvelé. La foi compte sur Dieu et lui laisse le soin de pourvoir à tout. Le croyant sait que non seulement Dieu conserve tous les hommes, mais qu’il est son Père, dont l’amour a été manifesté, en rapport avec les besoins de la vie présente et avec ceux de la vie à venir ; il lui ouvre un horizon qui dépasse tout ce qui tient à ce monde perdu et ruiné par le péché. C’est pourquoi le croyant doit se préoccuper du royaume de Dieu, devenu son affaire, et laisser à son Père le soin de tout ce qui le concerne quant aux choses matérielles. C’est pourquoi Jésus dit : « Et vous, ne recherchez pas ce que vous mangerez ou ce que vous boirez, et n’en soyez pas en peine ; car les nations du monde recherchent toutes ces choses, et votre Père sait que vous avez besoin de ces choses ; mais recherchez son royaume, et ces choses vous seront données par-dessus » (v. 29-31).
(*) Nous savons que les vêtements de peau, dont Dieu couvrit nos premiers parents après leur péché, sont une figure du vêtement de justice dont le pécheur doit être revêtu par Dieu pour pouvoir se tenir dans sa présence. Nous ne citons le cas en rapport avec notre sujet que parce que c’est Dieu qui les revêtit.
Les nations du monde ont abandonné Dieu et le connaissent encore moins comme Père ; c’est pourquoi leur cœur est tout entier aux choses de la vie présente. Mais ceux qui connaissent le Père peuvent se confier en lui et chercher les choses qui appartiennent à son royaume, ordre de choses où les droits de Dieu sont reconnus, en contraste avec le monde qui l’a rejeté dans la personne de Jésus. Que tout ce que fait le croyant en pensées, en paroles et en actions, soit accompli selon la volonté et la pensée de Dieu, et lui s’occupera de toutes les autres choses, afin qu’elles ne nous causent pas de distraction.
Ces enseignements du Seigneur font ressortir combien nous sommes souvent loin de les pratiquer Car n’est-ce pas la poursuite des choses matérielles, sous des formes diverses, qui occupe la plus grande place dans nos cœurs, au lieu de la recherche du royaume de notre Père, c’est-à-dire les choses de Dieu ? Non que nous devions négliger le travail et les devoirs de la vie présente, au contraire ; mais nous avons à les accomplir pour le Seigneur et non pour nous-mêmes, nos cœurs attachés aux choses célestes et éternelles que nous a données la grâce de Dieu, alors que nous nous mouvions dans le cercle étroit des choses visibles et périssables, sans espérance pour l’éternité.
(v. 32-40). — Ceux qui avaient reçu Jésus sont appelés « le petit troupeau ». C’est en effet le petit nombre qui a caractérisé les fidèles dans tous les temps. Le Seigneur s’adresse à eux en disant : « Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume ». Quel encouragement pour ces quelques gens faibles et méprisés par la masse. Ils peuvent bien ne pas être en souci pour la vie, puisque leur Père leur a donné le royaume, un royaume qui n’est pas de ce monde, il est vrai, puisqu’il fait d’eux des étrangers ici-bas. Leur conduite doit être en rapport avec leur position et leurs privilèges ; c’est ce que le Seigneur leur enseigne. Non seulement il ne faut pas rechercher les richesses, ni être en souci pour la vie, mais il faut transformer les biens de cette terre, que l’on peut posséder, en trésors célestes, en faisant du bien à ceux qui sont dans le besoin. « Vendez ce que vous avez, et donnez l’aumône ; faites-vous des bourses qui ne vieillissent pas, un trésor qui ne défaille pas, dans les cieux, d’où le voleur n’approche pas, et où la teigne ne détruit pas ; car là où est votre trésor, là sera aussi votre cœur » (v. 33-34). Le chrétien doit se gouverner en rapport avec le ciel ; il n’appartient plus à la terre ; aussi ses trésors ne sont-ils plus d’ici-bas ; autrement son cœur y serait aussi. Ce n’est pas mauvais qu’un chrétien possède des biens de ce monde ; mais il doit les utiliser en vue du ciel, se faire avec eux « des bourses qui ne vieillissent, pas ».
Si le croyant n’est pas de ce monde, si ses biens sont dans le ciel, il doit attendre constamment le Seigneur qui va venir l’introduire là où est son trésor, et, en l’attendant, il doit le servir. Jésus dit : « Que vos reins soient ceints » : c’est l’attitude du serviteur. « Que vos lampes soient allumées » : c’est le témoignage, la manifestation de la vie de Dieu, lumière qui doit briller dans la nuit morale de ce monde en attendant le Seigneur. « Soyez vous-mêmes semblables à des hommes qui attendent leur maître, à quelque moment qu’il revienne des noces, afin que, quand il viendra et qu’il heurtera, ils lui ouvrent aussitôt » (v. 35-36). Le Maître dont l’exemple est donné ne disait pas à ses serviteurs à quelle heure il rentrerait ; c’est pourquoi ils devaient veiller constamment, afin d’être prêts à lui ouvrir à n’importe quelle heure. Nous devons attendre ainsi le Seigneur. Le faisons-nous vraiment ?
Le Seigneur appelle « bienheureux » les esclaves qu’il trouvera veillant. Il dit : « En vérité, je vous dis qu’il se ceindra et les fera mettre à table, et, s’avançant, il les servira. Et s’il vient à la seconde veille, et s’il vient à la troisième, et qu’il les trouve ainsi, bienheureux sont ces esclaves-là » (v. 37-38). Quelle gloire, pour des esclaves d’être servis par leur Seigneur ! Il vaut la peine de l’attendre fidèlement comme de véritables esclaves, ces serviteurs qui sont la propriété de leur maître, sans avoir le droit de disposer de leur personne, ni de leur temps, entièrement au service de celui qui les a achetés. Puissions-nous avoir ce caractère d’esclaves vigilants, l’oreille tendue pour entendre les premiers sons qui font connaître l’approche du Maître ! Le Seigneur va venir ; alors plus de service dans la nuit, plus de vigilance ; ce sera le repos éternel et le Serviteur parfait et glorieux servira les siens à une table éternellement dressée, où ils jouiront de son amour et de tout ce qu’est Jésus lui-même. Avec une telle perspective devant nous, nous pouvons attendre le Seigneur à toute heure. « Vous donc aussi soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le Fils de l’homme vient » (v. 40). Il y a dans ces paroles un avertissement qui ne concerne pas seulement les serviteurs qui attendent leur Maître, mais chacun de ceux qui ne connaissent pas le Seigneur. Aujourd’hui plus que jamais, ces mots : « Soyez prêts » retentissent aux oreilles de tous, car c’est encore le jour de la grâce. C’est un grand privilège que le Seigneur accorde à tous d’entendre son appel. Ceux qui n’y prennent pas garde s’exposent à entendre ces autres mots : « Trop tard », lorsque le temps de la grâce sera passé et que le Seigneur aura fermé la porte.
(v. 41-49). — Dans les versets qui précèdent, Jésus a montré à ses disciples de quelle manière ils ont à l’attendre. Dans ceux qui suivent, en réponse à la question de Pierre : « Seigneur, dis-tu cette parabole pour nous, ou aussi pour tous ? » Jésus montre la responsabilité de ceux auxquels il a confié un service pendant son absence. Il les compare à un économe fidèle et prudent que son maître a établi sur ses domestiques pour leur donner leur nourriture au temps voulu. Ce service consiste à nourrir, par le ministère de la Parole, ceux qui appartiennent au Seigneur. Ceux qui seront trouvés fidèles dans ce service quand le Seigneur viendra, il les établira sur tous ses biens. Au v. 37, il est dit de ceux qui attendent fidèlement le Seigneur, qu’il « les fera mettre à table et les servira ». C’est une récompense plus intime ; tandis que le chrétien fidèle dans l’administration à lui confiée, aura une récompense en rapport avec elle : « Établi sur tous ses biens ». Les personnes fidèles dans l’attente du Seigneur et dans son service auront part à ces deux récompenses, car l’attente du Seigneur se lie intimement au service, comme nous le voyons au v. 45.
Dans les versets 45 à 48, Jésus fait allusion aux personnes qui ont assumé elles-mêmes la responsabilité de serviteur, en s’établissant comme tels dans la maison de Dieu. Du moment qu’elles ont pris cette place, elles en portent la responsabilité et, quoi qu’il en soit, le Seigneur est leur Maître ; mais ne possédant pas la vie, ces serviteurs ne l’attendent pas ; ils disent : « Mon maître tarde à venir ». Il leur manque ce qui peut les maintenir dans la conscience de leurs devoirs, savoir la pensée que d’un instant à l’autre le Maître va venir et qu’il se renseignera sur leur conduite pendant son absence. En perdant de vue le retour de leur Maître et le sentiment de leur responsabilité, ils s’élèvent au-dessus de leurs compagnons de travail, prétendant avoir des droits sur eux ; ils les traitent violemment en cherchant leur satisfaction charnelle ; ils battent les serviteurs et les servantes, mangent et s’enivrent (v. 45). Pierre dit à ceux qui paissent le troupeau de Dieu de ne pas le faire « pour un gain honteux, mais de bon gré, ni comme dominant sur des héritages, mais en étant les modèles du troupeau » (1 Pierre 5:2-3). La conduite que le Seigneur signale ici a caractérisé le clergé dans l’histoire de l’Église romaine surtout. Pour les serviteurs infidèles, comme pour les fidèles, le Seigneur viendra. Comme les premiers ne l’attendent pas, il les surprendra, les coupera en deux et leur donnera leur part avec les infidèles. La récompense étant en rapport avec la fidélité, le jugement le sera avec l’infidélité, et cela, en proportion de la connaissance que l’on aura possédée de la volonté du Maître. Pensée bien solennelle pour ceux qui vivent dans la chrétienté en ayant la connaissance de la vérité telle que l’Évangile l’a révélée, et tout particulièrement ceux qui occupent la place de serviteurs du Seigneur, qu’ils l’aient prise eux-mêmes ou que le Seigneur la leur ait donnée. La responsabilité de tous est incomparablement plus grande que celle des païens. Le Seigneur dit : « Cet esclave qui a connu la volonté de son maître, et qui ne s’est pas préparé et n’a point fait selon sa volonté, sera battu de plusieurs coups ; et celui qui ne l’a point connue, et qui a fait des choses qui méritent des coups, sera battu de peu de coups : car à quiconque il aura été beaucoup donné, il sera beaucoup redemandé ; et à celui à qui il aura été beaucoup confié, il sera plus redemandé » (v. 17-48). Ici, comme dans beaucoup d’autres passages, nous voyons le jugement proportionné aux privilèges reçus et non pas uniforme, comme beaucoup le pensent, en accusant Dieu d’injustice. Dieu établira, selon sa justice parfaite et inflexible, le degré de responsabilité de chacun. Les païens, les sauvages, font des choses abominables, il est vrai ; mais aux yeux de Dieu, ils sont infiniment moins coupables que ceux qui, en apparence, commettent moins de mal dans la chrétienté, mais qui sont loin de vivre à la lumière de la vérité qu’ils connaissent, tout en prétendant servir le Seigneur, sans se conformer à sa Parole et sans attendre son retour.
(v. 49-53). — Si Jésus avait été reçu lorsqu’il vint sur la terre, il aurait apporté la paix que les anges célébraient à sa naissance ; mais la méchanceté des hommes amène l’effet contraire. Jésus dit : « Je suis venu jeter le feu sur la terre ; et que veux-je, si déjà il est allumé ? » Dès le moment du rejet de Jésus, le feu était allumé, c’est-à-dire que le jugement commençait ; le feu en est toujours une figure. Mais le Seigneur vint pour faire connaître aux pécheurs l’amour de Dieu. Pour cela, il devait être baptisé du baptême de la mort, jugement que les coupables avaient mérité. Jésus était à l’étroit dans ses entrailles — figure des affections profondes — jusqu’à l’accomplissement de ce baptême (v. 50), parce qu’il désirait que tous connussent son amour plus pleinement que lorsqu’il se trouvait sur la terre ; en effet, il ne pouvait le manifester comme son cœur le désirait. Par sa mort, Jésus permettait à la grâce d’être connue de tous et partout. Le jugement ayant eu lieu et la justice de Dieu étant satisfaite, sa grâce, son amour, dont Jésus était l’expression au milieu de son peuple qui le rejetait, auraient libre cours dans le monde entier ; la grâce régnerait par la justice (Romains 5:21). Cependant, jusqu’au jour où les jugements délivreraient la terre de tous les méchants, pour établir le règne de paix du Fils de l’homme, il y aurait toujours conflit entre ceux qui recevraient le Seigneur et ceux qui le rejetteraient. « Pensez-vous », dit Jésus, « que je sois venu donner la paix sur la terre ? Non, vous dis-je ; mais plutôt la division. Car désormais ils seront cinq dans une maison, divisés : trois seront divisés contre deux, et deux contre trois ; le père contre le fils, et le fils contre le père ; la mère contre la fille, et la fille contre la mère ; la belle-mère contre sa belle-fille, et la belle-fille contre sa belle-mère » (v. 51-53). C’est, hélas ! le résumé de ce qui s’est passé depuis que l’Évangile a été prêché dans le monde, la division au sein même des familles, brisant les liens les plus étroits selon la nature. Cela résulte de la manifestation de la lumière au milieu des ténèbres ; elle révèle tout, elle montre le mal dans lequel se trouve l’homme ; celui-ci étant orgueilleux, ennemi de Dieu, devient immédiatement persécuteur. Nous voyons par cela combien est grande l’erreur de ceux qui pensent que l’Évangile doit pacifier le monde et que sa prédication doit amener tous les hommes sous le règne de Christ. L’Évangile fait sortir du monde celui qui le reçoit ; la vérité sépare ce qui est de Dieu et de l’homme ; tant que cette œuvre s’accomplira, l’opposition, la persécution auront lieu. Une fois le temps de la patience de Dieu expiré, les croyants seront retirés de ce monde et le jugement tombera sur ceux qui auront rejeté la lumière de l’Évangile. Alors le règne de Christ s’établira avec ceux des Juifs et des Gentils païens qui auront cru à l’Évangile du royaume, prêché après l’enlèvement de l’Église.
(v. 54-59). — Ces versets contiennent un avertissement solennel pour les Juifs et actuel aujourd’hui pour le monde. Les Juifs auraient dû comprendre ce que Dieu leur voulait en leur envoyant son Fils. Jésus, s’adressant aux foules, leur dit : « Quand vous voyez une nuée se lever de l’occident, aussitôt vous dites : Une ondée vient ; et cela arrive ainsi. Et quand vous voyez souffler le vent du midi, vous dites : Il fera chaud ; et cela arrive. Hypocrites ! vous savez discerner les apparences de la terre et du ciel, et comment ne discernez-vous pas ce temps-ci ? Et pourquoi aussi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? » Puisqu’ils savaient interpréter les prévisions météorologiques, ils auraient dû connaître le caractère moral du temps où ils vivaient, car Jésus leur était présenté de manière à le leur faire comprendre. Ils auraient dû discerner que l’orage des jugements de Dieu allait éclater s’ils ne recevaient pas le Seigneur et ne profitaient pas de l’ondée de bénédiction qu il leur apportait. Le temps où Dieu ne tolèrerait plus les Juifs s’approchait rapidement ; mais, avant l’exécution des jugements, le peuple était comme un homme en chemin avec sa partie adverse pour comparaître devant le magistrat. Il devait, dit Jésus, s’efforcer d’y échapper, car, s’il entrait en jugement, il n’en sortirait pas qu’il n’eût payé la dernière pite (v. 58-59). Hélas ! Dieu était la partie adverse de son peuple ; au lieu de rejeter Jésus, ils auraient dû se réconcilier avec lui, car il était Dieu « réconciliant le monde avec lui-même, ne leur imputant pas leurs fautes » (2 Corinthiens 5:19). C’est ce qu’ils ne firent pas ; comme nation, ils furent livrés aux Romains, qui dispersèrent dans le monde entier ceux qu’ils ne mirent pas à mort. Aujourd’hui encore, ils se trouvent sous les conséquences terribles du rejet de leur Messie, jusqu’au temps, que nous savons être prochain, où, selon Ésaïe 40:1-2, il sera dit : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem, et criez-lui que son temps de détresse est accompli, que son iniquité est acquittée ; qu’elle a reçu de la main de l’Éternel le double pour tous ses péchés ».
Israël, alors au terme de la patience de Dieu, a été mis de côté pour un temps et remplacé, comme témoignage sur la terre, par l’Église. Cette dernière, de même qu’Israël, a complètement manqué ; au lieu de se séparer du monde en témoignage pour son Seigneur, elle s’est assimilée à lui. Aujourd’hui, la patience de Dieu arrive à sa fin, chose que tous devraient discerner. Le Seigneur Jésus va venir enlever les siens, pour les délivrer de la colère de Dieu qui fondra sur ce monde. Ceux qui croient la Parole de Dieu le savent et reconnaissent clairement les caractères solennels de nos temps. « Connaissant le temps, que c’est déjà l’heure de nous réveiller du sommeil, car maintenant le salut (la délivrance) est plus près de nous que lorsque nous avons cru : la nuit est fort avancée, et le jour s’est approché » (Romains 13:11-12). L’état moral de la chrétienté, plus encore que les événements politiques, fait constater que nous sommes à la fin de l’histoire du christianisme sur la terre, histoire qui se terminera par des jugements prochains (lire 2 Timothée 3:1-5, où sont décrits les caractères moraux des hommes d’aujourd’hui, ainsi que chap. 4:3-4). Nous savons que la chrétienté ne peut pas être restaurée ; mais l’appel à se mettre en règle avec sa partie adverse, Dieu, s’adresse encore à chacun individuellement, pendant que dure le temps de la grâce ; bientôt il faudra paraître devant le Juge pour entendre prononcer sa condamnation éternelle. Alors il sera trop tard pour échapper.
C’est pour rendre attentifs les indifférents et les incrédules, que Dieu a permis les terribles événements actuels. Beaucoup ont prêté l’oreille à la voix de la grâce en présence de la mort qui les guettait. Et c’est parce que le cœur naturel est tellement endurci que Dieu permet que le fléau se prolonge, afin de faire grâce à un plus grand nombre encore, non seulement sur les champs de bataille et dans les hôpitaux, mais partout ; et particulièrement à ceux de nos lecteurs pour lesquels Dieu serait encore la partie adverse. Une voix solennelle leur dit : « Mets-toi promptement en règle avec lui, avant d’être traîné devant le Seigneur comme juge ».
(v. 1-5). — On rapporta à Jésus un fait scandaleux qui s’était passé en Galilée : Pilate avait mêlé le sang de Galiléens avec leurs sacrifices. Selon la connaissance que les Juifs avaient du gouvernement de Dieu, sous lequel ceux qui avaient péché en recevaient la punition tôt ou tard, ils jugeaient ces Galiléens coupables d’actes qui avaient attiré sur eux le châtiment infligé par Pilate. Jésus leur répondit : « Croyez-vous que ces Galiléens fussent plus pécheurs que tous les Galiléens, parce qu’ils ont souffert de telles choses ? Non, vous dis-je ; mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous de la même manière. Ou, ces dix-huit sur qui tomba la tour dans Siloé, et qu’elle tua, croyez-vous qu’ils fussent plus coupables que tous les hommes qui habitent Jérusalem ? Non, vous dis-je ; mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous pareillement » (v. 2-5). Comme Jésus l’a montré à la fin du chapitre précédent, les Juifs arrivaient à la veille des jugements qui devaient mettre fin à leur existence nationale, Dieu ne pouvant prolonger beaucoup plus le temps de sa patience envers eux. Sauf ceux qui se repentiraient, tous allaient périr.
Aussi longtemps que Dieu s’occupait de son peuple, auquel il envoyait ses prophètes et enfin son Fils, il réprimait le mal qui surgissait en punissant les coupables et souvent la nation entière. Mais à ce moment-ci de l’histoire des Juifs, tous étaient si coupables que s’il arrivait un malheur aux uns ou aux autres, cela ne voulait pas dire qu’ils l’aient mérité davantage que ceux qui étaient épargnés. Si les jugements ne les avaient pas tous atteints, c’est que Dieu attendait encore pour faire grâce à plusieurs ; ils étaient en chemin avec leur partie adverse avant d’être traînés devant le juge. C’était aussi l’année où le vigneron soignait encore le figuier (v. 8). Comme Jésus le leur dit, ceux qui se repentiraient échapperaient au sort qui menaçait la nation tout entière.
Chose naturelle au cœur de l’homme, qui se croit meilleur que d’autres, il pense que, s’il arrive un malheur à ses semblables, c’est un jugement de Dieu ; on oublie que, devant Dieu, tous sont coupables. Dans les temps où se trouvaient les Juifs, temps analogues à ceux où nous vivons, ce jugement porté sur les victimes de maux et de calamités diverses, individuellement, ou comme famille, ou comme nation, n’est pas juste, parce qu’aujourd’hui comme alors, le monde a atteint un degré de culpabilité telle que les châtiments sont près de l’atteindre. Dieu s’occupe de faire grâce à quiconque répond aux appels de son amour. S’il permet que des calamités tombent sur certaines personnes ou sur certains peuples, ce n’est qu’un signe avant-coureur de ce qui atteindra tous ceux qui aujourd’hui ne se repentent pas. Chacun doit se préoccuper de son propre état devant Dieu, se juger et se convertir pendant qu’il en est temps.
(v. 6-9). — Le Seigneur présente l’état du peuple Juif au moyen de la parabole du figuier qu’un homme avait planté dans sa vigne et qui ne rapportait point de fruit. Le figuier est souvent pris comme figure d’Israël dans les Écritures (voir Joël 1:7 ; Matthieu 21:18-22 ; Marc 11:13). Il est aussi représenté par une vigne (Psaume 80:8-11 ; Ésaïe 5:1-7 ; Joël 1:7), et par un olivier (Jérémie 11:16 ; Romains 11:24). Sous toutes ces figures, Dieu montre qu’il attendait du fruit de son peuple sous divers caractères : de la vigne il attendait la joie ; du figuier le fruit ; de l’olivier la puissance, mais sans avoir jamais rien eu. Dans les versets qui nous occupent, le propriétaire, voyant qu’il avait compté en vain sur du fruit pendant trois ans, dit au vigneron de couper le figuier, mais le vigneron répondit : « Maître, laisse-le cette année aussi, jusqu’à ce que je l’aie déchaussé et que j’y aie mis du fumier ; et peut-être portera-t-il du fruit : sinon, après, tu le couperas » (v. 8-9). Les soins donnés au figuier durant cette dernière année représentent le travail du Seigneur au milieu de son peuple ; il usait de patience et de bonté envers tous ; il accomplissait son œuvre d’amour en faisant tout ce qui était possible pour que le cœur naturel, s’il en avait la capacité, porte du fruit pour Dieu. Peine perdue ! Après cette dernière épreuve, il n’y avait plus rien à faire et rien à attendre. Le maître allait couper le figuier.
Cette parabole confirme ce que nous avons vu aux versets 1 à 5, et au chap. 12:54-59, savoir que le jugement allait fondre sur le peuple juif. La présence de Jésus était le dernier moyen montrant que Dieu s’occupait de l’homme dans la chair, car Israël représentait la race humaine pécheresse. Par ce peuple, Dieu a éprouvé ce qu’était la famille du premier Adam. Comme conséquence de cette épreuve, le premier homme a été mis de côté, jugé à la croix dans la mort de Christ. Grâce à cette mort, l’homme né de nouveau, le croyant, porte du fruit pour Dieu ; un Israël nouveau pourra être fondé à la gloire de Dieu et servir de centre à la bénédiction terrestre durant le règne du Fils de l’homme. En attendant, le peuple rejeta Jésus malgré tous les soins qu’il lui prodiguait. On avait beau déchausser le figuier et lui mettre de l’engrais, cela ne changeait pas sa nature.
(v. 10-17). — Malgré tout, le Seigneur continuait son œuvre de grâce. Il travaillait tant que durait le jour (Jean 9:4). Un sabbat, Jésus enseignait dans une synagogue, et là il vit une femme « ayant un esprit d’infirmité depuis dix-huit ans, et elle était courbée et ne pouvait nullement se redresser ». Il l’appela et lui dit : « Femme, tu es délivrée de ton infirmité. Et il posa les mains sur elle : et à l’instant elle fut redressée, et glorifiait Dieu ». Ce miracle, accompli en un jour de sabbat, indigna le chef de la synagogue qui s’adressa à la foule en ces termes : « Il y a six jours où il faut travailler ; venez donc ces jours-là, et soyez guéris, et non pas le jour du sabbat ». Cet homme misérable reconnaît à Jésus le pouvoir de faire des miracles ; mais il veut qu’il les accomplisse en tenant compte de l’ordre de choses établi sous la loi, dont le sabbat faisait partie. Cet ordre supposait l’homme capable d’obéir et, par conséquent, d’avoir part au repos dont le sabbat était la figure. Jésus, au contraire, était venu au milieu de son peuple parce que, sous le système de la loi, ce peuple allait périr ; il venait le délivrer des conséquences du péché et de l’asservissement à Satan. Il ne pouvait se reposer au milieu de l’état de péché où sa créature se trouvait ; son amour ne le lui permettait pas. Il n’observait donc pas la loi pour accomplir son œuvre de grâce. Comme nous l’avons vu au chap. 5:36-39, l’activité de la grâce ne s’exerçait pas dans le cercle restreint du système légal ; on ne mettait pas le vin nouveau de la grâce dans les vieilles outres de la loi. S’adressant au chef de la synagogue, Jésus lui dit : « Hypocrites ! Chacun de vous ne détache-t-il pas de la crèche son bœuf ou son âne un jour de sabbat, et ne les mène-t-il pas boire ? Et celle-ci qui est fille d’Abraham, laquelle Satan avait liée, voici, il y a dix-huit ans, ne fallait-il pas la délier de ce lien le jour du sabbat ? » (v. 15-16). Jésus qualifie d’hypocrite cet homme qui se sert de la loi pour s’opposer à l’action de la grâce envers une pauvre femme liée par Satan, alors que ces observateurs de la loi déliaient leur bétail le jour du sabbat. Si les Juifs religieux s’étaient rendu compte de leur état misérable sous la puissance de Satan, s’ils avaient compris que la puissance de Dieu, en amour, était là dans la personne de Jésus pour les en délivrer, ils auraient compris aussi que l’observation du sabbat n’arrêterait pas cet amour qui déliait du pouvoir de Satan une fille d’Abraham. Mais, avec l’hypocrisie, une haine acharnée contre Jésus se manifestait chez ces gens religieux.
Il y a une différence entre eux et la foule qui « se réjouissait de toutes les choses glorieuses qui étaient faites par lui », alors que ses « adversaires », en l’entendant, « furent couverts de honte ». Dans tous les évangiles on trouve la foule plus accessible, car c’est au milieu d’elle qu’il y avait le plus de besoins dont ne se préoccupaient pas ceux qui prenaient la place de bergers du troupeau d’Israël (voir Matthieu 9:36 et Marc 6:34).
La maladie de cette femme montre une des formes sous lesquelles la puissance de Satan s’exerçait sur les hommes. Elle avait un « esprit d’infirmité » qui la courbait et l’empêchait de se redresser. Sans être comme ceux qui sont appelés « démoniaques », son infirmité avait pour cause un esprit satanique. Combien l’homme réalise peu dans quelle mesure il se trouve sous le pouvoir de Satan, alors qu’il se croit libre. Il n’y a d’hommes libres que ceux qui ont été affranchis par la foi au Fils de Dieu (voir Jean 8:31-45).
(v. 18-21). — Quand Israël aurait pris fin, il serait remplacé par le royaume de Dieu. Ce royaume s’établirait par la prédication et la réception de l’Évangile et non avec puissance et gloire, comme cela aura lieu lorsque Jésus viendra comme Fils de l’homme. Jusque-là il prendra une certaine forme, le roi étant absent ; c’est ce que montrent les v. 18-19, où Jésus le compare à « un grain de moutarde qu’un homme prit et jeta dans son jardin ; et il crût et devint un grand arbre, et les oiseaux du ciel demeuraient dans ses branches ». Un grand arbre symbolise toujours, dans la Parole, une puissance terrestre ou un personnage éminent. C’est ce que devint le royaume de Dieu en l’absence du roi, au lieu de garder le caractère de petitesse, aux yeux du monde, qu’il avait au début (voir, pour la signification du grand arbre, Assur, en Ézéchiel 31:1-9, et Nébucadnetsar, en Daniel 4:20-27). Les oiseaux qui logent dans les branches sont les hommes qui viennent chercher sous cette puissance avantages et protection.
Un autre caractère du royaume de Dieu est présenté par « du levain qu’une femme prit, et qu’elle cacha parmi trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout fût levé » (v. 21). Il s’agit ici des doctrines humaines qui se sont mélangées à ce qui vient de Dieu. Au lieu de demeurer attachés à la Parole qui a formé le royaume, les hommes y ont introduit leurs propres pensées ; dès le début de l’histoire de la chrétienté, le faux enseignement s’est développé et, comme le levain, il a pénétré la pâte tout entière.
Dans le chap. 13 de Matthieu, les divers caractères du royaume des cieux sont présentés par sept paraboles. Les trois dernières, celles du trésor, de la perle et des poissons, présentent ce qui est de Dieu au milieu de ce qu’est devenu le royaume, tandis que les trois précédentes montrent le côté extérieur : l’ivraie parmi le bon grain, le grand arbre et le levain. Luc fait ressortir la forme que prend le royaume de Dieu plutôt que, comme Matthieu, ce qui est bon et mauvais.
(v. 22-30). — Jésus poursuivait son chemin vers Jérusalem en enseignant dans les villes et les villages. Moment solennel pour le peuple, car c’était la dernière fois que le Seigneur passait dans ces lieux ; son rejet allait être consommé par sa crucifixion.
Un de ceux qui l’écoutaient lui dit : « Seigneur, ceux qui doivent être sauvés sont-ils en petit nombre ? » (v. 23). Il s’agissait de ceux qui seraient sauvés du jugement prêt à fondre sur la nation. Le Seigneur, dans ses enseignements, leur montrait les conséquences de son rejet (v. 33-35). Mais Ésaïe avait déjà dit : « Quand le nombre des fils d’Israël serait comme le sable de la mer, le résidu seul sera sauvé » (Romains 9:27 ; Ésaïe 10:22). Aux derniers jours ce résidu formera le peuple qui jouira du millénium, tandis que celui du temps du Seigneur est entré dans l’Église.
La question faite à Jésus était très opportune, mais ce qui importait plus encore, c’était de savoir qui serait sauvé et comment on le serait. Jésus y répond en disant : « Luttez pour entrer par la porte étroite ; car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne pourront pas » (v. 24). Il n’était plus question d’être enfant d’Abraham pour entrer dans le royaume. Jésus, humilié et rejeté, en était la porte ; il fallait croire en lui, le recevoir en reconnaissant son état de péché. Par cette porte étroite on ne peut passer que dépouillé de tout ce qui fait l’orgueil de l’homme naturel. « Beaucoup », dit Jésus, « chercheront à entrer et ils ne pourront pas », parce qu’ils chercheront à entrer par un autre moyen : bonnes œuvres, religion de la chair, foi d’intelligence, et tant d’autres choses qui présentent à l’homme un accès plus facile, en apparence, que la porte étroite d’un Jésus crucifié, ne donnant aucun passage à ce qui est de la chair. Il n’est pas question de personnes qui chercheraient à entrer par la porte étroite et n’y réussiraient pas ; car tous ceux qui voudront entrer par la porte étroite le pourront. Il n’y a pas deux portes ; il n’y a pas deux moyens d’être sauvés. Pierre le dit aux Juifs en Actes 4:12 : « Il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés ». C’est le nom de Jésus crucifié. Non seulement il ne faut pas chercher une autre entrée, mais il faut se hâter d’y passer, car cette porte étroite va se fermer. Jésus dit : « Dès que le maître de la maison se sera levé, et aura fermé la porte, et que vous vous serez mis à vous tenir dehors et à heurter à la porte, en disant : Seigneur, ouvre-nous ! et que, répondant, il vous dira : Je ne vous connais pas ni ne sais d’où vous êtes, alors... » etc. Ce temps s’approche, chers amis ! La porte demeure encore ouverte aujourd’hui ; quoique étroite, elle mène à la vie. Celui qui seul l’a ouverte y fait entrer le pécheur qui reçoit Jésus comme Sauveur. Lui aussi la fermera : lorsqu’il ouvre, nul ne peut fermer ; quand il fermera, nul ne pourra ouvrir (Apocalypse 3:7). On aura beau se vanter des privilèges reçus en se trouvant en rapport avec le Seigneur, comme ceux des Juifs qui l’ont entendu enseigner dans leurs rues, qui ont mangé et bu en sa présence (v. 26). Aucun de ces avantages ne pourra faire ouvrir la porte, ni celui non plus d’avoir fréquenté des chrétiens, d’avoir suivi les réunions, d’avoir été élevé par des parents chrétiens. Il n’y a qu’un temps pour entrer : c’est aujourd’hui, comme il n’y a qu’une porte : Jésus crucifié, celui que Paul prêchait à Corinthe (1 Corinthiens 1:23). À tous ceux qui voudront se prévaloir des privilèges dont ils auront joui, le Seigneur répondra : « Je ne vous connais pas, ni ne sais d’où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d’iniquité » (v. 27). Pour les Juifs qui se prévalaient de leur qualité d’enfants d’Abraham, croyant avoir par là droit au royaume tout en méprisant Jésus, il dit : « Là seront les pleurs et les grincements de dents, quand vous verrez Abraham et Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, mais vous, jetés dehors » (v. 28). Les patriarches et les prophètes seront dans le royaume parce qu’ils ont cru Dieu et, par conséquent, en celui qui devait venir, Jésus, qui était au milieu des Juifs alors ; sur le même principe de foi, « il en viendra d’orient et d’occident, et du nord et du midi ; et ils s’assiéront dans le royaume de Dieu » (v. 29), alors que les pleurs et les grincements de dents seront la part de ceux qui auront possédé dans ce monde les plus grands privilèges sans en faire usage.
En vertu de la mort de Jésus, l’évangile serait prêché à toutes les nations et beaucoup entreraient dans le royaume. C’est ce que Jésus leur dit encore : « Et voici, il y a des derniers qui seront les premiers, et... des premiers qui seront les derniers » (v. 30). Les Gentils étaient les derniers, car le privilège d’être en relation avec Dieu n’appartenait qu’aux Juifs ; mais ceux qui crurent devinrent les premiers, comme les Juifs, qui ne crurent pas, devinrent les derniers à cause du rejet de leur Messie. Par la grâce de Dieu, ils reprendront leur place avec le résidu croyant qui jouira des bénédictions millénaires à la tête de tous les peuples de l’univers, alors que ceux qui auront fait partie de l’Église professante sans la vie, se trouveront au dernier rang, en leur qualité d’apostats, objets des jugements qui s’approchent aujourd’hui. C’est ce que Paul enseigne en Romains 11:17-32.
(v. 31-35). — Des pharisiens vinrent avertir Jésus qu’Hérode voulait le tuer. Était-ce véritablement de la bienveillance ? Mais cela donne occasion au Seigneur d’avertir les Juifs de la situation dans laquelle il allait les laisser, puisque tout ce que Dieu avait fait pour eux, depuis les prophètes jusqu’à Christ, avait été vain. Jésus répond d’abord aux pharisiens : « Allez, dites à ce renard : Voici, je chasse des démons et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour je suis consommé. Mais il faut que je marche aujourd’hui et demain et le jour suivant, car il ne se peut qu’un prophète périsse hors de Jérusalem » (v. 32-33). Jésus ne se préoccupe pas des intentions d’Hérode. Il accomplit le service qu’il a reçu de Dieu au milieu du peuple qui va le crucifier, sachant qu’il n’aurait pas plus de succès que les prophètes qu’ils avaient fait périr. De la sorte, son service se terminera, pleinement accompli, par sa mort à Jérusalem et non auparavant, par la main d’Hérode qui ne pouvait pas plus le faire mourir que Pilate n’y aurait réussi, si Dieu ne lui en avait pas donné le pouvoir.
Au cours de toute sa vie, Jésus est un modèle parfait. Dans cette circonstance, nous le voyons poursuivre son œuvre sans s’inquiéter de l’opposition qui lui est faite, ni des conséquences de sa fidélité. Quel enseignement pour nous ! Nous n’avons, comme lui, qu’à suivre le chemin que Dieu nous trace, sans nous occuper de l’opposition que nous pouvons y rencontrer. Quelqu’un a dit : « Bien faire, laisser dire, et passer son chemin ». C’est un chemin de souffrance ; mais c’est celui de l’obéissance et de la communion avec le Seigneur. Nous avons besoin, la jeunesse surtout, d’être pénétrés de tels principes, dans un siècle comme celui où nous vivons, où il y a si peu d’énergie pour le bien, où l’opinion d’autrui a tant de puissance pour détourner du devoir. Il faut avoir la certitude d’être dans le chemin de Dieu, de connaître sa pensée, avec le ferme désir de faire sa volonté ; alors on peut compter sur lui pour vaincre les difficultés qui se présentent toujours sur la voie de l’obéissance.
En présence de sa mort qui allait consommer la culpabilité de Jérusalem, Jésus, dans son amour méconnu par la cité rebelle, s’écrie : « Jérusalem, Jérusalem, la ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! » (v. 34). Jésus fait allusion au ministère des prophètes que lui, l’Éternel de l’Ancien Testament, avait envoyés pour ramener le peuple à lui. Nous lisons en 2 Chroniques 36:15-16 : « Et l’Éternel, le Dieu de leurs pères, envoya vers eux par ses messagers, se levant de bonne heure et envoyant, car il avait compassion de son peuple et de sa demeure. Mais ils se moquaient des messagers de Dieu, et méprisaient ses paroles, et se raillaient de ses prophètes » (voir aussi Jérémie 7:13, 25-26 ; 11:7 ; 25:3-4 ; 26:5 ; 29:19 ; 35:15 ; 44:4). L’exemple touchant d’une poule qui rassemble ses poussins sous ses ailes nous fait comprendre avec quel amour le Seigneur cherchait à ramener à lui ce pauvre peuple qui l’abandonnait si facilement pour les idoles. Cet amour se manifesta surtout lorsque Dieu leur envoya son « unique Fils bien-aimé », disant : « Ils auront du respect pour mon Fils » (Marc 12:6). Maintenant toutes les ressources divines étaient épuisées envers ce peuple responsable ; le Seigneur allait le quitter. Il dit aux Juifs : « Voici, votre maison vous est abandonnée ; et je vous dis, que vous ne me verrez point jusqu’à ce qu’il arrive que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (v. 35). Paroles solennelles, puisqu’elles expriment l’abandon du peuple par celui qui avait pris soin de lui si longtemps. Mais elles font comprendre que celui qui était rejeté alors serait reçu un jour par le peuple repentant, le résidu futur d’Israël, qui après un temps d’épreuve terrible, regardera vers « celui qu’ils ont percé » et dira : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». À cause de l’amour de Dieu, c’est toujours la grâce qui a le dernier mot, car si du côté de l’homme tout est perdu, Dieu a ses ressources. Sur le pied de la responsabilité, l’homme ne peut rien obtenir, mais sur le pied de la grâce, il obtient tout, par la foi, en vertu de la mort de Christ.
(vers. 1-6). — Un des pharisiens invita Jésus à prendre un repas chez lui un jour de sabbat, en la compagnie de docteurs de la loi et d’autres pharisiens qui l’observaient. Ces malheureux cherchaient constamment de quelle manière ils pourraient trouver Jésus en défaut. Dans leur aveuglement ils ignoraient qu’ils avaient devant eux celui qui voyait tout ce qui se passait dans leur mauvais cœur. C’est lui qui va les mettre à l’épreuve.
En présence de Jésus se trouvait un hydropique. S’adressant à tous les personnages religieux qui l’entouraient, le Seigneur dit : « Est-il permis de guérir, un jour de sabbat ? » Ils ne répondirent rien : leur conscience ne le leur permettait pas. Jésus « l’ayant pris, il le guérit, et le renvoya. Et répondant, il leur dit : Qui sera celui de vous, qui, ayant un âne ou un bœuf, lequel vienne à tomber dans un puits, ne l’en retire aussitôt le jour du sabbat ? » Le sabbat, quoique ordonné de Dieu, n’empêchait pas Jésus d’exercer son amour envers des malheureux, puisqu’il était Dieu venu en grâce dans ce monde pour travailler. Le péché n’étant pas ôté, son amour ne pouvait se reposer, ni introduire l’homme dans le repos que Dieu avait en vue en instituant le sabbat.
Lorsque leurs intérêts étaient en jeu, ces grands observateurs du sabbat ne se faisaient pas scrupule de le violer ; c’est ce que Jésus place sur leur conscience. Ils ne laissaient pas périr leur âne ou leur bœuf s’il tombait dans un puits ce jour-là. Or, si leur compassion pour ces animaux et leurs propres intérêts les engageaient à violer le sabbat, pouvaient-ils exiger que l’amour de Dieu envers ses créatures ne s’exerce pas ? Dieu ne se reposait pas en présence de la misère de ces hommes créés par lui pour être heureux, mais tombés dans le malheur éternel par leur propre faute. Jésus dit aux Juifs en Jean 5:17 : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille ». Il travaille à retirer du puits de la perdition éternelle ceux qui y sont tombés ; c’est pour cela qu’il est descendu jusqu’à eux. Il s’est anéanti comme Dieu, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes, est-il dit en Philippiens 2:7-8, pour entrer dans la mort, pour sauver l’homme et l’introduire dans la jouissance du vrai sabbat, le repos éternel de Dieu (voir Hébreux 4:1-11). C’est pourquoi personne ne pouvait entraver l’activité de l’amour de Jésus un jour de sabbat ; aussi est-il dit : « qu’ils ne pouvaient répliquer à ces choses » (v. 6).
(v. 7-11). — Au cours du repas Jésus observait comment les conviés choisissaient les premières places. Il s’adresse à eux en disant : « Quand tu seras convié par quelqu’un à des noces, ne te mets pas à table à la première place, de peur qu’un plus honorable que toi ne soit convié par lui, et que celui qui vous a conviés, toi et lui, ne vienne et ne te dise : Fais place à celui-ci ; et qu’alors tu ne te mettes avec honte à occuper la dernière place » (v. 8-9). Dieu a convié le pécheur au banquet servi par son amour. Le temps de la grâce est celui dans lequel les places se prennent, car au ciel il n’y aura de places occupées que celles prises ici-bas. Les occupants, ceux qui acceptent la grâce que Jésus offre à tous, doivent porter comme caractère l’humilité, dont il a donné l’exemple en prenant la dernière place pour venir nous sauver. L’homme, dans son état naturel, recherche la première place. Être quelqu’un, arriver à une position plus élevée que ses semblables, est une pensée introduite dans le cœur de l’homme par Satan, lorsque, pour l’engager à prendre du fruit défendu, en Éden, il lui dit : « Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal ». Dès lors l’homme a toujours cherché à devenir ce qu’il n’était pas, et même il cherchera à s’élever jusqu’à ce qu’il arrive à se faire passer pour Dieu (2 Thessaloniciens 2:4). Arrivé là, il sera précipité dans l’abîme (2 Thessaloniciens 2:8 ; Apocalypse 19:20). Celui qui cherche à s’élever de quelque manière que ce soit, ne se doute pas qu’il agit avec les mêmes principes que l’homme de péché et qu’il se trouve sur la voie qui le conduira à prendre la place de Dieu, tandis qu’en imitant l’exemple de Jésus, en s’abaissant toujours, en s’associant aux humbles, personnes ou choses, on suit le chemin qui l’a conduit à la gloire et nous avec lui. « Il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a haut élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom » (Philippiens 2:8-9). Cet esprit d’humilité, de renoncement, d’abnégation de soi-même doit donc caractériser le croyant ici-bas, l’engager à s’abaisser toujours au milieu de ses frères et de tous, à ne jamais rechercher sa propre gloire, ni sa propre considération, à faire toujours place à d’autres sauf pour les servir. Ce qui rend capable d’agir ainsi, c’est le fait d’être occupé de Christ, de contempler ce modèle parfait.
Au v. 10, Jésus montre les conséquences de l’abaissement : « Mais, quand tu seras convié, va et assieds-toi à la dernière place, afin que, quand celui qui t’a convié viendra, il te dise : Ami, monte plus haut. Alors tu auras de la gloire devant tous ceux qui seront à table avec toi. Car quiconque s’élève sera abaissé ; et celui qui s’abaisse sera élevé ». Comme nous l’avons dit, c’est aujourd’hui que le croyant prend la place qu’il occupera dans l’éternité. Le chemin de la gloire est donc l’humilité, le chemin que le Fils de Dieu est venu nous ouvrir en quittant la gloire pour descendre plus bas que nous ne sommes, car, ainsi que quelqu’un l’a dit : « Nous ne pouvons prendre la dernière place, parce que Jésus l’a prise ». Son abaissement a eu pour conséquence son élévation au-dessus de tout : « C’est pourquoi Dieu l’a haut élevé ». Plus le croyant suit de près le Seigneur dans son humilité et son abaissement, plus il sera près de lui dans la gloire, lorsque Celui qui nous a invités prendra connaissance de la place que nous aurons prise ici-bas. Au plus humble il dira : « Monte ici ». Ce qui doit nous engager à nous mieux conformer au modèle que nous avons en lui, c’est le désir de suivre Jésus, d’être avec lui dans sa communion, dans son chemin d’obéissance, et non la pensée d’une place élevée dans la gloire. Quoi de plus précieux pour l’âme que l’imitation d’un modèle pareil ? Cependant tout porte ses conséquences dans l’éternité.
(v. 12-14). — Après les conviés, Jésus s’adresse à son hôte, afin de lui enseigner, et à nous aujourd’hui, de quelle manière nous comporter. Contrairement au monde qui vise un avantage immédiat, le chrétien doit agir en vue du ciel où il obtiendra la rétribution de sa conduite. Jésus dit : « Quand tu fais un dîner ou un souper, n’appelle pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; de peur qu’eux aussi ne te convient à leur tour, et que la pareille ne te soit rendue. Mais quand tu fais un festin, convie les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles ; et tu seras bienheureux, car ils n’ont pas de quoi te rendre la pareille : car la pareille te sera rendue en la résurrection des justes ». Racheté de ce monde et des conséquences du péché, le chrétien appartient au ciel ; par conséquent, en attendant d’y être, il doit porter les caractères de Jésus et agir en vue du ciel. Sur la scène de ce monde se meut celui qui demeure étranger à la vie de Dieu ; il ne peut agir en vue du ciel ; tout ce qu’il fait est pour la terre, pour des avantages actuels ; aucun autre motif ne l’inspire. Si un homme du monde offre un festin, il sera aimable et courtois avec ses hôtes ; il veillera à ce que rien ne leur manque ; il paraîtra ne rechercher que leur bien-être et leur jouissance ; mais la satisfaction qu’il parait en éprouver ne lui suffirait nullement si, à leur tour, ses hôtes ne lui rendaient pas la pareille en tous points. Au fond, ce n’est que de l’égoïsme, tandis que de tout autres motifs poussent le croyant. En lui communiquant la vie de Jésus, Dieu l’a rendu capable d’agir selon les principes de sa propre nature, l’amour qui ne « cherche pas son propre intérêt », qui « est plein de bonté » (1 Corinthiens 13:4-7). Il poursuit toujours l’intérêt d’autrui en s’oubliant lui-même. Tel fut le Seigneur Jésus dans ce monde, et c’est ainsi que le croyant doit agir. S’il ne reçoit pas, en retour, une récompense présente, il en obtiendra une en la résurrection des justes ; il n’est pas pour toujours ici-bas ; par grâce il appartient au ciel, où son activité trouvera sa juste rétribution. La séparation du monde et de ses principes doit le caractériser dans toute sa vie ; elle se poursuit jusque dans la résurrection. Objet de la faveur de Dieu, il ne ressuscitera pas en même temps que les méchants, pas plus qu’il ne sera avec eux dans l’éternité. La résurrection des justes est une résurrection d’entre les morts ; elle aura lieu plus de mille ans avant celle des méchants, qui ne se produit qu’au dernier jour, pour les amener devant le grand trône blanc où ils seront jugés selon leurs œuvres. La résurrection d’entre les morts est appelée aussi la première résurrection. Apocalypse 20:6). Elle doit intervenir nécessairement avant celle des méchants, parce que les saints ressusciteront et seront transmués à la venue du Seigneur, afin d’apparaître avec lui lorsqu’il viendra établir son règne (Zacharie 14, fin du v. 5 ; 1 Thessaloniciens 3:13 ; Apocalypse 19:14, etc.). Elle doit avoir lieu aussi avant le règne de Christ, pour ceux qui seront mis à mort entre l’enlèvement des saints et la venue de Christ en gloire (voir Apocalypse 20:4-6). Ils ressusciteront d’entre les morts pour régner avec le Christ durant les mille ans (v. 6). On voit combien la pensée d’une résurrection générale est erronée. La résurrection d’entre les morts est une nécessité absolue pour la manifestation de la gloire de Christ, qui sera, en ce jour-là, « glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru » (2 Thessaloniciens 1:10).
D’après les enseignements de ce chapitre comme dans ceux qui précèdent, Jésus veut que le croyant puise ses motifs d’action dans la pensée de Dieu. Il porte toujours ses regards au delà de la vie présente et sur le modèle parfait qu’il possède en Christ, Celui qui a été ici-bas la manifestation de la vie divine. Nous avons vu, au chapitre 12, qu’il ne faut pas craindre les hommes que l’on voit, mais Dieu qui a tout pouvoir au-delà de la mort. Devant les anges de Dieu, le Fils de l’homme confessera ceux qui n’auront pas eu honte de lui. Ce n’est pas pour ici-bas qu’il faut être riche, mais pour le ciel, riche quant à Dieu. Faisons-nous des trésors dans les cieux et non sur la terre. Vivons et agissons en vue du moment où Christ viendra. La récompense des serviteurs se trouvera aussi dans le ciel. Le même enseignement se poursuit dans les chapitres qui suivent.
(v. 15-24). — Un des convives, ayant entendu ce que Jésus enseignait, lui dit : « Bienheureux celui qui mangera du pain dans le royaume de Dieu » (v. 15). En effet, celui-là sera bienheureux ; mais Jésus répond en montrant comment les hommes, les Juifs premièrement, répondent à l’invitation divine. Il compare Dieu à un homme qui fit un grand souper, et y convia beaucoup de gens. À l’heure du souper, il envoya un esclave dire aux conviés de venir, car tout était prêt. À l’ouïe de cette invitation, tous s’excusèrent sans exception. L’un d’eux avait acheté un champ et voulait aller le voir. Un autre avait acquis cinq couples de bœufs ; il devait les essayer. Un autre encore venait de se marier et ne pouvait aller. Chacun, dans les circonstances où il se trouve, a des raisons qui lui paraissent valables parce qu’il n’est occupé que des choses présentes et matérielles ; elles absorbent entièrement ses pensées ; elles suffisent à son cœur, comme nous l’avons vu avec l’homme riche du chap. 12, parce qu’il ne se préoccupe pas du salut de son âme. Les offres d’une joie céleste et éternelle n’ont rien d’attrayant pour son cœur qui est de la terre et auquel il faut les choses de la terre. Toutes celles qui ne sont pas mauvaises en elles-mêmes le deviennent, car elles ont servi à détourner les hommes de la vie éternelle, en les détournant de Christ. Ce qu’il y a de triste à constater dans l’état de l’homme, c’est que toutes les excuses qu’il avance proviennent de la répugnance de son propre cœur pour les choses de Dieu, ce qui lui fait mépriser la grâce dont il est l’objet de la part du Dieu d’amour.
Après avoir essuyé les refus des premiers invités, qui sont les Juifs du temps où Jésus était sur la terre, le maître de la maison, en colère, dit à son esclave : « Va-t’en promptement dans les rues et dans les ruelles de la ville, et amène ici les pauvres, et les estropiés, et les aveugles, et les boiteux. Et l’esclave dit : Maître, il a été fait ainsi que tu as commandé, et il y a encore de la place » (v. 21-22). La ville où l’on appelait les malheureux au festin représente encore Israël. Ces misérables, ceux qui se reconnaissent moralement tels devant Dieu (en contraste avec les orgueilleux chefs des Juifs, scribes, pharisiens, et tous ceux animés du même esprit) reçurent en grand nombre le second message adressé par les apôtres aux Juifs, après le départ de Jésus (voir les Actes des Apôtres). Mais il y avait encore de la place au banquet de la grâce, et un troisième appel a lieu, en faveur des Gentils. « Et le maître dit à l’esclave : Va-t’en dans les chemins et le long des haies, et contrains les gens d’entrer, afin que ma maison soit remplie ; car je vous dis, qu’aucun de ces hommes qui ont été conviés ne goûtera de mon souper » (v. 23-24). Grâce à Dieu, le nombre de ceux qui ont répondu à ce troisième appel est déjà grand, car, par la destruction de Jérusalem et la dispersion du peuple parmi les nations, Dieu a mis fin à son œuvre spéciale parmi les Juifs ; ses serviteurs contraignent les Gentils d’entrer ; ce travail, encore inachevé aujourd’hui, va se terminer par la venue du Seigneur.
Les dernières paroles que Jésus prononça sont solennelles ; elles ont eu leur accomplissement pour les Juifs ; aucun de ceux qui refusèrent de recevoir Christ, de prendre part au souper de Dieu, ne fut épargné lorsque les jugements tombèrent sur la nation, et il va en arriver de même aux peuples christianisés, évangélisés depuis si longtemps. Tous ceux qui auront refusé Jésus comme Sauveur ne pourront, une fois la porte close, s’asseoir au festin éternel de l’amour de Dieu. L’apôtre Paul dit d’eux : « À cause de cela, Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (2 Thessaloniciens 2:11-12).
Dieu veuille qu’un nombre plus grand encore se laisse contraindre d’entrer en ne préférant pas au Sauveur les avantages présents et éphémères que le monde peut offrir. Les choses mêmes légitimes et bonnes en elles-mêmes, telles que les affaires, les biens, la famille et tant d’autres choses deviennent mauvaises dès qu’elles détournent du Sauveur et constituent, dans la main de l’ennemi, des moyens de perdition. Souvenons-nous que, pour le chrétien, tout cela est nuisible qui, dans le cœur, prend la place de Christ, c’est-à-dire la première. Ces choses-là, fort nombreuses, se présentent à chaque instant sous les formes les plus variées. Chacun peut en discerner la valeur et l’importance en les comparant à Christ, ainsi que Paul l’avait fait lorsqu’il disait : « Mais les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte. Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures » (Philippiens 3:7-8).
(v. 25-35). — « Et de grandes foules allaient avec lui. Et se tournant, il leur dit : Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne vient pas après moi, ne peut être mon disciple » (v. 25-27). Le disciple d’un maître est celui qui, après avoir écouté ses enseignements, les met en pratique et, par conséquent, suit ses traces, lui ressemble. Tout ici-bas peut être en opposition à Christ et à ses enseignements. Il y va de son salut éternel et de la fidélité au Seigneur de ne se laisser détourner par personne, ni par quoi que ce soit. Des parents, une femme, un frère, une sœur, un ami, et surtout soi-même, peuvent empêcher qu’on ne reçoive Christ pour son Sauveur et qu’on ne lui soit fidèle après l’avoir reçu. C’est dans ce sens seulement qu’il faut les haïr, c’est-à-dire ne pas tenir compte de l’opposition qu’ils peuvent élever. Car ni un père, ni une mère, ni une femme, ni un frère, ni une sœur, ni un ami, ne sauveront du jugement éternel ceux qu’ils aiment. C’est pourquoi il ne faut pas se laisser détourner du Seigneur par l’un d’eux, qu’il s’agisse du chemin du salut ou bien de celui de la fidélité.
Il va sans dire que cet enseignement du Seigneur ne touche en rien la question des devoirs des enfants vis-à-vis de leurs parents. Un enfant qui, par exemple, aurait à ne pas tenir compte de l’opposition de ses parents pour suivre le Seigneur, qui, dans ce sens, les haïrait, selon l’expression de Jésus, sera le premier à les honorer, en leur prouvant son amour par sa bonté, sa prévoyance, sa complaisance, sa soumission, son dévouement dans l’accomplissement de ses devoirs, toutes choses que l’on ne rencontre pas toujours aujourd’hui dans les familles où les principes de ce siècle ont pénétré. C’est même à cela que, selon la Parole, nous reconnaissons que nous sommes aux derniers jours de la chrétienté où les enfants revêtent les caractères suivants, selon les paroles de Paul : « Désobéissants à leurs parents, ingrats, sans piété, sans affection naturelle » (2 Timothée 3:1-5). Combien on aimerait voir les enfants, surtout dans les familles chrétiennes, réagir contre l’esprit du jour actuel, en montrant l’obéissance, la crainte, la soumission, le respect dû à leurs parents et à chacun, au lieu de l’indépendance, la désobéissance, la volonté propre, l’insouciance à l’égard des difficultés éprouvées par leurs pères et mères, l’ingratitude, le manque de respect et, par-dessus tout, l’indifférence pour les choses de Dieu que l’on ne rencontre, hélas ! que trop souvent jusque dans ces familles.
Que les enfants des chrétiens se souviennent aussi de ceci : leur conduite fait partie du témoignage que doivent rendre leurs parents, parce que ceux-ci sont responsables, vis-à-vis du Seigneur, de les élever dans sa crainte et sous ses avertissements. C’est pourquoi, de la part des enfants, le Seigneur n’exige que l’obéissance. Elle a la promesse d’une bénédiction spéciale, pour le présent et l’éternité. Mais revenons à notre chapitre.
Une fois sauvé, c’est au Sauveur, devenu son Seigneur parce qu’il a acquis tout droit sur lui, que le croyant doit l’obéissance en premier lieu. Le Seigneur a voulu avoir, non seulement des âmes sauvées dans le ciel, mais des disciples sur la terre, qui marchent sur ses traces et lui rendent témoignage en reproduisant sa vie devant le monde. Pour cela, il faut porter sa croix, c’est-à-dire réaliser la mort à l’égard de tout ce qui est incompatible avec la vie de Christ. C’est pourquoi il ne faut pas le suivre à la légère.
Jésus continue son enseignement en disant que personne ne se met à bâtir une tour sans calculer tout d’abord s’il a de quoi l’achever ; sans cela, s’il commence et qu’il doive l’abandonner, ceux qui le voient se moqueront de lui. De même, un roi n’entre pas en guerre sans examiner s’il peut, avec dix mille hommes, résister à celui qui vient contre lui avec vingt mille. S’il ne peut pas, il s’informe des conditions de paix. Ces exemples ne veulent pas dire que, pour suivre Christ, il faille considérer ses propres forces et calculer, d’après elles, si l’on pourra résister à toute l’opposition que l’on rencontrera pour être fidèle au Seigneur. Il va de soi qu’à faire ce calcul, personne ne se mettrait en route, car l’ennemi sait présenter les difficultés d’une manière écrasante, qu’il s’agisse de la conversion ou de la marche chrétienne. Il faut, au contraire, se rendre compte que l’on n’a aucune force, aucune capacité pour affronter les difficultés qui se rencontreront sur le chemin, afin de faire intervenir le Seigneur dont la puissance s’accomplit dans l’infirmité, puissance toujours à la disposition de celui qui, sentant sa faiblesse, s’attend à lui, se place pour ainsi dire derrière lui, le sachant capable de faire face à tout, avec puissance, sagesse et amour. Ainsi on pourra suivre le Seigneur sans défaillance, comme son fidèle témoin, si l’on porte les véritables caractères de disciples d’un tel Maître. Ce qui rend ce chemin aisé à parcourir, c’est le renoncement à ce que l’on a, afin de libérer son cœur. Jésus dit : « Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il a, ne peut être mon disciple » (v. 33). À renoncer à tout, on garde le cœur parfaitement libre pour suivre le Seigneur. Mais dès que l’on veut traîner avec soi une partie quelconque du monde, on ne peut porter les caractères du disciple de Christ, car il faut choisir entre lui et le monde. On ne peut servir deux maîtres et l’on revêt toujours le caractère de ce qui occupe le cœur.
Cette séparation du monde qui doit caractériser le disciple de Christ fait de lui le sel, qui a la propriété de conserver les aliments avec lesquels on le met en contact. Le péché a tout corrompu dans le monde. Dans la vie de Christ que le croyant doit manifester purement et simplement en suivant son Maître, les caractères du sel se reproduiront par une séparation absolue de tout mal ; ainsi la vie tout entière sera en témoignage. Si cela n’a pas lieu, si le chrétien ne reproduit pas la vie de Christ ici-bas, il perd son caractère de témoin ; il ne sert à rien : « Le sel est bon ; mais si le sel aussi a perdu sa saveur, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? Il n’est propre, ni pour la terre, ni pour le fumier ; on le jette dehors » (v. 34-35).
Le chrétien infidèle, celui qui ne marche pas dans la sainteté, n’est d’aucune utilité au Seigneur ; il n’est bon ni pour lui, ni pour le monde. Pensée bien solennelle pour quiconque professe le christianisme. C’est pourquoi Jésus ajoute : « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ». Chaque croyant a des oreilles ; mais quel usage en fait-il ?
(v. 1-7). — Si la grâce est méprisée par les gens religieux, les propres justes, tels que les chefs des Juifs, elle attire les pécheurs. C’est par ce sujet que commence notre chapitre : « Et tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. Et les pharisiens et les scribes murmuraient, disant : Celui-ci reçoit des pécheurs, et mange avec eux » (v. 1-2). Quel contraste entre ces pécheurs, attirés par la grâce que Jésus manifestait, et les hommes religieux ! Les uns étaient accessibles à l’amour d’un Dieu qui, connaissant leur misère, s’approchait d’eux pour les sauver ; les autres, sans besoins parce qu’ils ignoraient leur propre état devant Dieu, repoussaient la grâce en méprisant le Sauveur qui l’apportait à tous ; ils l’accusaient de ressembler à ceux qu’ils appelaient « des pécheurs ». Leurs murmures donnent à Jésus l’occasion d’exposer en trois paraboles le travail de la grâce merveilleuse de Dieu qui trouve sa joie à recevoir le pécheur après l’avoir cherché.
La première présente l’activité de la grâce dans la personne de Jésus. Un berger avait cent brebis ; mais il en laissa quatre-vingt-dix-neuf au désert pour aller en chercher une qui était perdue, image fidèle de l’homme perdu, sans capacité pour revenir à Dieu ; en effet, la brebis ne possède aucune espèce d’instinct qui lui permette, une fois égarée, de revenir elle-même. Au contraire, elle fuit toujours plus si elle aperçoit quelqu’un à sa recherche. Elle ne s’arrête que sous l’effet des circonstances, lorsqu’elle ne peut aller plus loin. Ainsi tout le mouvement, toute l’activité, viennent du berger qui tient à sa brebis ; elle a du prix pour lui, il veut l’atteindre et la ramener ; il fait les frais de tout pour cela et endure toute la peine que son salut exige. Nul sinon Jésus ne connaît le prix d’une âme et l’incapacité du pécheur pour revenir à Dieu ; c’est pourquoi il a fait tout ce qu’il fallait pour chercher l’homme perdu. Son amour est infatigable. Il cherche sa brebis « jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée », est-il dit, « et l’ayant trouvée, il la met sur ses propres épaules, bien joyeux ». Le passage ne parle que de la joie du berger ; il satisfait son cœur en cherchant sa brebis jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée ; son amour suffit à toute la peine qu’il endure dans ses recherches ; c’est par excellence « le travail d’amour » qui le caractérise, comme il doit caractériser tout le travail du croyant (1 Thessaloniciens 1:3). Dans sa sollicitude pour sa brebis, le berger ne lui fait pas refaire le chemin qu’elle a parcouru pour se perdre. Heureux de l’avoir recouvrée, il la met sur ses propres épaules et la porte jusqu’à ce qu’il puisse la déposer au bercail. Les soins du Seigneur sont assurés au racheté, jusqu’à ce qu’il arrive dans la maison du Père. Le bon Berger qui a « mis sa vie pour ses brebis » (Jean 10:11) s’occupe d’elles jusqu’au bout.
Lorsqu’il a trouvé sa brebis, le berger ressent une joie si grande qu’il veut que d’autres s’y associent : « Et, étant de retour à la maison, il appelle les amis et les voisins, leur disant : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis perdue » (v. 6). Certes les pharisiens et les scribes, qui murmuraient en voyant Jésus chercher ses brebis, ne prenaient aucune part à sa joie ; ceux-là seuls qui comprennent l’amour de Dieu et qui en sont les objets, peuvent y entrer, et cela encore faiblement, car rien ne saurait égaler la joie que Dieu éprouve en voyant un pécheur sauvé du malheur éternel. Jésus dit : « Je vous dis, qu’ainsi il y aura de la joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance » (v. 7). La joie au ciel est celle de Dieu. Il est bon de s’arrêter à ce fait merveilleux ; cela détourne les pensées de soi-même et donne une paix profonde. Quand on est nouvellement converti, on a la tendance à s’occuper de sa joie, et partant de ses sentiments ; si cette joie varie, la paix varie aussi. Mais si l’on songe que Dieu a trouvé sa joie à faire grâce et qu’au moment où le pécheur accepte le Sauveur, il y a de la joie dans le ciel, cette pensée donne une assurance parfaite. Elle détourne de soi ; elle établit l’âme dans la vraie joie qui découle de la connaissance de l’amour de Dieu pour elle, et non de ce qui se passe en elle.
(v. 8-10). — La parabole de la femme qui cherche une drachme qu’elle a perdue présente encore l’amour de Dieu envers le pécheur perdu. Ici de nouveau, toute l’activité vient de celui qui cherche, car une pièce de monnaie peut encore moins revenir de son égarement qu’une brebis. Cette femme possède dix drachmes, il lui en manque une ; elle désire posséder son trésor au complet ; elle y tient ; elle veut trouver celle qui est perdue. Pour cela, elle allume la lampe, balaie la maison, et cherche jusqu’à ce qu’elle l’ait trouvée. Cette pièce inerte, inconsciente de son état, est aussi une image de l’état de l’homme, mort dans ses fautes et dans ses péchés, tel que Paul le présente (Éphésiens 2:1). Pour trouver l’homme dans cet état, Dieu doit faire tout ce qui est nécessaire par la puissance du Saint Esprit dont la femme représente précisément l’activité. L’homme resterait à jamais dans son état de perdition dont il est inconscient, si le Saint Esprit n’apportait pas la lumière divine pour le lui montrer et ne le cherchait pas dans les balayures de ce monde où il s’est égaré. Quand la femme trouve sa drachme, elle « assemble les amies et les voisines, disant : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé la drachme que j’avais perdue » (v. 9) Il s’agit toujours de la joie de celui qui cherche, celle de Dieu et celle de ceux qui sont en communion de pensées avec lui quant au salut d’une âme. Jésus dit : « Ainsi, je vous dis, il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent » (v. 10). Les anges ne comprennent pas la grâce dont Dieu use envers le pécheur. Ils désirent « regarder de près » dans le plan de la rédemption (1 Pierre 1:12). Ils ont vu l’homme tomber, s’éloigner de Dieu, le déshonorer, et maintenant ils sont témoins de la joie de Dieu lorsqu’un de ces êtres égarés se repent, tandis que pour eux-mêmes, s’ils tombent, il n’y a pas de salut.
On peut remarquer qu’il n’est pas dit qu’il y a de la joie au ciel pour tous les pécheurs qui seront sauvés, ce qui est vrai, mais pour un seul qui se repent. Cela montre la grandeur de l’amour de Dieu, l’importance d’une âme à ses yeux.
Qu’il est merveilleux cet amour infatigable, qui cherche dans ce monde, avec diligence et persévérance, un pauvre être misérable et même dégradé, tombé parmi ceux que l’on considère comme le rebut de la société, inconscient de son état, sans besoin de revenir à Dieu, jusqu’à ce qu’il l’ait trouvé, peut-être sur un lit de mort ! Pour le monde, la conversion d’un homme pareil est chose insignifiante ; sa mort serait une délivrance pour la société ; mais au ciel, dans la lumière inaccessible, dans le domaine de l’amour, il y a de la joie à son sujet. Il a reconnu son état ; il s’est repenti ; le Saint Esprit a fait briller devant lui la lumière et l’amour ; il est sauvé. Ce misérable, dont la terre va être débarrassée, est propre pour le ciel ; il est devenu le sujet de la joie de Dieu, car son amour a obtenu ce qu’il désirait. Que le ciel sera beau, alors que tous les rachetés y seront glorifiés ! Le Seigneur jouira « du travail de son âme, et sera satisfait » (Ésaïe 53:11). Dieu, est-il dit, « se réjouira avec joie à ton sujet : il se reposera dans son amour, il s’égayera en toi avec chant de triomphe » (Sophonie 3:17).
Si nous parlons de la recherche d’un homme dégradé, c’est afin de faire ressortir la grâce de Dieu mais il ne faudrait pas penser que la drachme ou la brebis perdue ne représentent que ceux qui sont tombés au plus bas de l’échelle de l’immoralité. Dans ces deux paraboles, de même que dans la suivante, il s’agit de tout homme dans son état naturel. Sans l’énergie divine de l’amour par la puissance du Saint Esprit, nul ne sortirait de cet état.
(v. 11-24). — Dans la parabole de l’enfant prodigue nous voyons l’activité de l’amour du Père envers le pécheur qui a suivi son propre chemin, la manière dont Dieu, révélé comme Père, le reçoit, et sa joie à accueillir le pécheur perdu.
« Un homme avait deux fils ; et le plus jeune d’entre eux dit à son père : Père, donne-moi la part du bien qui me revient. Et il leur partagea son bien. Et peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, s’en alla dehors en un pays éloigné ; et là il dissipa son bien en vivant dans la débauche » (v. 11-13). Le jeune fils représente les Gentils, l’aîné les Juifs ; mais en même temps il est l’image de tout homme dans son état naturel, car ce qui le caractérise dans cet état, c’est qu’il a tourné le dos à Dieu pour jouir loin de lui, dans le pays éloigné qu’est le monde, de tous les biens que Dieu a mis à sa disposition dans la création. Tant qu’il peut en profiter, il se passe de Dieu ; il ne pense pas à lui. Cependant, après un temps où le chemin de la propre volonté a paru bien préférable au régime de la maison paternelle, les ressources diminuent et finalement font entièrement défaut : « Après qu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays-là ; et il commença d’être dans le besoin » (v. 14). Les ressources du monde pour satisfaire le cœur naturel ne sont pas inépuisables. Tout lasse, tout rassasie et peut disparaître en peu de temps. L’homme avait été créé pour rester en relation avec Dieu. Quoiqu’il se soit détourné de Dieu par le péché, il y a dans son âme des besoins que ne satisfont pas les choses présentes. Il peut jouir sans Dieu pendant le temps que s’épuisent ses avantages : jeunesse, santé, facultés, richesses, etc., mais une fois à bout de ces ressources, la famine se fait sentir. Cependant elle ne suffit pas pour ramener l’homme à Dieu. Il commence par chercher ailleurs le secours dont il a besoin : « Et il s’en alla et se joignit à l’un des citoyens de ce pays-là, et celui-ci l’envoya dans ses champs pour paître des pourceaux. Et il désirait de remplir son ventre des gousses que les pourceaux mangeaient ; et personne ne lui donnait rien » (v. 15-16). Tant que l’on ne revient pas à Dieu, on ne fait que rendre sa condition plus misérable encore et l’on constate que le monde ne donne rien. Le diable, le citoyen du pays éloigné de Dieu, peut encore nourrir des pourceaux, mais il ne donne rien à l’homme pour soulager sa misère morale ; il le laisse dans son triste état. Combien c’est affreux d’être employé dans les champs du diable, alors qu’il n’y a plus que des gousses ! Les fruits ont servi à d’autres, et les gousses au troupeau impur. Satan pousse à dépenser ce que Dieu a donné à l’homme ; il l’emploie à mal faire, et les conséquences en sont amères, en attendant le jugement ; mais il ne donne rien. Que de multitudes ont fait cette expérience ! Que de jeunes gens la font encore maintenant ! Mais, grâces à Dieu, il est encore possible de revenir à Dieu comme à un Père, à la source d’un bonheur éternel.
« Et étant revenu à lui-même, il dit : Combien de mercenaires de mon père ont du pain en abondance, et moi je péris ici de faim ! Je me lèverai et je m’en irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires. Et se levant, il vint vers son père » (v. 18-19). Le pauvre homme aurait pu « revenir à lui-même » plus tôt, c’est-à-dire arriver à la conscience de son égarement et comprendre que tout son mal provenait de ce qu’il avait tourné le dos à son père pour faire sa propre volonté. Il aurait ainsi repris beaucoup plus tôt le chemin de la maison et se serait épargné beaucoup de maux. Il n’est pas du tout nécessaire d’aller si avant dans la voie du péché et de la souffrance pour revenir à Dieu. Dieu n’invite-t-il pas, par sa Parole, à la repentance : « Reviens à l’Éternel, ton Dieu, car tu es tombé par ton iniquité » ? (Osée 14:1). Au chapitre 4 du livre d’Amos l’Éternel est obligé de dire cinq fois à son peuple : « Et vous n’êtes pas revenus à moi », malgré tous les moyens employés pour le ramener. Revenu à lui-même, il surgit dans le cœur de l’enfant prodigue un faible sentiment de la bonté paternelle et cela suffit pour le mettre en chemin. Il pense que son père sera assez bon, quoiqu’il l’ait offensé par sa conduite, pour l’accepter comme mercenaire ; il comprend bien qu’il a perdu tout droit au titre de fils. Mais il ignore absolument ce qu’est l’amour d’un tel Père, amour qui ne compte qu’avec lui-même, qui ne cherche que sa propre satisfaction en rendant heureux celui qui n’aurait dû connaître, pour l’éternité, que l’éloignement qu’il avait choisi. Il ne se rendait également pas compte qu’il ne méritait pas plus le titre de serviteur que celui de fils. Car, par sa conduite envers Dieu, l’homme a perdu droit à tout, sauf à la condamnation éternelle ; sans la grâce parfaite de Dieu, il n’aurait rien. Des trois choses que le prodigue se propose de dire à son père, les deux premières sont bonnes et absolument nécessaires chez tout pécheur qui s’approche de Dieu : la confession : « J’ai péché contre le ciel et devant toi », et le sentiment de son indignité : « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils », sentiment qui doit remplacer la propre justice chez le pécheur. Mais il avait encore à progresser dans la conviction de son indignité, car il pensait avoir au moins la valeur d’un mercenaire. Toutes ses pensées à l’égard de sa nouvelle condition chez son père vont tomber sous l’étreinte de l’amour parfait qu’il rencontrera.
« Et comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, et, courant à lui, se jeta à son cou et le couvrit de baisers. Et le fils lui dit : Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils » (v. 20-21). Malgré son repentir, et la bonté sur laquelle il comptait, le prodigue pouvait se demander, tout le long du chemin, de quelle manière il serait reçu ; il ne connaissait pas encore « l’amour parfait qui chasse la crainte » ; il ne se doutait pas que son retour répondait aux pensées paternelles. L’amour avait fait sortir le père de la maison pour regarder au loin dans la direction du chemin pris par le fils égaré. Celui-ci n’a donc pas à disposer son père en sa faveur ; il le voit venir à lui, ému de compassion, et c’est couvert de baisers, dans les bras paternels, sous l’étreinte d’un amour inconnu jusqu’alors, qu’il fait sa confession : « Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ». Il s’arrête là, sentant très bien qu’il ferait injure à l’amour du père en lui proposant de le considérer comme un mercenaire. Il comprend qu’il n’a qu’à le laisser agir selon son amour qui ne peut être satisfait qu’en traitant, comme il l’entend, le fils repentant. « Mais le père dit à ses esclaves : Apportez dehors la plus belle robe, et l’en revêtez ; et mettez un anneau à sa main et des sandales à ses pieds ; et amenez le veau gras et tuez-le ; et mangeons et faisons bonne chère ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé » (v. 22-24). La misérable histoire du fils prodigue est passée, ensevelie dans les profondeurs de l’amour du Père. On va lui enlever ses haillons, dernières traces qu’il portait encore de son triste passé. On ne le verra plus que dans la glorieuse position que lui a faite la grâce.
En effet, il ne peut entrer dans la maison avec ses haillons ! aucune souillure ne doit pénétrer dans cette demeure que caractérise la sainteté, la lumière, aussi bien que l’amour. C’est au dehors qu’on le revêt.
Dieu comme Père est venu du ciel sur la terre dans la personne de Jésus, afin de rencontrer le pécheur souillé et de le revêtir là de la robe de justice divine, acquise par l’œuvre de la croix, où le péché a été expié et la justice de Dieu satisfaite. Il faut porter cette robe de justice pour entrer au ciel, car là elle ne sera offerte à personne. Les malheureux qui se présenteront au jugement devant Dieu sont vus nus, c’est-à-dire non vêtus de Christ, de la justice divine qu’ils auront refusée sur la terre.
Revêtu de la plus belle robe, celle de fils, l’anneau au doigt, signe de l’alliance, les sandales aux pieds, ce qu’il faut pour la marche, le fils est introduit dans la maison. Dans une joie sans pareille, on mange le veau gras ; tous se réjouissent : « Ils se mirent à faire bonne chère ». Ici encore, quoique le fils prenne part à la fête, ce n’est pas de sa joie qu’il est question, mais de celle du père parce qu’il a retrouvé le fils qui « était mort », état représenté par la drachme ; « il était perdu », comme la brebis, et il est retrouvé. Le père, qui seul appréciait la perte de son fils, se réjouit dans son amour lorsqu’il revient à lui, tout en communiquant quelque chose de cette joie à toute sa maison : « Ils se mirent à faire bonne chère ».
Une scène pareille encourage le pécheur repentant à revenir à Dieu malgré le poids de culpabilité qui peut peser sur lui. Il n’a pas à redouter un accueil sévère, ni des reproches, qui seraient pourtant justifiés. Non. Dieu le renseigne par cette parabole, écrite entre autres déclarations des Écritures, pour lui faire connaître les dispositions du cœur divin envers lui, lui montrer que Dieu ne considère que l’amour pour recevoir le pécheur, si celui-ci revient à lui en reconnaissant sa culpabilité et son indignité.
Il n’est pas superflu de rappeler que, si Dieu peut recevoir le pécheur de cette manière, sans le condamner, c’est en vertu de l’œuvre de Christ à la croix ; c’est parce que le Sauveur a porté le jugement que méritait le pécheur repentant ; c’est parce que la justice et la sainteté de Dieu ont été maintenues et satisfaites et la question du péché réglée selon toutes les exigences du Dieu que nous avions offensé. L’œuvre de Christ à la croix a seule rendu possible la révélation de Dieu comme Père, car si, dans sa vie ici-bas, Jésus a révélé le Père, par sa mort seulement il a pu introduire le croyant dans cette relation avec Dieu comme tel. Aussi quelle reconnaissance et quelles louanges éternelles nous devons à l’Agneau de Dieu, immolé pour permettre à l’amour du Père de parvenir jusqu’à nous ! En attendant la gloire où nous lui adresserons une louange parfaite, nous lui devons notre vie tout entière ici-bas.
Les trois paraboles de ce chapitre nous montrent donc l’activité de la Trinité tout entière : celle du Fils, comme le berger qui cherche sa brebis ; celle du Saint Esprit qui fait briller la lumière de la Parole dans ce monde pour trouver le pécheur mort dans ses fautes et ses péchés ; et l’amour du Père, la réception que fait cet amour au plus coupable des pécheurs repentants. Dans les trois cas, la joie appartient à celui qui trouve l’objet de la grâce.
(v. 25-32). — Quelqu’un restait en dehors de la scène merveilleuse dont l’amour du Père seul faisait les frais : le fils aîné, l’honnête homme qui s’indignait, avec raison, de la conduite de son frère, mais sans aucune communion avec les pensées de grâce et d’amour du père. « Or son fils aîné était aux champs ; et comme il revenait et qu’il approchait de la maison, il entendit la mélodie et les danses ; et, ayant appelé l’un des serviteurs, il demanda ce que c’était. Et il lui dit : Ton frère est venu, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré sain et sauf. Et il se mit en colère et ne voulait pas entrer » (v. 25-28). .
Ce fils aîné nous présente les Juifs, tout particulièrement la classe que nous trouvons au verset 2, ceux qui murmurent en voyant Jésus recevoir les pécheurs venus à lui pour l’entendre. Satisfaits d’eux-mêmes, de leur bonne conduite, de leurs pratiques religieuses, gens à propre justice, ils ne comprennent pas la grâce qui pardonne à ceux qu’ils appellent « les pécheurs », et encore moins la joie que Dieu éprouve à les recevoir. Toujours ils s’opposèrent à Jésus et le haïrent, parce qu’il était l’expression de la grâce de Dieu.
Aujourd’hui, dans la chrétienté, le nombre est grand de leurs pareils. Depuis les « honnêtes gens » jusqu’aux plus dépravés, on en trouve qui prétendent n’être pas assez coupables, ni assez mauvais pour avoir besoin d’un Sauveur. Une honnête femme, après avoir lu le récit de la conversion d’un criminel, dit : « Si c’est pour être avec de telles gens qu’il faut aller au ciel, il n’en vaut pas la peine ». Que ferait au ciel celui qui y entrerait sans être un objet de la grâce de Dieu ? Il ne pourrait que se féliciter lui-même, pendant que ceux qui sont les objets de l’amour de Dieu le loueraient et lui rendraient grâce.
Cependant la grâce appartient aussi aux gens de la classe du fils aîné. Tous sont invités à entrer : « Et son père étant sorti, le pria ». C’est ce que Dieu fit pour les Juifs par la prédication des apôtres après la mort de Jésus, comme nous le voyons dans le livre des Actes. Ils s’adressaient toujours aux Juifs premièrement ; mais ceux-ci refusèrent leur message, n’acceptant pas d’être placés sur le même pied que les Gentils pour recevoir la même grâce qu’eux. En présence de leur refus, Paul et Barnabas leur dirent : « C’était à vous premièrement qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations » (Actes 13:46).
Hélas ! en vain aussi le père pria le fils de participer au festin de son amour. Celui-ci lui répondit : « Voici tant d’années que je te sers, et jamais je n’ai transgressé ton commandement ; et tu ne m’as jamais donné un chevreau pour faire bonne chère avec mes amis ; mais quand celui-ci, ton fils, qui a mangé ton bien avec des prostituées, est venu, tu as tué pour lui le veau gras » (v. 29-30).
Une mentalité pareille n’accorde aucune place à la grâce ; au contraire, le fils aîné trouve en défaut son père : il ne l’a jamais récompensé, tandis qu’il tue le veau gras pour le prodigue. Sur le terrain de la propre justice, impossible de se comprendre. Il manquait au frère aîné, comme à tous ceux qui appartiennent à cette classe, d’accepter la grâce et la vérité venues par Jésus Christ, la vérité pour apprendre à connaître son état dans la présence de la lumière et de la sainteté de Dieu, et la grâce qui pardonne à celui qui reconnaît son état devant Dieu.
Si le père n’avait pas donné de chevreau à son fils pour faire bonne chère avec ses amis, c’était parce que, comme Juif, il jouissait de tous les biens que Dieu avait donnés à son peuple terrestre. Il n’avait qu’à se servir ; mais, sous le régime de la loi, on ne reçoit que ce qu’elle accorde à celui qui l’observe, et rien de plus. Le père lui répond : « Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ; mais il fallait faire bonne chère et se réjouir ; car celui-ci, ton frère, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé » (v. 31-32). Le père ne met pas ici en question la fidélité du fils aîné ; mais son cœur débordait de la joie d’avoir retrouvé son fils perdu. Il agissait envers lui selon son amour ; il aurait voulu que son aîné partage cette joie, mais l’égoïsme et la propre justice de ce dernier l’en empêchait. Il se prive volontairement des joies du ciel, comme le disaient Paul et Barnabas dans le passage cité plus haut : il se jugeait lui-même indigne de la vie éternelle.
Au ciel il n’y aura que des pécheurs pardonnés pour célébrer éternellement la grâce à laquelle ils doivent tout, grâce venue ici-bas, dans la personne de Jésus, chercher les pécheurs, et dont les trois paraboles de notre chapitre présentent si merveilleusement l’activité et la joie. Ceux qui auront été trop bons ou trop justes pour accepter cette grâce qui les aurait fait entrer par la même porte que les malfaiteurs, seront, pour l’éternité, là où il y a des pleurs et des grincements de dents. À qui en sera la faute ?
(v. 1-13). — Par la parabole de l’économe infidèle, Jésus enseigne de quelle manière il faut considérer les biens de la terre et quel usage en faire sous le régime de la grâce, sous lequel les bénédictions données au croyant sont célestes et éternelles. Cet enseignement répond pour ainsi dire à la question : « Puisque les bénédictions du croyant sont célestes, que doit-il faire des biens de la terre qui constituaient les bénédictions sous l’économie de la loi ? » Cette question intéressait tout particulièrement les disciples parce qu’ils étaient Juifs. Comme tels, ils avaient beaucoup de peine à comprendre que, sous le régime de la grâce introduit par Jésus, la faveur de Dieu ne se manifestât pas, envers ceux qui le recevaient, par des avantages présents et matériels. C’est aussi ce que beaucoup de chrétiens ont de la peine à comprendre et à réaliser. Car, tout en possédant les choses célestes, on aime à jouir de celles de la terre.
« Et il dit aussi à ses disciples : Il y avait un homme riche qui avait un économe ; et celui-ci fut accusé devant lui comme dissipant ses biens » (v. 1). La terre et tout ce qu’elle contient appartient à Dieu, et Dieu avait placé l’homme comme administrateur de ses biens ; mais au lieu de lui en apporter les fruits en le servant et en lui obéissant, l’homme en a profité pour lui-même. L’épreuve, faite tout spécialement au moyen du peuple juif, a pleinement établi l’infidélité de l’homme vis-à-vis de Dieu qui, n’ayant plus de confiance en lui, le renvoie de son administration : « Et l’ayant appelé, il lui dit : Qu’est-ce que ceci que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton administration » (v. 2). L’épreuve terminée, Jésus vint ici-bas introduire la grâce avec laquelle Dieu voulait agir envers tous et l’homme fut traité par Dieu comme un infidèle auquel il ne pouvait rien confier.
En entendant son maître, l’économe fait des réflexions quant à son avenir, car son passé le compromettait. Il se dit en lui-même : « Que ferai-je, car mon maître m’ôte l’administration ? » Il ne pouvait « bêcher la terre » pour subvenir à ses besoins ; il avait « honte de mendier ». « Je sais ce que je ferai », dit-il, « afin que, quand je serai renvoyé de mon administration, je sois reçu dans leurs maisons. Et ayant appelé chacun des débiteurs de son maître, il dit au premier : Combien dois-tu à mon maître ? Et il dit : Cent baths d’huile. Et il lui dit : Prends ton écrit et assieds-toi promptement et écris cinquante. Puis il dit à un autre : Et toi, combien dois-tu ? Et il dit : Cent cors de froment. Et il lui dit : Prends ton écrit, et écris quatre-vingts. Et le maître loua l’économe injuste parce qu’il avait agi prudemment » (v. 3-8). Cet homme allait être congédié, mais il avait encore en mains les biens de son maître. Pensant à son avenir, il en dispose de telle sorte que plus tard il soit favorablement accueilli par les débiteurs de son maître. C’était agir avec prévoyance ; aussi fut-il loué pour sa prudence ; voilà ce qu’il faut retenir pour comprendre l’enseignement de cette parabole. De fait, il volait son maître ; mais cela n’a rien à faire avec ce que le Seigneur veut nous enseigner, à savoir ceci : Puisque les biens de cette terre, qui appartiennent tous à Dieu, sont encore entre les mains des croyants, tant qu’ils sont ici-bas, quoique destitués de leur charge comme hommes responsables devant Dieu, ils peuvent en user en vue de leur avenir, au lieu de ne penser qu’au présent comme ceux qui disent : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ». En louant la prudence de l’économe, Jésus ajoute : « Car les fils de ce siècle sont plus prudents, par rapport à leur propre génération, que les fils de la lumière ». Le Seigneur reconnaît par ces paroles que la prudence de cet homme est une habileté qui caractérise les hommes de ce monde pour obtenir ce qu’ils désirent. Il aimerait voir la même habileté en faveur des choses spirituelles chez les croyants ; et c’est ce qu’il enseigne dans les versets suivants où il applique le principe avec lequel l’économe a agi.
« Et moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec les richesses injustes, afin que, quand vous viendrez à manquer, vous soyez reçus dans les tabernacles éternels ». Les biens de ce monde sont appelés injustes, ou iniques, parce que l’homme en chute se les est appropriés, au lieu de les considérer comme appartenant à Dieu. Mais ces biens étant encore entre les mains du croyant, il doit en user en vue du ciel, non pour s’y assurer une place, mais afin de trouver là, pour l’éternité, les conséquences de l’usage qu’il en aura fait. Ce sont là, en langage figuré, ces « amis » qu’il faut se faire, dans les tabernacles éternels. Au fond, ces amis c’est Dieu ; nous devons donc employer nos biens pour lui, pour son service ; il faut les mettre à la disposition de l’amour pour le bien d’autrui et non pour nous-mêmes, et nous en trouverons les résultats, une fois introduits dans la gloire. De cette manière, l’argent, comme les biens quelconques, ont une immense valeur dès qu’on peut les transformer en bénédictions éternelles, si on les emploie selon la pensée du Seigneur.
Jésus dit encore : « Celui qui est fidèle dans ce qui est très petit, est fidèle aussi dans ce qui est grand ; et celui qui est injuste dans ce qui est très petit, est injuste aussi dans ce qui est grand » (v. 10). Les choses très petites, dans l’appréciation de Dieu qui doit toujours être la nôtre, sont les biens de la terre, et les choses grandes sont les choses du ciel. Si le chrétien est fidèle dans ces petites choses, il le sera aussi dans les choses spirituelles, tandis que, s’il est injuste dans les petites choses, en se les appropriant, il sera injuste dans les célestes ; il ne saura pas en faire usage ; il ne se les appropriera pas ; il n’en jouira pas. « Si donc vous n’avez pas été fidèles dans les richesses injustes, qui vous confiera les vraies ? Et si, dans ce qui est à autrui, vous n’avez pas été fidèles, qui vous donnera ce qui est vôtre ? » (v. 11-12). Il faut être fidèles au Seigneur dans les choses matérielles, celles qui ne nous appartiennent pas, pour que Dieu nous confie celles qui sont à nous, les vraies. Le chrétien matériel a le cœur obstrué par les choses de la terre ; Dieu ne peut lui confier les choses spirituelles ; cet homme n’est jamais avancé dans les choses de Dieu ; il subit une perte éternelle. On voit qu’il s’agit de la responsabilité d’administrer des choses qui appartiennent à autrui. On peut être plus ou moins libre de disposer de ce qui est à soi ; mais si nous avons en mains ce qui ne nous appartient pas, il faut une fidélité absolue. C’est donc avec cette fidélité que nous devons administrer pour Dieu les biens de ce monde, parce qu’ils lui appartiennent ; c’est en ne les considérant pas comme nôtres que nous pourrons en disposer pour le Seigneur, en faisant du bien à d’autres. On a dit à ce sujet que « c’était le seul cas où nous puissions être généreux du bien d’autrui ».
Jésus ajoute : « Nul serviteur ne peut servir deux maîtres ; car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre : vous ne pouvez servir Dieu et les richesses » (v. 13). C’est une grande faveur que de pouvoir servir Dieu avec nos biens matériels ; mais si nous ne les employons pas à son service, ce sont eux qui prennent l’empire sur nous et nous nous trouvons servir « Mammon » ou les richesses qui deviennent un Dieu. Celui qui s’attache aux biens de ce monde croit en être le possesseur et ne s’aperçoit pas qu’il en est l’esclave. Le croyant, ayant été acheté à prix, appartient à celui qui l’a racheté ; il ne doit être l’esclave que du Seigneur et surtout ne pas se laisser asservir par les choses avec lesquelles il doit le servir.
(v. 14-18). — « Et les pharisiens aussi, qui étaient avares, entendirent toutes ces choses, et ils se moquèrent de lui » (v. 14). Ils comprirent très bien le sens de l’enseignement de Jésus. Très attachés aux biens de ce monde, ils n’éprouvaient aucune envie de les abandonner. Jésus leur dit encore : « Vous êtes ceux qui se justifient eux-mêmes devant les hommes ; mais Dieu connaît vos cœurs : car ce qui est haut estimé parmi les hommes est une abomination devant Dieu » (v. 15). Les pharisiens ne cherchaient que l’appréciation des hommes, en se montrant scrupuleux à l’excès et zélés pour leur religion ; mais ils n’avaient pas à faire avec Dieu ; ils ne se comparaient qu’aux hommes, se justifiaient et s’élevaient eux-mêmes. Mais Dieu connaissait leurs cœurs. Ils ne se doutaient pas que, dans la présence de Jésus qu’ils méprisaient, ils se trouvaient dans la présence de Dieu. Leur élévation au milieu des hommes, dont ils jouissaient si fort, était une abomination devant Dieu. Car chaque fois que l’homme se glorifie, il prend une place qui n’appartient qu’à Dieu. Une idole est appelée une abomination ; ce qui prend la place de Dieu dans le cœur est une idole.
Jésus leur dit aussi : « La loi et les prophètes ont été jusqu’à Jean ; dès lors le royaume de Dieu est annoncé et chacun use de violence pour y entrer » (v. 16). Malgré toutes les prétentions des pharisiens à une obéissance stricte de la loi, ils se trouvaient dans une fâcheuse situation vis-à-vis d’elle et de Dieu. La loi et les prophètes avaient existé jusqu’à Jean le Baptiseur. Ce temps-là était passé ; on avait violé la loi ; on n’avait pas écouté les prophètes. Dieu remplaçait cet ordre de choses par son royaume qui était annoncé. Pour y entrer, il fallait user de force, rompre avec le système juif dont les pharisiens se présentaient comme les conservateurs, faire violence à ses sentiments religieux et nationaux. C’était pénible pour les Juifs sincères, comme Saul de Tarse, par exemple ; mais il le fallait ; sinon en demeurant dans le système légal que Dieu mettait de côté, on se trouverait infailliblement sous les jugements qui allaient tomber sur la nation ; les Juifs demeureraient ainsi sous la malédiction de la loi qu’ils avaient enfreinte, malgré leurs prétentions. Car Jésus ajoute : « Or il est plus facile que le ciel et la terre passent, qu’il ne l’est qu’un seul trait de lettre de la loi tombe » (v. 17). Cette loi que les pharisiens prétendaient garder, mais qu’ils modifiaient à leur gré, comme Jésus le leur reproche en Marc 7:9-13, demeurerait inflexible pour ceux qui ne voulaient pas accepter la grâce. Les jugements prononcés par Dieu sur ceux qui la violaient les atteindraient inexorablement. Dieu la maintiendrait malgré tout ce que les pharisiens en faisaient. C’est pourquoi Jésus dit encore : « Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet adultère ; et quiconque épouse une femme répudiée par son mari, commet adultère » (v. 18). Malgré la procédure facile du divorce, se basant sur ce que Moïse avait permis à cause de la dureté de cœur des Israélites, Dieu montre qu’il ne tiendra compte que de sa pensée pour déclarer coupable le transgresseur de la loi.
(v. 19-31). — Nous avons vu, par l’enseignement de la parabole de l’économe infidèle, que, sous le régime de la grâce, la faveur de Dieu ne se manifestait pas par des bénédictions matérielles et qu’il fallait, au contraire, se servir des biens que l’on pouvait posséder en vue du ciel. Ainsi, sous la grâce, il faut abandonner des avantages visibles pour des invisibles (voir aussi chap. 12:33), et souffrir même, le cas échéant, car, avec la vie de Jésus, il y a de la souffrance, parce que le chrétien n’est pas de ce monde ; il attend tout au delà de la tombe, où est son espérance. Le Seigneur a voulu nous montrer, par la parabole du riche et de Lazare, ce qui arrivera après cette vie, d’un côté à celui qui aura souffert dans ce monde sans y avoir eu ses biens, de l’autre côté à celui qui aura voulu jouir pour lui seul des biens qu’il possédait ici-bas.
« Or il y avait un homme riche qui se vêtait de pourpre et de fin lin, et qui faisait joyeuse chère, chaque jour, splendidement. Et il y avait un pauvre, nommé Lazare, couché à sa porte, tout couvert d’ulcères, et qui désirait de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; mais les chiens aussi venaient lécher ses ulcères » (v. 19-21). Le Seigneur ne parle pas de l’impiété du riche ni de la piété de Lazare ; ce n’est pas ce que cette parabole nous enseigne. Le nom seul de Lazare est donné ; il signifie « secours de Dieu », tandis que le nom du riche manque. Dieu ne s’intéresse pas au nom de l’homme qui n’est pas en relation avec lui et qui lui a préféré les biens de la terre ; il l’oubliera éternellement. Ces deux hommes illustrent la situation de ceux qui, dans ce monde, ou bien veulent jouir du présent sans penser à l’avenir, ou bien abandonnent tout en vue de l’avenir. Aux yeux des hommes, le premier est dans une situation enviable, le second fait pitié ; mais Jésus tire, pour ainsi dire, le voile qui cache l’au delà ; la scène change ; les rôles sont renversés : « Et il arriva que le pauvre mourut, et qu’il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Et le riche aussi mourut, et fut enseveli » (v. 22). Pour l’un comme pour l’autre, comme pour tous les hommes, la vie prend fin un jour sur cette terre ; l’éternité s’ouvre sous les conséquences éternelles de ce qui s’est passé ici-bas. Vérité solennelle qu’il faut considérer sérieusement pendant qu’il en est encore temps. On voit Lazare dans la félicité la plus grande à laquelle un Juif pût aspirer : « Porté par les anges dans le sein d’Abraham ». S’adressant à des Juifs, Jésus emploie une image propre à leur faire comprendre le contraste qui existe entre une vie de souffrance et de renoncement et ses conséquences dans l’autre monde. Cette félicité pour le chrétien s’exprime par : « être avec le Seigneur ». Du riche il est dit simplement : « Il fut enseveli ». Sur la terre on ne les vit plus ; le Seigneur seul pouvait nous décrire la situation de chacun d’eux de l’autre côté de la tombe. Quelle différence entre ces deux hommes ! « Et, en hadès, levant ses yeux, comme il était dans les tourments, il voit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. Et s’écriant, il dit : Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare, afin qu’il trempe dans l’eau le bout de son doigt, et qu’il rafraîchisse ma langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. Mais Abraham dit : Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement les maux ; et maintenant lui est consolé ici, et toi tu es tourmenté » (v. 24-25). Le riche, tourmenté, ne demande pas à sortir de ce lieu infernal ; il sollicite seulement un petit rafraîchissement ; après avoir fait bonne chère dans ce monde, il aurait accepté sur ses lèvres l’eau que le doigt de Lazare aurait pu lui porter, ce doigt couvert d’ulcères lorsque le mendiant gisait à sa porte. Deux raisons lui sont données pour motiver le refus d’un si maigre soulagement.
Il avait eu ses biens pendant sa vie. Il les avait eus au complet, mais pour la terre ; comme l’autre riche du chapitre 12:21, il n’était pas « riche quant à Dieu ». Ni ces biens-là, ni leur jouissance ne peuvent se transporter de l’autre côté de la tombe ; ils avaient fait leur temps ; ce temps ayant passé pour toujours, les tourments étaient sa part éternelle. Lazare, au contraire, consolé, dans une félicité éternelle, jouissait alors de ses biens.
Le v. 26 nous donne la seconde raison du refus d’Abraham au riche : « Et outre tout cela, un grand gouffre est fermement établi entre nous et vous ; en sorte que ceux qui veulent passer d’ici vers vous ne le peuvent, et que ceux qui veulent passer de là ne traversent pas non plus vers nous ». Après la mort un gouffre infranchissable existe entre le ciel et le lieu de tourments, entre la vie et la mort, entre les ténèbres et la lumière. Mais, tant qu’on est encore sur cette terre, il est possible de passer de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, de l’état de perdition au salut. En effet, le Seigneur Jésus est descendu pour nous frayer un chemin au travers de l’abîme dans lequel il entra pour nous en portant le jugement que nous avions mérité ; il en est sorti victorieux pour monter au ciel, inaugurant un chemin nouveau et vivant pour le pécheur lavé de ses péchés. Mais si l’on veut suivre ce chemin frayé par le Seigneur, on doit s’y engager sur cette terre, avant la mort ; pour le découvrir, il faut abandonner celui de la perdition dans lequel se trouvent les jouissances de ce monde, la bonne chère et tant de choses préférées au ciel. Après la mort le sort est fixé pour l’éternité ; il n’y a de chemin ni dans le ciel, ni en enfer.
Voyant que rien ne peut améliorer sa terrible condition, le riche s’adresse de nouveau à Abraham en disant : « Je te prie donc, père, de l’envoyer dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères, en sorte qu’il les adjure ; de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de tourment. Mais Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent. Mais il dit : Non, père Abraham ; mais si quelqu’un va des morts vers eux, ils se repentiront. Et il lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts » (v. 27-31). Le riche songe à ses frères ; il comprend que l’horreur de sa situation ne saurait changer. Il ne pense pas même que la compagnie de ses frères pourrait lui apporter quelque agrément, il voudrait leur fournir le moyen d’éviter ce lieu effroyable. N’ayant fait, sur la terre, aucun cas de la parole de Dieu — Moïse et les prophètes, — il n’y pense pas même pour ses frères ; il demande que Lazare leur soit envoyé pour les exhorter à se repentir. Cela aussi lui est refusé parce que Dieu a inséré, dans sa Parole, tout ce que l’homme doit croire afin d’éviter le malheur éternel. C’est par sa Parole que Dieu opère dans le cœur et la conscience l’œuvre nécessaire au salut, non par des miracles. C’est la foi en cette Parole divine qui sauve ; les miracles les plus impressionnants ne donnent pas la vie : « Il nous a engendrés par la parole de la vérité » (Jacques 1:18).
Combien la réponse donnée au riche est propre à faire réfléchir ceux qui mettent de côté la parole de Dieu, tout ou en partie ! Ils s’exposent à demeurer éternellement dans les ténèbres de dehors, là où sont les pleurs et les grincements de dents. « Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent ».
On voit aussi le riche comprendre que, pour aller au ciel, ses frères doivent se repentir. Il est absolument indispensable de reconnaître son état de péché et de le juger à la lumière des Écritures, pour être sauvé. Hélas ! les avantages matériels du riche, dont la jouissance lui était si chère, l’avaient empêché de se repentir : « Pourquoi penser à l’avenir alors qu’on est si bien dans le présent ? » avait-il pu dire, et Satan aidant par les soins qu’il mettait à lui voiler l’avenir, l’a conduit dans son bien-être jusqu’au jour de la mort, où, le voile tiré, le sort fixé, il est trop tard.
Remarquons encore que ce qui est dit des frères du riche : « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait des morts », s’est réalisé par les Juifs depuis la résurrection de Jésus. Ils n’ont cru ni Moïse, ni les prophètes ; puis Dieu leur envoya son Fils ; ils ne crurent pas non plus en lui, le mirent à mort ; Dieu le ressuscita, ils ne crurent pas non plus malgré les preuves évidentes de sa résurrection. Les Juifs payèrent les gardes du tombeau pour dire que les disciples de Jésus étaient venus enlever son corps (Matthieu 28:11-15). Ils rejetèrent ensuite le témoignage du Saint Esprit rendu par les apôtres, à la résurrection du Seigneur. Dieu ne pouvait rien faire de plus pour eux, et le jugement qui les attendait les a atteints. Il est donc bien prouvé que la résurrection d’entre les morts ne peut convaincre ceux qui ne croient pas la Parole de Dieu, tandis que « si tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur et que tu croies dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé » (Romains 10:9).
(v. 1-4). — Dans ce monde où le mal domine, Jésus dit qu’il est impossible qu’il n’arrive pas des occasions de chute (ou scandales). Un scandale est un acte par lequel on entraîne au mal quelqu’un qui cherche à marcher dans le bien, chose tout particulièrement grave s’il s’agit de personnes jeunes dans la foi. C’est ce que Satan cherche à faire envers tous par des moyens très divers. Lorsqu’il n’y aura plus que le bien, quand le Fils de l’homme aura ôté tous « les scandales et ceux qui commettent l’iniquité » (Matthieu 13:41), il n’y aura plus d’occasion de chute. En attendant, malheur à ceux par qui elles ont lieu.
Ce qui honore Dieu au milieu d’un monde qui l’oublie, c’est la foi ; elle doit caractériser le croyant avec la simplicité d’un petit enfant, qui a une si grande valeur pour Dieu. Jésus dit qu’il vaudrait mieux être jeté dans la mer avec une meule d’âne au cou que de scandaliser un de ces petits (v. 2), paroles bien solennelles et qui nous font comprendre la gravité d’un tel mal aux yeux de Dieu. Hélas ! les occasions de chute ne proviennent pas du monde seulement, mais aussi des chrétiens qui se permettent des actes mauvais ; d’autres n’auraient pas eu peut-être la liberté de les commettre, mais s’autorisent d’eux pour en faire autant. C’est pourquoi Jésus dit : « Prenez garde à vous-mêmes » (v. 3). Il faut veiller sur soi, afin de n’être pas une occasion de chute en tombant soi-même, se juger constamment et contrôler sa voie à la lumière de la Parole de Dieu, être sévère pour soi et plein de grâce envers ses frères qui peuvent manquer aussi. Le Seigneur ajoute : « Si ton frère pèche, reprends-le, et s’il se repent, pardonne-lui ; et si sept fois le jour il pèche contre toi, et que sept fois il retourne à toi, disant : Je me repens, tu lui pardonneras » (v. 3-4). Cela veut dire qu’il faut toujours pardonner, agir envers ceux qui ont manqué comme Dieu l’a fait envers nous. La grâce dont nous sommes les objets doit nous caractériser dans toutes nos voies. On remarquera que, si le pardon doit être accordé, au besoin, sept fois le jour, c’est seulement si le coupable exprime sa repentance : « Si sept fois le jour il pèche contre toi, et que sept fois il retourne à toi, disant : Je me repens, tu lui pardonneras ». Il faut porter un véritable intérêt à celui qui a manqué en s’assurant que l’œuvre de la repentance a eu lieu chez lui, s’il a eu à faire avec Dieu au sujet de son péché pour en être purifié ; car pardonner sans cela, c’est encourager le mal ; le jugement de soi-même est le moyen de ne pas tomber de nouveau. En cela, comme en toutes choses, il faut être imitateur de Dieu qui pardonne toujours, mais après la confession du péché (voir Psaume 32:5 ; 1 Jean 1:9). Il est dit aussi en Ésaïe 26:10 : « Si l’on use de grâce envers le méchant, il n’apprend pas la justice ; dans le pays de la droiture il fait le mal, et il ne voit pas la majesté de l’Éternel ». Cependant, si pour faire connaître son pardon, il faut qu’il y ait eu repentance, cela ne veut pas dire qu’il faut attendre ce moment-là pour pardonner dans son cœur ; on attendra pour faire connaître le pardon, mais par devers soi on doit pardonner aussitôt la faute connue ; malheureusement cela n’arrive pas toujours. Nous attendons le plus souvent de voir des dispositions à la repentance pour être nous-mêmes disposés à pardonner, tandis que, avec l’esprit de grâce dans lequel nous devons vivre, le pardon doit avoir lieu immédiatement. Nous devrions attendre avec une sorte d’impatience le moment de pouvoir le faire connaître au coupable, dès que nous entendons ce petit mot, souvent difficile à dire : « Je me repens ». Il va sans dire que le pardon est sans retour ; comme Dieu l’a fait envers nous, disant : « Je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités » (Hébreux 10:17).
(v. 5-10). — Dans le domaine de la grâce, celui de la foi et de l’obéissance, le cœur éprouve parfois quelque difficulté à agir avec de tels principes. C’était surtout étrange pour les disciples qui avaient vécu jusqu’alors sous la loi, principe légal qui convient à chacun. C’est pourquoi, en entendant les exhortations du Seigneur au sujet du pardon, ils lui demandent d’augmenter leur foi, pensant qu’il faut une grande foi pour marcher dans un chemin si étranger au cœur naturel. Le Seigneur leur répond : « Si vous avez de la foi comme un grain de moutarde, vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi, et plante-toi dans la mer ; et il vous obéirait » (v. 6), chose impossible selon la nature. La foi, quelle qu’elle soit, fait intervenir Dieu, et dès lors tout peut arriver, car rien n’est impossible à Dieu. Il s’agit simplement de savoir si la chose pour laquelle on fait intervenir Dieu est selon lui ; si elle est contraire à sa volonté, c’est inutile de parler de foi, mais si l’on est avec Dieu, dans le chemin de l’obéissance, dans la jouissance de sa communion et l’intelligence spirituelle qui discerne ses pensées, tout ce que l’on peut désirer se fera, et, surtout, nous pourrons accomplir ce qu’il demande de nous sans question de grande ou de petite foi, parce que la foi, dans quelque mesure que ce soit, compte sur Dieu seul.
Il y a, avec la foi, un autre principe auquel le Seigneur veut rendre attentifs les disciples, et nous après eux, par l’exemple donné dans les v. 7-9 : celui de l’obéissance. Le Seigneur suppose le cas d’un maître qui, ayant un serviteur labourant ou paissant le bétail, lorsqu’il rentre du travail, ne lui dit pas de se mettre à table ; il lui enjoint, au contraire, de lui apprêter à souper ; après cela, il pourra manger et boire. Le Seigneur dit du maître : « Est-il obligé à l’esclave de ce qu’il a fait ce qui avait été commandé ? Je ne le pense pas. Ainsi, vous aussi, quand vous aurez fait toutes les choses qui vous ont été commandées, dites : Nous sommes des esclaves inutiles ; ce que nous étions obligés de faire, nous l’avons fait » (v. 9-10). Remarquons que le Seigneur ne dit pas « Est-il obligé à l’esclave de ce qu’il eut une grande foi » ; mais « de ce qu’il a fait ce qui lui a été commandé ». De même il dit : « Quand vous aurez fait toutes les choses qui vous ont été commandées, dites : ... » et non : « Quand vous aurez eu une grande foi ». La foi disposant de la puissance de Dieu pour accomplir sa volonté ne peut se séparer de l’obéissance. Lorsque nous connaissons la volonté de Dieu, nous devons simplement obéir, sans nous demander si nous avons la foi pour l’accomplir, comme l’esclave qui, rentrant des champs, au lieu de se reposer, boire et manger, obéit à son maître en lui préparant son repas et en le servant. Il ne lui dit pas qu’il lui faut une grande foi pour cela. Souvent, après avoir connu la pensée de Dieu, au lieu d’obéir, on dit qu’on n’a pas la foi pour agir, parce qu’on regarde aux conséquences de l’obéissance, pénibles parfois. La foi des martyrs les a placés sur le chemin de l’obéissance ; ils ont donné leur vie plutôt que de désobéir, selon le divin Modèle qui mourut plutôt que de manquer à l’obéissance.
L’esclave ayant obéi, le maître lui doit-il une grande reconnaissance ? Le Seigneur dit : « Je ne le pense pas ». L’esclave est sa propriété ; le croyant aussi appartient à son Seigneur, il est son esclave racheté à grand prix. En retour de tout l’amour qui a fait les frais de ce